Il V avait environ 10.000 inscrits de rivière en
3i LA MAUINE ROYALE EX 1789
social du royaume ', au despotisme des petits fonctionnaires locaux -, à leur corruptibilité. Même au milieu des populations maritimes il y a des privilégiés. Les enfants de la bourgeoisie, ceux qu'on appelait les jeunes gens de famille, ne sont pas traités comme le vulgaire. « Pour éviter, dit un mémoire sur les classes, de 1750, que les jeunes gens bien nés et bien élevés se trouvassent confondus avec la multitude des matelots, on les inscrivait à part, sous le nom de matelots-pilotins et quand ils accomplissaient leur service à l'Etat, ils étaient volontaires », ce qui les faisait vivre, comme on l'a vu au chapitre précédent, de la vie des gardes-marine. A vrai dire, celte inégalité de traitement ne choque guère la masse des gens de mer ; ces malheureux sont habitués h ne plus souffrir d'une infériorité de condition. Ils se montrent en revanche beaucoup plus sensibles aux abus criants qu'occasionne la trop facile moralité de la plupart des agents de la marine : « avec une jolie parente, douce et complaisante ^ », un marin est sûr d'être exempté de la levée prochaine. Plus souvent encore il arrive que certains commissaires des classes
1. Les seigneurs avaient l'Iiabilude de se servir des gens classés pour leurs alVaii-es personnelles. Les madragues, les bourdigues, les bacs appartenaient à de grands seigneurs, ce qui faisait que leurs fermiers regardaient comme gens à en\ les matelots qu'ils prenaient pour ce service.
2. M. de l.avau de Guyon, inspecteur des classes en 1758, écrivait : « Il es notoire que les olliciers municipaux affectent de seoir sur ces misérables toutes les charges et i|u'ils font tous leurs efforts, par les rigueurs qu'ils exercent, sur eux pour les décourager et les rebuter dans leur état. La profession de marin est détestée. » En 1778, un autre inspecteur evprime son indignation des persécutions qu'avaient à subir les gens do mer et termine en atlirmant qu'il n'existe en aucun pays de charges d'Elat plus lourdes que celles des classes.
."î. Essai sur la marine, par h' chevalier d'A.. . (1782).
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ne se fout aucun scrupule de rayer des listes de l'enrôlement les inscrits qui sont en mesure de payer une telle complaisance ' ; d'autres confondent pêle-mêle les tours de services et « commandent à contretemps, par caprice ou par vengeance, pour donner à ceux qu'ils protègent des préférences injustes, et ce despotisme est capable de rebuter les marins ^ ».
Les personnages les moins suspects d"animositc contre l'administration maritime, certains de ses membres même, portent sur le personnel des classes des jugements sévères. M. Charron, chargé à différentes reprises d'inspecter ce service, signale « les rigueurs, les exactions, les injustices exercées par les commissaires et autres offlciers des quartiers, chez lesquels parfois l'avidité la plus basse, plus souvent la faiblesse, la paresse, l'ignorance des règles ont occasionné le désordre ». Il ajoute que ces fonctionnaires sont « tous d'un accès diflîcile ; on ne trouve auprès d'eux qu'humeur et dureté. L'injustice n'est pas loin et le désintéressement ne marche pas toujours de pair avec la sévérité'^ ». Un autre inspecteur écrit de son côté a que les commissaires et syndics deviennent les fléaux de leurs quartiers». Les correspondances, les mémoires, les ouvrages ' qui traitent de la marine sous Louis XV
1. Chabaud-Arnaull. L'établissement naval de Colbert. (Revue maritime.)
2. Valin. Commentaire de l'ordonnance de ItiSl, arl. l''"', livre II, tilre Vil.