I. -l/emoi'res de Malouet. t. I. p. ISO
qui s'élèvent à la somme de 342.850 livres. » Et le digne Malouet termine par cette phrase mélancolique : « L'exactitude dans les payements est une chose bien essentielle *. »
Peut-être en rédigeant cette lettre, l'intendant de Toulon était-il encore sous l'émotion de la tragique aventure qu'il raconte dans ses Mémoires : « A l'arrivée de d'Estaing, je n'avais pas d'argent pour payer la solde due aux équipages et il leur était dû énormément. Je sollicitais des fonds avec instance. Le maréchal aussi embarrassé que moi m'envoya un acompte. Je ne pouvais me résoudre à congédier les matelots sans les payer; mais ces malheureux épuisés de fatigue, craignaient la fièvre contagieuse ; ils étaient pressés de revoir leurs familles, plusieurs partirent sans congé et sans argent. La misère les porta à arrêter les passants sur le grand chemin. Six furent pris, conduits à Aix, jugés et rompus vifs. Ils dirent sur l'échafaud : « Si l'on nous avait payé ce qui nous était dû, nous ne serions pas ici. » La fin déplorable et les dernières paroles de ces malheureux me mirent au désespoir. J'allai à Marseille, j'empruntai cent mille écus et je payai les équipages. M. de Castries, aussi touché que moi de ce qui était arrivé, m'approuva et me mit en état d'acquitter cet emprunt. »
Cet arriéré, qu'on doit au matelot et qu'il a tant de peine à se faire payer, ne manque pas à lui seul. Sans doute il en a besoin pour attendre qu'un patron ou