V. — Préjudice causé à l'armement français
du fait de l'accord germano-américain.
Malgré les avantages légitimes qu'ils doivent retirer de leur accord, les Américains reconnaîlront l'étendue des pertes que subit notre armement du fait d'une alliance à laquelle personne n'aurait voulu croire lorsque les torpillages répétés des navires de commerce alliés ou neutres déterminaient le
Gouvernement des Etats-Unis à nous envoyer par centaines de mulle les soldats qui, aux côtés des nôtres, devaient combattre l'ennemi commun.
Il est bien évident en effet que, sans l’aide américain, les Allemands n'auraient pu reconstituer leur commerce marilime avant de nombreuses années et
qu'ainsi nous aurions bénéficié des avantages que
devait normalement nous procurer la suppression de leur Marine marchande.
Si le Gouvernement des Etats-Unis estimait fermement que, dans son propre intérêt, la conclusion des accords en question s’imposait d’une manière impérieuse, peut-être eûl-1l pu faire comprendre aux Allemands, dont les avantages dans l'affaire étaient immenses, que les accords seraient subordonnés à là réparation des désastres qui nous avaient été causés.
Il n'est pas téméraire d’affirmer que tout au contraire l'attitude prise par les Américains vis-à-vis de la France n'a fail qu'encourager l'Allemagne dans l'inexécution de ses engagements.
Le D" Cuno, Président de la Hamburg Amerika, aurait dit-on accepté qu'il fât expressément stipulé que, pendant les 20 années représentant la durée du contral, le tonnage allemand ne pourrait excéder le tonnage américain sur aucune ligne (1).
L'amiral Benson estime de son côté que l’Allemagne ne pourra, avant de longues années, construire assez de navires pour entrer en concurrence avec l'Amérique. D'ici là, dit-il, les Etats-Unis auront le temps de conquérir dans le trafic maritime de l'Uni-
vers une place inconteslée.
(1) Revue maritime de juin 1920, p. 859,
Nous souhailons que les prévisions de l'amiral Benson se réalisent, mais nous ne croyons nullement à la bonne foi allemande et nous ne pouvons résister au désir de reproduire ici le passage d'un article que le journal Le Times publiait dans les premiers mois de 1920 à propos de l'union projetée. « Les «armateurs brilanniques, écrivait Le Times, sont « tentés de rappeler la triste histoire de cette dame « de Riga qui, on s’en souvient, partit en promenade «avec un tigre pour monture, el s’en lrouva fort « mal. Ils observent que la Marine marchande des « Etats-Unis ressemble aujourd'hui à une très grosse « dame el que le tigre allemand est pour le moment «extrêmement maigre et affamé. Au point de vue « britannique, ils trouveraient fâcheux que le tigre «se procurât un repas aussi réconfortant, »
Pour notre part, nous ne croyons pas que le tigre allemand devienne assez robuste pour faire une telle bombance ; sa digestion en serait si pénible qu'il y laisserait lui-même sa peau ; mais étant donnés les inslincts et la férocilé de cet animal, la grosse dame américaine fera bien de prendre des précautions pour éviter les blessures, peut-être incurables, que
pourrait lui occasionner son dangereux compagnon,