‹ La Marine Marchande AmericaineChapitre 45 sur 62 · IV. — Profits tirés par l'Allemagne de sa · texte numérisé non relu

IV. — Profits tirés par l'Allemagne de sa

collaboration avec les Etats-Unis.

De son côté l'Allemagne a tiré de son alliance commerciale marilime avec les Etats-Unis des avan-

tages immédials el considérables qui, d'après le

(1) Circulaire du Comité central des Armateurs de France du 10 août 1921, n° 1153,

Comité central des Armateurs de France,se résument comme suit :

a) Dès la fin de 1920, l'Allemagne était de nouveau reliée au monde entier par le rétablissement de toutes les lignes de navigation d'avant-guerre.

b) Les compagnies de navigalion germaniques ont pu procéder à des augmentations de capital et sont devenues prospèrés au point de vue financier.

c) Ces mêmes compagnies ont entrepris la reconstruction de leur Flotie de commerce nalionale, et leurs chantiers sont en pleine activité, alors que les autres nations ne cessent de voir décroître les commandes de constructions navales.

Celte renaissance si rapide de la Marine marchande allemande, due principalement à la collaboralion äméricaine, cause à notre pays el à nolre armement maritime national, en parliculier, de légitimes préoccupations dont de nombreux journaux se font souvent les interprèles. |

C’est ainsi que le Bulletin quotidien Radio, dans son n° 2089 du 10 octobre 1923, a publié le très inté-

ressant article que nous reproduisons ci-après $

Le danger maritime allemand.

« Si nous sommes généralement dans l'ignorance «“ de l’état exact des industries maritimes alleman-

« des, 1l en esl une sur laquelle nous sommes mal-

« heureusement bien fixés. Il s’agit de la Marine « marchande. Celle-ci avait été réduite au-dessous «de 500.000 tonnes par suite de l'application du «traité de Versailles ; elle s'est élevée successive- « ment :

« En 1920 à 717.450 tonnes;

« En 1922 à 1.887.400 Lonnes ;

« Au 30 juin 1923 à 2.496.000 tonnes (brutes).

« Elle dépasse aujourd'hui largement 2.500.000 t.

« Dans les 12 mois sur lesquels portent les. der- «nières slatistiques du Lloyd, l'augmentation du «tonnage allemand représente 702.665 tonnes. Cet « accroissement est d'autant plus caractéristique «qu'il y a abondance de tonnage dans le monde «entier, et que, sauf en Italie, l’on constate des « diminutions presque générales dans le Shipping « mondial. C’est ainsi que, pendant que l'Allemagne « gagnait 702.665 tonnes, la France en perdait « 108.548. Nous dépassions l'Allemagne en 1921 « dans la proportion de 5 contre 1 ; cette proportion «n'est plus aujourd'hui que de 3 contre 2. Le dan- « ger que le tonnage allemand fait courir à notre €pavillon est aggravé par le fait que ce tonnage a «été acquis dans des conditions bien meilleures que « le nôtre. Tandis que nous nous sommes, en effet, « procuré notre lonnage au moment où il atteignait

«les prix les plus élevés, les armateurs germaniques

« ont profité de la déprécialion des cours consécutifs « à la crise de la Marine marchande.

« Il y a plus. Le financement de leurs achats et de « leurs constructions s'est opéré à l’aide d'emprunts « contractés en marks ; la faillite de cette monnaie a «entraîné une sorte d'amortissement aulomatique « des navires. Notre ministre des Finances, M. de « Lasleyrie, a appelé l'attention sur les conséquen- « ces de celle liquidalion de passif, qui s'est opérée « dans loutes les branches ‘des industries germani- « ques. Dans aucune autre plus que dans la Marine « marchande, ces conséquences risquent d'être pré- « jJudiciables à l'industrie française. On peut, à la « rigueur, se défendre par des barrières douanières «contre l'invasion des produits allemands, il est « plus difficile de se garantir contre la concurrence « du pavillon du Reich.

«D'autre part, les chantiers maritimes allemands, « subventionnés par l'Elal lui-même, ont pu produire «en 1922: 575.284 (onnes, tandis que les nôtres, « directement menacés par la production allemande, « ont vu leur rendement tomber à 184.000 tonnes.

« Ce développement de la Marine allemande s’est

traduit dans les slalistiques du Canal de Suez, la

part de ce pavillon ayant suivi la courbe suivante ; 1920: 15.000 tonnes :

1921 : 171.000 tonnes ;

1922 : 735.000 tonnes ;

8 premiers mois de 1923 : 749.000 tonnes.

«Il n'est pas possible de souligner d'une façon « plus claire la menace du pavillon allemand, et il «n'est pas douteux que le Gouvernement français «ne doive prendre des mesures pour enrayer les «progrès de celle concurrence rendue déloyale par « les circonstances que nous venons d'exposer. Espé- «rons que les Anglais comprendront, eux aussi, la

« nécessité de se défendre. »

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