Ibid., p
3. Le déficit annuel qui était de 37 raillions lors de l'arrivée de Necker au pouvoir, s'était accru pendant la guerre d'Amérique. Il était, en 1767, sous l'administration de de Calonne, de 112 à 115 millions par an.
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aux abus. L'organisation maritime avait les siens. N'était-ce point un abus que le maintien de la charge d'amiral de France', pour le seul profit d'un prince de la maison royale - ".'
Ce fut jadis un haut et puissant personnage que l'amiral de France. Marchant de pair avec le connétable, il était officier de la couronne ^ et ne reconnaissait au-dessus de lui que le chancelier. Sa charge était l'une des plus grandes du royaume. En effet, toutes les fonctions maritimes étaient entre ses mains et à sa disposition. Il avait la nomination de tous les officiers de marine et le commandement général de tous les vaisseaux de guerre, ainsi que le choix des officiers qui les montaient; c'était par ses ordres et sous sa direction que s'exécutaient les radoubs et les constructions, les achats de matériel et d'approvisionnement; il arrêtait les états de toutes les dépenses faites parle trésorier de la marine; il avait la nomination des juges qui formaient les tribunaux des amirautés où se réglaient tous les différends et procès des popula-
1. Amiral qui vient de l'arabe émir, qui signifie chef, avait été employé depuis les Croisades pour designer un chef quelconque n'ayant parfois aucune relation avec la marine. Dans la suite, la signification fut restreinte et ne désigna i< plus qu'un officier de considération nommé par le roi pour conimander sur mer e préparer les expéditions maritimes .. Valin. Commentaires.
2. Chaque province côtière avait autrefois son amiral et son amirauté, c'est-àdire sa juridiction spéciale aux populations maritimes. Le gouverneur d'une province pouvait en être l'amiral, par exemple, en Bretagne. L'amiral de France pouvait être l'un quelconque des amiraux particuliers. François !"■ réunit toutes ces charges particulières d'amiral, sur la tète de Philippe de Chabot.
3. « C'est un des premiers et principaux Etats de la Couronne. Etant à propos d'en pourvoir un personnage digne et capable, et de lelle qualité et dignité, grandeur, ancienneté de maison, mérite, expérience pour une si grande et importante charge » Extrait des provisions données par Henri IV a Charles de Montmorency, duc d'.\uville, le 21 janvier io8G.
lions maritimes. Enfin des revenus énormes, provenant des prises et des droits de navigation, étaient considérés comme un bénéfice attaché à ses fonctions. Cette puissance était trop étendue pour ne pas porter ombrage à l'absolutisme de Richelieu. Il supprima donc en 1G:26 la charge d'amiral et s'en attribua l'autorité, avec le titre de grand maître de la navigation. En faisant rétablir l'amiralat par un édit du 12 novembre 1CG9, Colbert n'avait point oublié les inconvénients (c'est le mot dont l'édit se servait) qui avaient résulté de la presque omnipotence des amiraux et son dessein formel était de restreindre leurs anciens pouvoirs ; mais il avait néanmoins jugé utile à l'établissement naval qu'il projetait d'avoir à sa tête une charge plus « relevée * » que celle de grand maître de la navigation. Dans son ordonnance célèbre de 1681, qui fixa les attributions nouvelles de l'amiral, le ministre de Louis XIV se préoccupa donc de restituer à la marine le prestige d'une haute dignité, sans toutefois rien ôter au pouvoir central de sa légitime autorité dans la direction des affaires maritimes.
Aux termes de cette ordonnance, l'amiral de France ne commande plus tous les vaisseaux de guerre, il commande seulement une armée navale, encore faut-il que le roi lui en donne l'ordre. Ce qui était jadis un attribut essentiel de sa charge n'est plus ainsi qu'une prérogative dépendant de la volonté du souverain. A la VLTité toutes les ordonnances sur la marine militaire
1. « Lî titre et les fonctions attribués à ladite charge de grand maître n'étant point assez relevés, etc.. . « Edit du 12 novembre 1660.
sont promulguées par lui, il en mande et ordonne l'exécution, mais ce n'est là qu'une formalité banale qui n'engage en rien le chef le plus haut placé de la hiérarchie. Il ne nomme plus aux offices militaires; il n'a plus mission de diriger exclusivement les radoubs et constructions, ni de faire les achats, ni d'arrêter les dépenses. Certains de ses revenus, notamment ceux prélevés sur « les prises et conquêtes » sont diminués, mais tous ne sont pas atteints, et le seul droit d'ancrage lui rapporte encore en 1789 la somme respectable de 91.484 livres'.
Si l'amiral a vu diminuer ses attributions militaires, il a néanmoins conservé ses prérogatives de grand chef de la navigation commerciale et de magistrat suprême d'une juridiction spéciale. Celles-ci lui valent une autorité considérable dans toutes les provinces côtières; des officiers de l'amirauté, résidant aux ports marchands et relevant de lui seul, exercent une surveillance continue sur toutes les opérations maritimes; la police des ports et rades leur appartient ainsi que celle des pêches; ils perçoivent les droits au nom de l'amiral et doivent veiller à l'établissement et à l'entretien des phares, des balises et de tous les amers propres à guider les navigateurs à l'entrée des ports. C'est encore au nom de l'amiral que les officiers de l'amirauté rendent la justice, et c'est à son profit que les amendes sont prononcées. Or leur juridiction est fort étendue. Ils connaissent de toutes les affaires qui peuvent avoir
). Taille. Les origines de la France ConUYiiporaine, t. 1, p. 8S.
trait à la navigation commerciale : achats, ventes de navires, affrètements, prises, bris et naufrages, faits de contrebande, de piraterie, etc. *...
La dignité d'amiral était réservée aux enfants de France. En 1669 c'est en faveur d'un enfant au berceau, Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils du roi et de M™= de La Vallière, que le titre est ressuscité. En 1683 c'est le très jeune Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, fils du roi et de M™° de Montespan, qui lui succède pour laisser la place à sa mort en 1734 à son fils Louis de Bourbon, duc de Penthièvre. Tous ces princes sont étrangers à la marine et vivent en dehors d'elle ; un seul d'entre eux, le comte de Toulouse, a commandé une fois une escadre au combat de Malaga en 1704. Les uns et les autres n'ont vu dans la dignité d'amiral qu'un titre de plus à ajouter à ceux qu'ils possédaient, ils ne l'ont considérée que comme une magistrature honoraire, pour tout dire, une agréable sinécure, un prétexte à gros revenus. Leur indifférence est telle que peu à peu l'amiral est oublié; insensiblement son rôle s'amoindrit, son inutilité se manifeste, et un jour vient où il n'est plus qu'un rouage superflu. Une des ordonnances de 1786 ne lui a donné d'autre maison militaire, qu'un capitaine et quatre lieutenants-, lui conservant toutefois lorsqu'il est pré-
1. L'appel des jugemenls prononcés par les amirautés particulières était porte soit auv parlements de Toulouse et de Bordeaux, soit aux deux amirautés générales qui siégeaient sous le nom de Tables de marbre, l'une à Paris, la seconde à Rouen.
2. Il avait, en plus, un .ipotliioaire. un médecin, un cliirursien, un secrétnire et un aumônier.
sent dans un port ou qu'il commande à la mer, une garde d'honneur formée de soixante élèves de la marine, avec le droit de porter le pavillon carré au grand mât de son navire : belles prérogatives dont il ne jouit jamais et qui ne suffiraient pas du reste à relever son prestige amoindri K
Le titulaire de la place, en 1789, le vieux et bon duc de Penthièvre ne contribue guère, pour sa part, à remettre à son vrai rang l'amiral de France. Né en 17:25 au château de Rambouillet, il est devenu le premier marin du royaume à l'âge de neuf ans -. Sa seule navigation date du mois d'octobre 1734, où il s'est rendu d'Antibes à Gènes sur la galère la Brave, qu'il a fait escorter de trois autres galères. Depuis lors, il n'a pas pris la mer, à peine s'est-il souvenu qu'il était amiral ; il est vrai qu'il est aussi grand veneur de France, et, de plus, gouverneur de Bretagne. Gomme tel, il s'est acquis le mérite d'avoir mis les côtes de cette province en état de défense et d'avoir même repoussé les Anglais qui y avaient fait une descente. Il a d'ailleurs, dans sa jeunesse, montré de la valeur à Dettingen et à Fontenoy. Devenu veuf, ayant perdu son jeune fils le prince de Lamballe, ayant marié sa dernière fille au
1. L'amiral porto pour marque de sa dignilé une ancre posée derrière l'ccu de ses armes, doul la trabe (la traverse ou le jas) est d'azur fleurdelysc d'or.
1. « Pour lui apprendre non l'art nautique qu'il ne sut jamais, mais les termes Iccliniqucs, sa mère fit construire des barques dont on confia la direction a de vieux matelots bretons et qui manœuvraient dans les étangs de Rambouillet. On simulait tantôt un combat, tantôt un incendie, tantôt un naufrage, afin de développer l'adresse et le courage de l'élève qui, selon le caractère de l'exercice, grim- ])ait aux mâts, mettait le feu au canon, ou se sauvait â la nage, son épée d'amiral a la main. •> Château de France, par L. Go/.lan, t. L P- 133, cité par Bouhomnio, Histoire du duc de Penthièvre.
duc de Chartres, il s'est retiré en ses châteaux de Sceaux ou d'Anet', et s'y est voué à une dévotion extrême, passant de la prière aux bonnes œuvres, quittant une lecture spirituelle pour aller distribuer l'aumône aux pauvres du voisinage. « C'est un saint que ce duc, une âme pure, blanche, angélique^. » Avec cela grand protecteur des lettres dans la personne de Florian, qui compose des contes et des fables pour le distraire. Bref, son existence est celle d'un prince éclairé, courageux et brave à l'occasion, vertueux dans un siècle qui ne l'était guère ^, mais si peu marin, qu'on se demande ce qu'il adviendrait si, par aventure, il s'avisait de commander, comme il en a le droit, la principale armée navale du royaume. Heureusement, il ne s'en soucie pas; méditer dans son oratoire, soulager les malheureux, en les faisant bénéficier de son magnifique revenu de trois millions de livres *, tels sont ses seuls désirs.
Pour le seconder, l'amiral avait auprès de lui, et à sa nomination, un secrétaire général de la marine du Levant et du Ponant, dont la mission consistait à assurer tous les détails de la charge, contreseings des congés, passeports ou commissions, perception des
1. A Paris, il liaLilait riiôtel de Toulouse, aujourd'hui la Banque de France.