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Essai sur la mafine, par le chevalier de

2. Les colonels des régimenls, du rang de chefs d'escadre, eurent prise et charge des hàliments slationiiés dans les ports, ce qui avait le tort de diminuer les attributions des commandants de la marine. Les capitaines do vaisseau qui axaient rang de colonels, se trouvaientà la tête de compagnies qui ne comptaient que 79 hommes.

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monts et en bataillons, et quand de Boynes tomba du ministère, en 1774, son organisation disparut avec lui : une fois de plus, en ce pays, le mot avait tué la ohose '.

Quelques années plus tard, le maréchal de Castries jugea de nouveau indispensable d'établir une répartition du personnel et des forces navales en des fractions déterminées. Une ordonnance du l'''' janvier 178G divisa la marine en neuf escadres permanentes. Cinq de cellesci étaient entretenues au port de Brest, deux à Toulon, les deux autres à Rochefort; chacune d'elles se partageait à son tour en trois divisions. Tous les vaisseaux, frégates et corvettes étaient répartis en nombre égal entre ces neuf escadres, mais les flûtes, gabares ou autres navires de charge restaient attachés aux difl'érents ports suivant les besoins du service. De la sorte chaque escadre comprenait 21 vaisseaux, frégates ou corvettes, sauf les deux escadres de Toulon qui comptaient 27 bâtiments -. Toutefois ne faudrait-il pas prendre ici le mot escadre dans le sens de force militaire organisée, que nous lui donnons actuellement. Les escadres instituées par l'ordonnance de 178G étaient des groupements de matériel et de personnel nécessités par le besoin d'introduire de l'ordre, de l'har-

1. On a prétendu aussi que le ministre de Boynes avait résolu de cantonner les régiments dans les villes de l'intérieur et de donner aux officiers d'administration le service et même le commandement des vaisseaux. On ne voit trace mille part de ces excentricités. Ces assertions de l'auteur des Observations sur Il's ordonnances de la marine, parues en 1789, sont une invention ridicule.

2. Savoir: à Toulon, un \aisseau à trois ponts, un de 80 canons, sept de T4 canons, neuf frégates, neuf corvettes et dans les autres ports: huit vaisseaux, ■sept frégates, quatre corvettes, deux longres ou galiotes à bombes.

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monie et de la dlseipliiie dans un service très étendu. Elles avaient à leur tète un ofiicier général du rang de chef d'escadre, avec un état-major pour l'assister; les divisions étaient commandées par un capitaine de vaisseau ; chaque officier était nominativement attaché à l'une des escadres; les canonniers-matelots et les marins levés servaient dans les mêmes conditions sur telle ou telle escadre; enfin le commandant de la marine dans le port, assisté du major général de la marine, avait la haute main sur les diverses escadres entretenues près de lui. Mais, je le répèle, toute cette organisation ne faisait des escadres que des sortes de « dépôts », des unités administratives où la discipline s'exerçait plus sûrement, où l'instruction des officiers et des marins se poursuivait avec plus de méthode, où l'on trouvait plus commodément les éléments nécessaires à la formation des équipages pour les armements prescrits.

Si l'on voulait définir, par une expression moderne, l'ensemble des neuf escadres placées depuis 1786 sous la haute autorité des commandants des trois ports de guerre, on serait tenté de dire qu'elles représentaient une flotte de réserve, pourvue de ses officiers, avec un noyau d'équipage facilitant l'armement général au cas où les circonstances l'exigeraient.

Outre cette Jlotte tenue en réserve et stationnaire dans les ports, la marine royale comptait un certain nombre de navires actifs naviguant au loin. Le roi avait arrêté, a la lin de la dernière guerre, qu'il y aurait des stations fixes dans tous les pays d'outre-mer où les Anglais en

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entretiendraient'. En 1789, nos stations lointaines étaient fortes de 27 navires. Des 17 frégates ou gabares qui étaient, l'année précédente, en station dans les mers d'Asie, 11 avaient été rappelées; il n'en restait donc plus que 6 dans ces parages. La guerre entre les empires d'Allemagne, de Russie et de Turquie contraignait à conserver dans le Levant une division de 4 navires, dont 1 frégate et 3 corvettes. L'obligation de garantir les colonies d'Amérique contre le commerce « interlope » faisait conserver dans ces mers 14 bâtiments. Enfin la station d'Afrique était composée de 1 frégate et de 2 corvettes. A ces 27 navires ajoutons 3 corvettes armées dans les trois ports pour l'instruction des élèves, 6 gabares faisant le service des transports sur les côtes de France et nous aurons le total des forces navales employées activement. En résumé, sur les 228 navires à flot dont se composait la puissance maritime du royaume. 36 étaient armés- et 192 en réserve dans les ports.

Les équipages de ces 36 navires se montaient à 4.174 hommes. Or, le nombre des inscrits étant de 80.000 environ, on voit quelle minime proportion de matelots l'Etat avait à sa charge. Si l'on réunit à ces quelques milliers de marins, les 6.000 canonniersmatelots casernes dans les ports et les 1.975 officiers de vaisseau portés sur les contrôles, on obtient ainsi la totalité du personnel militaire entretenu par la marine pendant Tannée 1789.

1 . Lettre du maicchal de Castries à Toulon, du 0 mai 1785. :!. L'arniemeat des o6 navires en question nécessitait une dépense de 4. 87.). 776 livres.

Les contemporains critiquaient la faiblesse des effectifs présents. L'un d'eux, le chevalier de la Serre, qui avait servi lors de la guerre d'Amérique, se plaignait «■ qu'on ne retînt pas constamment au service du roi un nombre de marins soldés, de toutes classes, équivalent au cinquième des équipages des vaisseaux composant l'armée navale' ». D'autres prévoyaient les inconvénients d'une organisation qui « faisait de la marine une armée sans troupes ». Tous, en constatant le profit à retirer des escadres d'évolutions arméesaccidentellement, s'accordaient à reconnaître que leurs avantages ne sauraient être mis en balance avec ceux que procurent les forces permanentes.

A défaut de cette escadre permanente, les portsétaient-ils du moins en état d'armer une flotte avec rapidité le jour où les circonstances l'exigeaient? en un mot, la disponibilité de la marine était-elle satisfaisante? C'est ce qui reste à examiner. Au point de vue du personnel, tout est merveilleusement combiné dans les règlements de 1765 et dans ceux de 1786 pour opérer l'armement de la flotte dans des conditions. (Tordre parfait. Deux effectifs, l'un sur pied de paix^ l'autre sur pied de guerre, sont prévus pour chaque type de navire: 1.119 officiers, marins ou soldatsmontent le vaisseau à trois ponts de 118 canons armé en guerre et 78:2 le montent quand il est armé en paix^ le vaisseau de 80 pièces porte aussi, suivant le cas,. 8o6 hommes ou 596 et la frégate de 36 canons varie de

1. Essais sur la îuariiie de France, de lûGl à 1789, p. 213-294.

H'Id à 232 hommes '. La répartition des matelots en spécialités et professions est faite à l'avance dans des tableaux d'une clarté absolue, faisant mention des soldes diverses, donnant même l'indication exacte du poste assigné à chaque officier et du nombre de marins que l'on doit mettre au service de l'artillerie, à celui des poudres, à celui des blessés. L'ordonnance constitutive a dressé tous les rôles pour le combat et pour les diverses manœuvres du bord. A leur lecture celui (jui connaît lorganisation de notre marine à l'heure présente (c'est-à-dire un siècle après les ordonnances du maréchal de Castries), celui qui sait comment sont menés nos navires actuels peut aisément se convaincre qu'aucune amélioration n'a été réalisée sur le point particulier de la formation des équipages. Nos règlements ne sont ni plus précis, ni plus complets, ni plusprévoyants. Il est intéressant de noter le soin avec lequel toute était préparé, il y a cent ans, en vue de l'utilisation rapide du vaisseau de guerre, dès que les hommes se présentaient pour embarquer.

Mais du moins se présentaient-ils? Répondaient-ilsà l'appel à l'heure voulue ? Là est le nœud de la question, car la difficulté d'avoir du monde sous la main peut réduire à néant les plus sages prescriptions des ordonnances. En parlant de la difficulté de réunir Ie& gens de mer, je ne songe pas seulement aux embarras que causaient aux commissaires des quartiers l'insu-

I. Les équipages se composaient ainsi : quatre septièmes de marins, troisseptièmes de soldats de larmée de terre, de mousses, de surnuméraires, de domestiques.

bordiiiation de leurs inscrits et leur répugnance à venir au service du roi, je fais aussi allusion à réloignement d'une grande partie des marins au moment où l'on avait besoin d'eux. Tel matelot, qui naviguait au Brésil ou à Terre-Neuve, ne pouvait revenir à son quartier qu'après trente ou quarante jours de traversée, tel autre, qui naviguait plus loin encore, avait de la peine à rallier les rives de France avant soixante ou soixantedix jours. Tous ces retards, qui étaient inévitables, entravaient naturellement la disponibilité de la ilotte, ce que de nos jours nous appellerions la mobilisation. Un officier de l'ancienne marine royale, le futur amiral de Missiessy, estimait en 1788 que le personnel des équipages ne pouvait être rassemblé que dans les proportions et aux époques suivantes : 1:2.000 hommes environ au moment de la déclaration de guerre, 40.000 hommes trente,- cinq jours après, et 70.000 hommes soixante-cinq jours plus tard '.

Si la pénurie du personnel obligeait à espacer les armements, l'état du matériel contraignait aussi à agir de même. Non pas que les magasins fussent dépourvus du nécessaire ; sous ce rapport, au contraire, les arsenaux étaient en mesure de satisfaire aux exigences les plus pressantes-, tant il avait été déployé d'activité dans les ports depuis la paix de 1783, tant l'administra-

1. Aperça sur la 7narine, par l'amiral de Missiessy, p. 0 et 7.

2. Eu 1785, quatre navires prirent ariiiement à Toulon le 17 mai et apparoillî'rent pour Brest le 23 juin. Eu 1786, les frégates destinées à l'escadre d'évolulious, entrèrent eu armement à Toulon le 1'^'^ mai pour être rendues à Brest le 15 juin. Ces délais n'ont rien d excessif ; de nos jours ils seraient sûrement atteints.

lion, instruite par de cruelles expériences, se gardait d'imiter les étonnants procédés de certains ministres de Louis XV qui avaient tout désorganisé en réduisant les approvisionnements à un minimum dérisoire'. Mais la question des approvisionnements est subordonnée au chiffre des navires susceptibles d'être armés, c'est donc ce chiffre qu'il faut connaître pour se faire une idée de la disponibilité réelle d'une flotte. On admettait alors que, pour une guerre, il n'y avait à compter que sur les bâtiments ayant moins de quatre ans de construction ou de refonte, ceux-là seuls étant assez solides pour offrir une résistance convenable aux blessures des boulets, aux avaries des abordages. D'après cette donnée, on fixait, en 1789, à 30 vaisseaux, 20 frégates et 20 corvettes, la flotte immédiatement prête, c'est-à-dire pouvant quitter le port quarante jours après l'ouverture de l'armement; 30 autres bâtiments auraient suivi à quarante-cinq jours de distance ; le reste ne serait venu que quatre-vingt-dix jours plus tard. C'était là un progrès réel sur les pratiques admises au moment de la guerre d'Amérique, où il fallut trois mois au port de Brest pour mettre en état les premiers vaisseaux désignés, lenteur qui coûta cher à notre amour-propre, en nous infligeant la honte de la capture de trois navires de guerre en vue même de nos côtes ^.

1. Cf. le rapport de Malouet à l'Asseniblée nationale sur les dépenses de la marine. « Tous les magasins, à l'exception de ceux de lartillerie, sont approvisionnés pour une campagne. ■>

2. Le 12 juin 1778, la Qolte britannique était déjà sortie de ses ports, la nùtre était loin d'être prête puisqu'elle ne put franchir le goulet de Brest que le 8 juillet. Il arriva donc que dans cet intervalle les Anglais rencontrèrent la petite

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Au surplus, il est boa de le remarquer, ce n'est pas la rapidité absolue des armements qui importe, c'est leur rapidité relative, c'est l'avance que l'on prend sur son adversaire. Or sur ce point, nous pouvions primer les Anglais ; on en eut la preuve en 1787, lors de l'invasion de la Hollande. Des armements importants so firent dans nos ports, en vue d'une guerre maritime imminente. Les ressources étaient si habilement préparées et l'ardeur à les mettre en œuvre fut telle que l'Angleterre se vit devancée dans ses préparatifs. Si le gouvernement de Louis XVI (montrant en cette circonstance plus de fermeté et de dignité) eût déclaré la guerre, nous étions en mesure de porter sur mer les premiers coups à nos ennemis.

division, croisant dans la Manche dont il a Hé parlé plus liant ; celle-ci cLiiil composée des frégates Licorne et Belle-Poult;, de la corvette Hirondelle^ du lougre Coureur. Le Coureur se rendit après un beau combat, la Licorne fut prise, quanta la Belle-Poule, elle ne dut son salut qu'a sa fuite après une lutte licroiqne de cinq heures, où sou commaudaut, la Clocholterie, s'était couvert de gloire.

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