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Albert Duruy. L'armée royale en 1789, p. W

vaincu de Quiberon, qui avait vaillamment conquis son bâton de maréchal de France dans plusieurs combats * ; on ne peut même reprocher à l'influence de Marie- Antoinette la nomination du comte de Grasse au commandement d'une armée navale, puisque avant d'être vaincu aux Saintes, de Grasse avait remporté à Fort- Royal, sur l'amiral Hood, une victoire qui avait assuré sa réputation de marin ^. La haute noblesse n'a pas envahi, par le seul droit de la naissance, les emplois élevés de la hiérarchie maritime ^ Bien que sur 69 généraux, 3 seulement ne portent, en 1789, ni titre ni particule — ce qui, il est vrai, n'implique pas qu'ils ne soient point nobles — tous ont conquis leurs grades en naviguant et beaucoup ont de beaux états de services à montrer. Deux d'entre eux, d'Estaing et Bougainville sont des intrus : le maréchal de camp d'Estaing, servant dans l'Inde sous Lally, s'est mis en tête de guerroyer sur mer, et il a été fait lieutenant général pour devenir, lors de la guerre de 1778, vice-amiral

1. « Ayant entre les mains les provisions royales qui confèrent au comte de Conllans le titre de niaréclial, nous y avons constaté qu'il n'y a pas dans la vie des trois quarts de nos niai-ins, une carrière plus honorable que celle parcourue par M. de Conflans et où les actes de courage aient été plus multipliés. « A. Doneaud. Histoire de la compagnie des Indes. Revue maritime, 1889.

2. En 1764, il commanda YUéroïne au bombardement de Salé ; en 1778, il était sur le Robuste à la bataille d'Ouessant> Chef d'escadre en 1779, il partit de Brest avec quatre vaisseaux et plusieurs frégates pour rejoindre l'armée de d'Estaing et participa au combat de la Grenade. L'année suivante il prit une part active aux trois engagements de Guichen, aux Antilles.

3. Pour voir à quel point l'attribution des hauts grades à des grands seigneurs était contraire aux mœurs maritimes, il faut lire dans les Mémoires du duc des Cars, avec quelle véhémence cet ex-garde de la marine repousse « au nom de son frère et du corps respectable de la marine » l'idée de donner, en 1778, un commandement d'escadre au prince de Nassau, ami du comte d'Artois et favori de la reine (vol. I, p. 174).

des mers d'Asie et d'Amérique; Bougainville, après avoir été avocat, soldat, secrétaire d'ambassade, capitaine de dragons, est devenu capitaine de vaisseau, puis chef d'escadre. Les officiers qui ont suivi la filière ordinaire ne leur pardonnent point cette intrusion dans leur corps, ils les traitent en usurpateurs et leur témoignent une froideur voisine du dédain^; d'autant mieux que les talents maritimes de ces deux anciens militaires se ressentent de leur entrée tardive au service de mer. Ils sont «■ plus braves que marins » au dire de Suffren. Mais comme il n'y a, somme toute, que deux généraux dans cette fausse situation, le mal n'est pas considérable, la valeur du cadre des grands chefs n'est pas diminuée, son prestige n'est pas atteint : les subalternes peuvent avoir de l'estime pour ceux qui les commandent et y joindre même cette « forte attache » que le comte de Grasse regardait, avec raison, comme indispensable à une force organisée.

Voici donc sous quel aspect se présente le commandement en 1789. A la Cour, un roi qui a du goût pour la marine, qui s'y intéresse et qui compte sur elle pour illustrer son règne; un ministre insignifiant mais qui a le bonheur de succéder à deux hommes, M. de Sartine et le maréchal de Castries, qui ont communiqué aux divers services du département une impulsion durable ; un amiral de France qui ne compte pas, sorte de saint

1. En 1772, d'Estaing avait été envojé à Brest pour mettre le calme entre les officiers militaires et ceux d'administration. Certain soir il donna un bal, les officiers ne s'y rendirent pas. les gardes d habitude, très assidus aux soirées, s'abstinrent également. D'Estaing. piqué, les envoya cherclier par quelques-uns de leurs officiers, qui durent les mener danser par ordre du roi.

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laïque, né songeant qu'à mériter les grâces du Ciel; mais en revanche des généraux, des chefs d'escadre qui ont fait leurs preuves pendant cinq années d'une guerre maritime, guerre féconde en succès, où l'ennemi dixsept fois rencontré a eu seize fois le dessous, guerre précieuse en enseignements, où toutes les opérations possibles ont été exécutées, sièges, blocus, combats singuliers, batailles d'escadres, croisières, débarquements. A pareille école, les caractères se sont trempés, les chefs se sont enhardis, leurs qualités de marins se sont développées. On a d'ailleurs débarrassé le cadre des médiocres et des mauvais : ceux qui ont été inférieurs à leur mission ont été rendus à la vie civile avec une pension de retraite, ceux qui ont manqué à leur devoir ont été impitoyablement rayés des contrôles. Les bons seuls ont été conservés. Le commandement est entre bonnes mains.

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