Chronique de VŒU de Bœuf, vol. VIII, p
2. D'Orvilliers reçut, par exemple, quand il se retira, 13.000 livres de peusiùii, par égard pour sa victoire d'Ouessant.
Rochefort, 12.000 à l'inspecteur général des classes, 4.200 au major-général des trois ports, 3.600 au commandant de chacune des neuf escadres, etc. A bord, lorsqu'ils commandaient, les généraux percevaient sous la rubrique « traitement à la mer », des sommes assez rondes pour la tenue de leur table, à charge d'y admettre leur capitaine de pavillon, leur major et l'intendant ou commissaire de leur escadre. Le viceamiral touchait ainsi 160 livres par jour, le lieutenant général 120 ou 100, le chef d'escadre 100 ou 80 suivant le cas'. N'oubliez pas qu'il faut plus que doubler tous ces chiffres pour avoir ceux qui leur correspondraient aujourd'hui ^. Des parts importantes prélevées sur les prises faites aux ennemis revenaient aux généraux, et dans les guerres si longues d'autrefois, ces parts de prises étaient une source de sérieux profits.
Vers la fin de l'ancien régime, l'opinion publique ne s'égarait point en accordant sa sympathie et sa faveur aux grands chefs de la marine. Ouvrez, pour vous en rendre compte, VEtat de la marine pour 1789, vous serez frappé de la longue suite de noms distingués ou illustres que vous trouverez dans la liste des généraux. Hélas ! de tous ceux qui pendant la guerre d'Amérique ont relevé l'honneur du nom français, beaucoup n'y figurent plus. La mort les a ravis; il ne
1. Les ofliciei'S généraux devaient, avec ces sommes, se pourvoir des valets nécessaires. En Angleterre, les amiraux recevaient moins, mais il était passé : à un amiral, 50 domestiques, a un vice-amiral, 30, à un contre-amiral, 20. Chacun de ces domestiques était payé par l'Etat, à raison Ah 10 shillings par mois.
2. 10.000 livres de rente en 1789 en valent plus de 20.000 aujourd'hui. A Paris, telle maison de la rue Sainl-Honoré, louée 0.000 francs en 1789, est louée actuellement 10.000 (Taine).
reste ni d'Orvilliers, ni Latouche-Tréville, ni de Grasse, ni Suffren, mais on y voit encore un Lamotte-Piquet qui mena au combat trois vaisseaux contre treize et mérita d'être loué même par son ennemi, un Vaudreuil qui faillit changer le sort de la journée des Saintes, un d'Estaing qui força les passes de Newport et défit l'amiral Byron, un des Touches qui mit en déroute à la Chesapeak huit vaisseaux anglais... J'en passe qui les valent...
Il semble que le favoritisme éhonté qui sévissait dans l'armée n'ait pas atteint la tète de la marine. On n'y remarque personne ayant « gagné ses grades dans l'antichambre, ou même dans la chambre à coucher de la sultane favorite* ». On n'y a jamais connu ni les promotions qui ont déshonoré le commandement de nos armées, ni les intrigues misérables qui ont fait sacrifier tour à tour nos généraux, même en pleine guerre. Les Broglie, les Belle-Isle, les Soubise, s'accusant les uns les autres d'incapacité ou de trahison et portant leurs différends devant M°*^ de Pompadour, n'ont pas trouvé d'imitateurs parmi nos amiraux. Vivant loin de Versailles, ils ne subissent point le contact dissolvant de la Cour, ils ignorent les machinations qui s'y trament, les rivalités qui s'y font jour, ils échappent à ces compromissions singulières où le meilleur laisse un peu de sa dignité et de son honneur. On ne peut attribuer à des intrigues de Cour certains choix malheureux, comme celui de M. de Conflans, le