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Le marquis de Faouet. La Cour à Versailles

2. Ces instructions sont reproduites en tête de la relation du voyage de Lap rouse, publié en 1797, par Milet de Moreau, sur l'ordre de la Convention.

à un simulacre de combat naval. De Cherbourg il gagna le Havre où l'escadre le suivit encore. Les grands déplacements d'un roi de France étaient rares : celui-ci attestait l'intérêt particulier que l'infortuné monarque portait à sa flotte militaire : « L'honneur que Louis XVI fit au corps de la marine dans son voyage à Cherbourg avait augmenté, dit un contemporain, l'ardeur des officiers en agrandissant à leurs yeux la nature de leur service et leur donnant un garant de sa bienveillance'. »

Tout s'exécutait dans la marine au nom du roi : les formules ordinaires du langage consacraient cet usage et le roi lui-même parlait et écrivait à tel ou tel chef de ses armées navales. Les règlements qu'on appliquait, même les mesures de détail les plus simples, émanaient de sa volonté ou de son intention : Sa Majesté veut que... L'intention de Sa Majesté est que... Parfois cependant telle ou telle mesure se prenait « par ordre de la Cour ». L'intermédiaire entre celle-ci et la marine était le ministre, dont la correspondance était appelée correspondance de la Cour.

Quand s'ouvrit l'année 1789, le ministre de la marine était le comte de la Luzerne, lieutenant général des armées de terre. Appelé au pouvoir le 24 août 1787, il n'avait prisses fonctions que dans la suite, se trouvant alors à Saint-Domingue en qualité de gouverneur.

I. Le clievalier delà Serre. Essais historiques sur la marine. — Le roi distribua des gratifications aux équipages et fit des présents à tous les chefs. Chaque officier lui fut préseulc et eut beaucoup à se louer de l'accueil dont il l'honora. Le roi était si enchanté, qu'il dit que " le jour de son sacre et celui de son arrivée à Cherbourg, étaient les deux plus heureux de sa vie ». Histoire de Louis AT/, par Bouvet, iSia.

Jusqu'à son arrivée en France, le:24 décembre 1788, l'intérim avait été rempli par le comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères. Le nouveau titulaire du porte-feuille de la marine était un honnête homme, bienveillant et animé de bonnes intentions. Il se piquait de littérature, ne manquait d'ailleurs pas d'érudition et occupait ses loisirs à traduire les historiens grecs. Il avait de la bravoure et du sang-froid et devait en donner plus tard les preuves à Versailles, dans la journée du 6 octobre, en couvrant de sa personne la reine, sa fille et madame Elisabeth exposées, à une fenêtre du château, aux balles qui partaient de la foule. Mais comme ministre delà marine, il était presque insulfisant et son administration, terne et effacée, contrastait avec celles plus actives et plus fécondes de M. de Sartine et du maréchal de Castries. On lui avait adjoint l€l7 mars 1788, ainsi qu'on l'avait fait pour ses collègues de la guerre et des finances, un Conseil, dont de Lvonne était président, et qui comptait dans son sein des marins, des constructeurs, des administrateurs. Ces Conseils ayant été créés dans l'espoir de sauver la France du déficit, leur rôle était surtout de surveiller les procédés financiers en usage ; celui de la marine ne s'occupait donc que très indirectement de ce qui touchait à l'organisation de la flotte de guerre '. L'administration du département se parta-

I. Décision du 19 mars 1788 : u Le secrétaire d'Etat restera chargé de toute la partie active et executive de l'administration et le conseil de la marine sera ■charge de toute la partie législative et consultative. » Archives de la marine, manuscrits. « Les opérations du conseil de la marine ont été à peu près nulles.» ,D'.\ruaud. Observations sur les ordonnances, 1789.

geait en quatre grandes directions , celle des ports et arsenaux, avec Fleurieu à sa tête, celle des colonies, celle des classes et consulats ', celle des fonds. Autrefois un personnage marquant du ministère avait été le premier commis, sorte de sous-ministre, signant pour le vrai titulaire, le conseillant, l'aidant, lui préparant la besogne. La chute d"un ministre n'entraînait pas celle du premier commis, qui demeurait comme le conservateur des traditions. Le nombre de ces fonctionnaires s'était peu à peu accru, puisqu'en 1789 on n'en comptait pas moins de six ^. En se multipliant ainsi ils avaient naturellement perdu de leur importance et étaient devenus de simples chefs de division. Mais l'un d'entre eux restait toujours, plus spécialement, le confident du ministre. Truguet avait été l'homme de confiance de Choiseul ^. M. Blouin lui avait succédé sous le ministère de M. de Sartine, M. Bonjour jouissait de la faveur du comte de la Luzerne. Ils ne manquaient de valeur ni les uns ni les autres ; le choix de ces commis importait du reste, car la bonne marche du service reposait sur eux et les ministres de Louis XV et de Louis XVI, toujours pris, sauf un seul, en dehors de la marine % avaient surtout besoin de trouver « dans

1. Jusqu'à Tcpoque de la Convention les consulats relevèrent du ministère de la marine et des colonies.

2. Voici leur répartition : 1" ports, troupes et classes; -2." fonds; 3" colonies; i" consulats; 3" police de la navigation; fi" archives.

3. ■• Il y avait dans le bureau un homme précieux, qui se nomme Truguet. » Mémoires de Malouet.

4. Sauf le marquis de Massiac, lieutenant général des armées navales, qui fut ministre cinq mois, du i" juin au l'''"novembre 1783. Voir Mémoires du comte de Ségur. 11 Je ne sais trop pour quels motifs nos rois n'ont jamais voulu

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le bureau » un homme d'expérience possédant, sinon la compétence technique, du moins le maniement des affaires maritimes.

Le traitement du ministre était de 120,000 livres. Notez qu'il faut plus que doubler ce chiffre pour avoir son équivalent actuel et vous conclurez sans doute que les ministres étaient convenablement rétribués. Pourtant, dit M'™ de Genlis, « ce n'est pas trop pour leur train. Ils sont obligés d'avoir un si grand état de maison qu'ils ne peuvent guère s'enrichir dans leur place, ils ont tous table ouverte à Paris, au moins trois fois par semaine, et à Versailles, à Fontainebleau, table ouverte tous les jours ^ ». Grâce au ciel ! le roi leur vient généreusement en aide, il ne les oublie pas dans la distrition de ses « grâces^ ». Il les dédommage d'abord de ne pas s'être « enrichis dans leur place », en les gratifiant d'une pension de 20,000 livres qu'il leur sert à partir du moment où ils se retirent (une fois même quand le ministre se nomme de Sartine la pension s'élève à oO.OOO livres ^) ; en outre il accorde 200.000 li-

cjiifier le gouvernement de la marine à des marins. " Voir les Mirabeau, par de Lomcnie : «D'anciens marins dirigent la marine d'Angleterre, tandis que nous, quand nous parlons à notre chef une langue qui lui est étrangère, il a recours à la routine de ses bureaux. Ou fait pour nous ce que les Chinois font pour les pieds de leurs femmes. Ou nous enserre dans les règles de la routine et nous ne pouvons croître. » Lettre du chevalier de .Mirabeau. î. Dictionnaire des étiquettes.

2. M. de Castries avait pour 350. OCO livres de bienfaits du roi. L'Espion anglais, t. Il, p. 338.

3. Le roi accorda à M. de Sartines 50.000 livres pour le dédommager de son renvoi, demande par Xecker, avec une insistance que Louis XVI trouva excessivesans avoir l'énergie de s'y opposer. Pressé par les besoins de la suerre de 1778- .M. de Sartines avait émis des traites que le contrôleur des finances, avec un rigorisme étroit, regarda comme irrégulières.

vres de dol aux filles de ses ministres. Ce n'est pas tout encore : comme aucun hôtel n'est alTecté spécialement à tel ou le! ministère, c'est la demeure particulière du ministre (|iii devient sa résidence officielle et il est nécessaire de la décorer richement. C'est le Trésor qui supporte cfs Irais de première installation et ces frais ne sont pas insignifiants. On s'élève beaucoup contre cette pratique dispendieuse : « Tous les ministres, dit le comte d'Aiguillon dans ses Mémoires^ devraient rester à Paris, les bureaux et dépôts des ministères devraient être inhérents à chaque département '. De la sorte, un ministre meurt, rien ne varie que sa personne, l'Etat n'est pas obligé de payer pour un nouvel hôtel et le meubler. M. Ilue s'est déjà meublé rue d'Artois, puis dans la maison de M. de Monteynard ; en 1772, on a meublé M. de Boynes, en 1774, M. de Sarline, et MM. de Muy, de Saint-Germain, de Montbarrey ont coûté ainsi plus d'un million. » Quoi qu'en pense M""' de Genlis les ministres de l'ancien régime n'étaient pas à plaindre ; largement payés, grassement pensionnés, confortablement meublés, leur existence pouvait passer pour enviable. Qui donc s'en étonnerait? C'est sans doute en faisant allusion aux puissants, à ceux qui approchaient la Cour, que M. de Talleyrand disait :

1. Les services du niinislore de la marine élaiont installés ;i Versailles, dans l'hôtel des affaires étrangères, aujourd'hui la bibliothèque de la ville. Il y avait des dépôts d'archives à Paris. Indépendamment des locaux qu'il possédaità Versailles, le département de la marine avait deux petits liôtels, l'un à Compiègne, l'autre à Fontainebleau, où séjournaient les bureaux détachés ;i la suite de la Cour lors de ses déplacements dans ces résidences. Les bureaux de la marine quittèrent Versailles pour revenir à f'aris, le 26 décembre 1780.

Les dépenses du ministère se montaient à 1.131.080 livres dont 404.000 élaiont affectées au service des bureaux et de leur personnel.

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« Quiconque n"a pas vécu avant 1789 ne connaît pas la douceur de vivre. »

Je dois dire cependant que le comte de la Luzerne offrit de lui-même, en 1789, de renoncer à la moitié de son traitement. Bel exemple de désintéressement qui pourrait surprendre, si l'on ne se rappelait que dans les derniers mois de cette extraordinaire année, une fièvre « patriotique » s'était emparée de tous les esprits. C'est alors que le roi et la reine envoyaient à la Monnaie leur vaisselle plate et leurs bijoux, que les corporations, les communautés, les particuliers se dépouillaient de leurs objets précieux, que les hommes donnaient à la nation les boucles dargent de leurs souliers et les remplaçaient par des boucles de cuivre. Cette « épidémie d'offrandes sur l'autel de la banqueroute ' » avait gagné tout le monde jusqu'aux ministres : tandis que Necker apportait 100.000 livres pour son « contingent de vertu civique^ », son collègue de la marine en offrait 60.000.

Hélas! ces beaux élans de générosité devaient rester inutiles. Le gouffre du déficit^ était trop profond pour être comblé par de simples donations. Le mal ne pouvait se guérir de façon si commode. Il fallait pour y remédier mettre de l'ordre dans l'administration, arrêter le gaspillage des finances, surtout fermer la porte

1. Histoire de la société française pendant la Révolution, par E. et J. de Concourt, p. 63.

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