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VIS-A-VIS DE L'ALLEMAGNE, APRÈS LA GRANDE GUERRE

I. — Tentatives faites par l'armement français en vue d'obtenir un accord maritime général francoaméricain. — Rejet des propositions RL au

profit de l'Allemagne.

A partir du moment où leur pays participa à la guerre, les hommes d’Elat américains ne cessèrent de proclamer que, jamais plus, les Etats-Unis ne commellraient la faute de remettre à des étrangers le soin de leur commerce extérieur. Certes, l'Amérique est parfaitement capable de faire renaître chez elle l'esprit maritime qui y régnait il y a plus de 60 ans, avant la guerre de Sécession ; nous ne doutons pas que lorsqu'aura cessé la crise dont souffrent plus où moins, à l'heure actuelle, toutes les Marines marchandes, elle parviendra non seulement à disposer d'un personnel marin nombreux, stable et expérimenté (officiers et équipages), mais encore à posséder dans les principaux porls du monde les

organisations indispensables à la recherche du fret

el au fonctionnement régulier des lignes de naviga- Uüon. Mais à l'armistice, tout élail à faire dans cet ordre d'idées.

La Flotte marchande française avait été de beaucoup la plus éprouvée par la guerre sous-marine, ses pertes s’élant élevées à plus de 900.000 tonneaux de navires sur les deux millions qu'elle possédait en 1914; ellen’avait pu se reconstituer, puisque leschan- ; tiers elles usines qui pourvoyaient à ses besoins avaient élé exclusivement occupés à fabriquer des canons et des munitions pour les Alliés. Toutefois, elle avait pu heureusement conserver un peu partout des agences admirablement organisées ; elle disposail, de plus, d'officiers etde matelots recrutés presque entièrement sur nos côtes etayant acquis par une longue pratique et par leur passage dans des écoles spéciales, une compélence universellement reconnue ; ces officiers et ces malelols, employés pendant la guerre sur les chasseurs de sous-marins, avaient fait preuve des plus brillantes qualités de bravoure et d'endurance. Il avait semblé aux représentants les plus qualifiés de notre armement français, que ces mulliples considéralions, jointes aux sentiments de vieille affection unissant les deux peuples, étaient bien de nature à faire créer entre ceux-ci, en malière de Marine marchande, une colla-

boration d’au moins quelques années.

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De premiers pourparlers eurent lieu à cel égard aux Etats-Unis au commencement de 1919, avec un représentant de la Compagnie des Messageries mar1times qui, croyons-nous, élait d'accord avec d'autres Compagnies françaises ; les négocialions ne purent aboutir, malgré la certitude d'importants concours financiers américains, le Gouvernement des Etats- Unis ayant de nouveau déclaré qu'il ne consentirait pas à faire participer les élrangers à l'exploitation de sa nouvelle flotte.

D'autres démarches faites à Paris en Juillet 1919, puis en Amérique à la fin de la même année, ne furent pas plus heureuses, mais au moment même où l'on opposait à nos armaleurs français une fin de non recevoir qui semblait définitive, M. René Moreux, le rédacteur en chef du Journal de la Marine marchande, dont la clairvoyance avait été remarquable, faisait paraître dans le numéro du 15 janvier 1920 un article où il exposail les raisons qui lui faisaient redouter une association germano-américaine.

Un autre numéro du Journal de la Marine marchande du 10 novembre 1921, rappelant l’article de M. René Moreux, contient les renseignements ciaprès :

« L'étude fit à l'époque sensation.

Un peu plus tard, la Gazette de Francfort pu- « bliait, dans son numéro du 14 avril 1920, un arti-

ele confirmant qu'il y avait des négociations en cours entre les Etats-Unis et l'Allemagne, en vue précisément de la réalisation de l’idée qui avait toujours été la base de la conduite des Messageries maritimes dans leurs rapports avec les Etats-Unis : c'est à-dire la mise à la disposition de ceux-ci, en vue de l'exploitation rationnelle du tonnage construit par eux, de l’organisation possédée par les Compagnies de navigation françaises.

« Le Directeur général de la Compagnie des Messageries maritimes écrivit alors à M. Bainbridge Colby, devenu secrétaire d'Etat, pour lui signaler l'article dela Gazette de Francfort et lui rappeler que la France était en position d'offrir aux Etals- Unis, au point de vue de l'organisation et de l’expérience, tout ce que l’Allemagne pourrait ellemême apporter, el ce à des conditions favorables. M. Bainbridge Colby se contenta de faire accuser réception de cette lettre par un de ses secrétaires

et l'affaire n’eut pas de suite. »

Quoi qu'il en soit, M. René Moreux avait vu par-

faitement juste el l'entente entre les Etats-Unis et

l’Allemagne, dont on n’a jamais su exactement auquel

de ces deux peuples en revenait l'initiative, eut pour

aboutissement final les deux accords suivants conclus

en juin 1920 avec deux grandes Compagnies alle-

mandes, la « Hamburg Amerika Linie » ete « Norddeutscher Lloyd ».

Premier accord.

Parties contractantes : d’une part, le groupe Harriman comprenant « l'American Ship and Commerce Corporation » qui englobait elle-même plusieurs autres sociétés ; d'autre part la Compagnie allemande « Hamburg Amerika Linie ».

Ligues à exploiter : New-York-Hambourg ;

2° Hambourg-La Plata.

3° Hambourg aux Indes orientales.

Navires à employer : Chacun des groupes contractants pourra faire participer ses propres navires à l'exploitation des lignes jusqu'à concurrence de 30 0/0 ; la répartition des bénéfices aura lieu dans la même proportion de 50 0/0. Les navires allemands

navigueront sous leur propre pavillon.

Les principales caractéristiques du contrat sont les suivantes : « L’American Ship and Commerce Corporation » sert d'agent de la « Hamburg Amerika Linie » en Amérique el la Compagnie allemande « Hamburg Amerika », d'agent à Hambourg de l'American Corporation. Chaque compagnie agit indépendamment.

L'accord avec la « Hamburg Amerika Linie »

donne à l’armement américain le droit de faire apparilion immédiate sur les meilleures routes commerciales.

La durée de la convention a été fixée à 20 années.

Deuxième accord.

Parties contractantes : d’une part l’« United States Mail Steamship Cie » (1); d'autre part, le « Norddeutscher Lloyd ».

Lignes à exploiter : Services avec les grands ports européens. !

Durée de l'accord : 5 années pouvant être renouvelées d'année en année.

Principales caractéristiques de l'accord :

L'’« United States Mail Steamship Cie » s'est engagée à mellre en service le plus (ôt possible les navires ex-allemands qu’elle a affrétés et à organiser le transport régulier des passagers et des marchandises : . entre New-York et Brême ;

entre Boston et Brême ;

entre Baltimore et Brême ;

entre New-York et Dantzig avec biberté de toucher

(4) Cette Société a été déclarée depuis en faillite et, à la fin de 1929, un accord est intervenu entre le « Norddeutscher Lloyd » et l « Emergency Fleet Corporation », ou flotte du « Shipping Board », pour assurer les services précédemment

confiés à |’ « United States Mail Steamship Cie ». k B. —

à l'aller ou au retour, soit les ports français ou an-

glais, soit à la fois les ports français et anglais.

Il. — Impression produite en France par ces accords. Raisons qui, du côté américain, semblent les

avoir déterminés.

Les conventions dont nous venons d’énumérer les grandes lignes produisirent une impression pénible en France, particulièrement dans les milieux de l'armement. On se faisait difficilement à l’idée d’une telle association ; on se demandait quelles raisons impérieuses avaient bien pu conduire nos alliés à favoriser le relèvement de la Marine marchande d’un Etat qui, se croyant sûr de la victoire et ayant rêvé de rester le maître du commerce extérieur, avait fail torpiller par ses sous-marins, sans se soucier de la vie des passagers et des équipages, des miilions de tonnes de paquebots et de cargos appartenant aux puissances belligérantes ou neutres.

S1 fâcheux qu'ait pu être pour l'armement français le concordat dont il vient d'être parlé, nous sommes convaincu que, dans leur attitude vis-à-vis de cet armement, les Américains ont élé guidés, non par un désir de rapprochement amical avec la nation allemande, mais par l’unique souci de réaliser une affaire fructueuse pour eux-mêmes. Avec le sens

pratique qui les caractérise, ils ont dû peser soigneu-

sement, avant de prendre une décision, les avantages qu ils pouvaient retirer de l'une ou l’autre des collaboralions. Et si, comme cela est probable, ils ont considéré que la balance penchail du côté germanique, ils n'ont pas hésité à faire passer la question d'argent avant la question de sentiments.

Nous allons d’ailleurs examiner les avantages procurés par les accords germano-américains, aux

Etats-Unis d'abord, et à l'Allemagne ensuite.

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