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la France avait accueilli avec enthousiasme cette déclaration d'indépendance. Tout Paris avait pris feu pour les Bostoniens. Franklin, venu à Versailles, y lut l'objet d'ovations ardentes de la part de la Cour, sinon de Louis XVI, qui ne voyait pas sans inquiétude une courroyale fêter le représentant de citoyens révoltés contre leur roi. Mais Louis XVI ne résista pas longtemps au courant de l'opinion et un traité de commerce et d'amitié, puis un traité d'alliance éventuelle et défensive, furent conclus avec les Etats-Unis. C'était virtuellement déclarer la guerre à l'Angleterre.
Les hostilités ne tardèrent point à s'ouvrir et, cette fois encore, l'Angleterre tira le premier coup de canon. Le premier combat immortalisa le nom de la Belle-Poule et celui de son commandant, La Clochetterie. Puis les escadres entrèrent en ligne. Le plan consistait à porter la guerre en Amérique en même temps qu'en Europe. Une escadre partit de Toulon pour les Antilles avec d'Estaing, une autre arma à Brest avec d'Orvilliers. Il eût été prévoyant d'en envoyer une troisième dans l'Inde, afin de renforcer la division que nous y avions ; on ne le fit que plus tard. En 1778, la flotte de d'Orvilliers livra la bataille indécise d'Ouessant, d'Estaing remporta quelques succès en Amérique, Vaudreuil reprit le Sénégal. L'année suivante l'Espagne était devenue notre alliée, et la flotte de d'Orvilliers jointe à celle de don Luis de Cordova se montant à 66 vaisseaux, Louis XVI songea alors à l'entreprise si souvent tentée, jamais réalisée, d'une descente en AngleteiTC. Cette fois encore le projet échoua. La flotte de d'Orvilliers contrariée parle temps, décimée parles maladies, fut pour ainsi dire paralysée, servant toutefois à faire fuir devant elle l'escadre anglaise et à la tenir éloignée de nos côtes et de nos convois. Au même moment, en Amérique, d'Estaing s'emparait de Saint-Vincent et de la Grenade, battait l'amiral Byron; tandis que de son côté, La Motte- Piquet, luttant trois contre quatorze, remportait un avantage à la Martinique.
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En 1780, c'est Guichen succédant à d"Estaing qui. dans trois combats près de la Dominique, tint tète à Tamiral Rodney et le força un jour à abandonner le combat. Ce n'était pas l'éclatante victoire que chaque Français souhaitait dans le fond de son cœur, mais c'était du moins pour nous l'attitude honorable et digne. Enfin notre marine comptait. Les bâtiments ou convois expédiés de nos ports naviguaient avec sécurité et non plus comme aux temps malheureux des guerres précédentes, sans espoir de revenir. On avait lancé depuis deux ans 15 vaisseaux, on avait ouvert la campagne de 1780 avec 79 : c'était une résurrection. M. de Sartine en était l'auteur. Il ne lui fut pas donné de la mener plus loin. Le contrôleur général IS'ecker sollicita et obtint son renvoi pour une dépense de guerre irrégulièrement consentie. C'était du moins le motif avoué : Necker qui sondait chaque jaur l'abime du déficit de nos finances, trouvait que la guerre d'Amérique nous menait à grands pas à la banqueroute et il reprochait à M. de Sartine de ti'op pousser à la guerre. Celui-ci se retira donc, gardant l'afTection de Louis XVI et l'estime des gens ?ensés, mais méconnu de la foule qui l'accusa de s'être vendu à l'Angleterre et qui attribua à son hésitation, à la timidité de ses mesures la lenteur des opérations *.
Le maréchal de Castries lui succéda en 1780. La reine l'avait proposé au roi et M. Necker avait secondé puissamment ses vues. « Il ne brillait point par un génie éclatant, mais par une raison ferme, froide et éclairée, » dit le comte de Ségur dans ses Mémoires. Homme de tête et de cœur, ayant, selon Malouet, « plus de lumières que M. de Sartine et plus d'idées militaires », il imprima une activité nouvelle aux armements. Il parvint même à réunir l'Autriche, la
1. On l'accusa d'avoir, par sa faute, empêché les opérations d'être plus décisives. Malouet le lui avait prédit dans une lettre de 1778 : a 11 est probable qu'il arrivera une époque oii l'on mettra tous les embarras sur votre compte. Comme vous êtes le seul ministre en évidence dans une guerre de mer. Si elle ne réussit pas, on ne s'en prendra qu'à vous. » {Mémoires de Malouet, documents an» neiés.)
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Hollande et les puissances de la Baltique dans une neutralilé armée contre l'Angleterre. « On doit lui attribuer les succès de la campagne de 1781 etréclat de ce dernier rayon de gloire qu'elle jeta sur le règne derinl'ortuné Louis XVI. » {Mémoires de Ségur.) Il envoya en effet, dès 1781, le comte de Grasse aux Antilles en même temps que le bailli de Suffi-en dans les Indes, et aussitôt des succès plus sérieux vinrent sourire à nos flottes. Le combat de Destouches à la Chosapeake, la défaite de l'amiral Hood par de Grasse à la Martinique, la prise de Tabago, la capitulation de lord Cornwallis dans Yorktown devant La Fayette et Rochambeau, furent de belles actions qui firent pâlir l'étoile de l'Angleterre, du moins dans l'Amérique, car en Europe, à Gibraltar, dont nous faisions le siège, nos efforts restèrent infructueux. Dans rinde, au contraire, tout fut à notre honneur, le génie de Suffren ht des merveilles ; cinq grands combats livrés par lui furent cinq victoires. Avec nos flottes aguerries par quatre années de navigation, de croisières et de batailles; avec nos marins encouragés par des succès répétés, nous touchions sans doute au triomphe suprême qui devait nous donner définitivement l'empire de la mer. Chacun se plaisait à entrevoir cette issue finale, qui devait couronner tant de courage et tant de sacrifices. Mais la fortune nous trahit dans la fatale journée du 12 avril 1782, où de Grasse, non loin de l'îlot des Saintes, livra combat avec ses trente vaisseaux contre les trente-sept de Rodney. Notre amiral prisonnier, cinq de nos vaisseaux capturés, donnèrent aux Anglais une victoire décisive. Pourtant leur flotte avait été si maltraitée qu'elle ne put, après le combat, ni tenter aucune conquête, ni faire aucune opération importante, ni même s'opposer à la retraite du comte de Vaudreuil, qui ramena dans nos ports une armée navale encore composée de vingt-cinq vaisseaux.
A la suite de ce revers, d'autant plus cruel qu'il fut plus imprévu, l'opinion publique ne montra pas le découragement qu'on pouvait redouter et que, dans de pareilles circonstances, elle avait jadis témoigné. « La France, loin d'ac-
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cuser les ministres, s'empressa de seconder leurs efforts. La capitale offrit au roi un vaisseau à trois ponts ; plusieurs villes imitèrent cet exemple et d'innombrables souscriptions facilitèrent les moyens de réparer promptement nos pertes et de presser vivement la guerre. » {Mémoires du comte de Ségur.)
Mais la guerre avait assez duré. Les linances de l'Angleterre, comme celles de la France, ne pouvaient plus suffire, et, malgré la victoire des Saintes, le gouvernement anglais comprenait qu'il lui était impossible de résister aux forces réunies de la France et de l'Espagne. Après avoir fait devant le parlement le dénomijrement de ses forces, Pitt s'écriait : « La gloire de l'Angleterre est passée. Elle donnait hier la loi aux autres, aujoui'd'hui elle doit la subir. »
Des deux côtés on se résigna à la paix; la Finance avec trop de précipitation. Le ti'aité de 1783 ne lui donna pas tout ce qu'elle était en droit d'espérer après une lutte glorieuse qui lui avait coûté quatorze cents millions. C'était trop peu pour nous de garder seulement Sainte-Lucie, Tabago et Saint- Louis et nos établissements de l'Inde, sans même pouvoir les fortifier. C'était beaucoup d'abandonner la Grenade, Saint- Vincent, La Dominique, Saint-Christophe, que nous avions conquises au prix de notre sang. L'autorisation de réédiiier les fortifications de Dunkerque était sans doute vme compensation, mais la défense de le faire eût été une inqualifiable injustice. Quoi qu'il en soit, il y avait dans ce traité des avantages considérables, bien que purement moraux, et dont nous pouvions être fiers, c'était l'affaiblissement de la vieille Angleterre par la reconnaissance d'une Angleterre nouvelle, pleine de jeunesse et de vie, c'était la liberté des mers proclamée, c'était notre prestige rétabli aux yeux du monde entier ^
1. l'our juger de la valeur de ces avantages, pour se rendre compte du prolil que nous devions en retirer, il ne faut pas oublier qu'alors les colonies étaient commercialement dans une absolue dépendancede la métropole. Le traité del783 posait un principe nouveau de liberté commerciale. Turgot avait pressenti ce ré-
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La paix signée, le maréchal deCastries n'eut garde de s'endormir sur les lauriers conquis. Il savait que les victoires futures se préparent dès le lendemain de la bataille gagnée et qu'une marine doit toujours progresser sous peine de déchoir. Il s'adonna donc avec ardeur au perfectionnement de cette flotte qui venait de se couvrir de gloire et qui avait réussi à arracher un moment la supériorité maritime à notre éternelle rivale. Le maréchal de Castries. refondit les ordonnances des deux Colbert et celle de Choiseul. Il introduisit de l'unité dans le service, s'attacha à faire respecter la discipline, améliora le système de recrutement des matelots. Toutes ces mesures furent mises à jour dans une série d'ordonnances de 1786, qu'on a dénommée le code de Castries et qui est comme le testament de la marine de l'ancien régime. A l'aide de ce code excellent, il est aisé de connaître d'une façon précise et de saisir en plein fonctionnement l'organisme de l'ancienne marine, à l'heure où le courant de la Révolution va emporter devant lui toutes nos vieilles institutions, pour faire place, sur leurs ruines, à de nouvelles organisations.
sultat de la guerre d'Amérique dès 1776. « Toutes les métropoles, disait-il dans un mémoire au roi, seront forcées d'abandonner tout empire sur leurs colonies, de leur laisser une entière liberté de commerce avec toutes les nations, de se contenter de partager avec les autres cette liberté. » 11 faut aussi se souvenir que le mouvement de nos opérations commerciales l'emportait sur celui de tous les Etats européens, y compris l'Angleterre. En 1787, ce mouvement représentait 600 millions, tandis que le commerce britannique n'en dépassait pas 430. L'inouie prospérité de la Grande-Bretagne actuelle ne date que des guerres de la Révolution et de l'Empire.