‹ La marine royale en 1789Chapitre 2 sur 92 · INTRODUCTION X · texte numérisé non relu

INTRODUCTION X

nanls progrès. Cela est surtout visible quand on étudie la marine, œuvre artificielle par excellence, qui n'existe que par l'énergie de ceux qui la dirigent. Dès qu'un gouvernement cesse de la vouloir forte et puissante, elle tombe. « De . toutes les choses, a dit M. Thiers, celle qui se passe le moins d'une forte volonté de la part du gouvernement, d'une grande suite dans les idées, c'est la marine. »

L'héritage des Choiseul à la marine fut recueilli par M. de Boynes « homme de robe, étranger au département, ferme, laborieux, ayant un esprit faux, un caractère ardent ». (Malouet.) Il manquait de l'ampleur nécessaire pour être un ministre réformateur et cependant c'est à ce titre qu'il visait, n'ayant d'autre idée que « de bouleverser dans les ports l'organisation de M. de Choiseul ». Il eût peut-être fort compromis notre établissement naval s'il n'avait été heureusement remplacé, en 1774. par M. de Sartine, après un intérim de quelques mois rempli par Turgot.

M. de Sartine garda six ans le ministère. Cet ex-lieutenant de police avoua lui même en arrivant « qu'il ne connaissait pas un bateau » et qu'il n'avait que des notions très vagues sur « les quatre parties du monde ». Mais, à défaut de science géographique, il avait du jugement, de la facilité et un grand désir de bien faire. <f II a manqué, dit Malouet, de nerf dans son administration et de cet esprit d'ordre nécessaire dans un grand département, mais jamais ministre ne fit autant de vaisseaux et n'approvisionna mieux les ports. » Ce qui est, on l'avouera, un suffisant mérite pour le chef d'une marine. Grâce à lui. en effet, nous eûmes, en 1778, jusqu'à 84 vaisseaux sans compter les frégates et les bâtiments plus petits.

Avec cette flotte imposante, montée par un personnel très stylé, il était possible à la France de prendre rang sur mer, de s'affirmer comme puissance navale et peut-être à l'occasion de venger les vieilles injures.

Une circonstance favorable se présenta. L'Amérique venait de rompre le lien qui la rattachait à la Grande-Bretagne et

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