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L'ordonnance de 17i0 réduit la retenue de G à 4 deniers

4. Le roi avait fait abandon à la Caisse des invalides des droits qui lui revenaient sur les naufrages, les prises, etc., etc.

5. Les secours donnés primitivement consistaient en gratifications une fois payées. Depuis l'ordonnance de 1784, les secours étaient des pensions annuelles.

droit à une pension plus élevée. En outre, des gratifications étaient payées sur les mêmes fonds aux veuves et aux enfants des gens de mer tués dans les combats, ou morts des suites de leurs blessures. Les mères âgées de plus de cinquante ans touchaient une gratification égale à celle des veuves. Malheureusement la détresse du trésor rendait illusoires ces paternelles dispositions. Les doléances, que le ministre recevait des intendants sur limpossibilité de régler les salaires des marins en activité, lui étaient répétées à propos des pensions de retraite. Toutes les caisses se ressentaient de l'état déplorable des finances. Même en pleine paix, les pauvres demi-soldiers ou invalides étaient arriérés de trois ou quatre semestres. « Ces malheureux n'ayant que cette seule ressource pour subsister demandent leur paiement avec les plus vives instances'. » On était réduit à l'extrémité de n'accorder que très peu de demi-soldes pour ne pas dépasser les fonds disponibles; d'ailleurs la plus grande partie des fonds de la caisse était dévorée par les pensions de faveur que le roi accordait trop généreusement, pour le plus grand détriment des petits, des humbles et obscurs serviteurs de la flotte ^.

Les cahiers de 1789 contiennent nombre de protestations contre la destination donnée à l'argent de la

1. Lettre de Malouet du 20 décembre lT^o. « Les différents trésoriers de mon département se plaignent dn n'avoir pas encore reçu les fonds que vous m"avez annonces le -26 octobre dernier et les Invalides de n"ètre pas encore payés de

leur demi solde des six premiers mois. Ces malheureux « {Archives de la

Marine.)

2. Un arrêt du Conseil du Roi de février \ 770 avait défendu d'accorder aucune pension sur la caisse des Invalides au-dessus de 10.000 francs.

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caisse des invalides '. « Si Ion cherchait, dit le tiers état de Rennes l'origine d'une partie des pensions données sur cette caisse, on serait frappé d'indignation envoyant que les retenues faites aux misérables marins sont prodiguées à des gens qui n'ont pas vu la mer. » Le tiers de Dunkerque demande aussi que le produit de la caisse « soit employé au soulagement des pauvres marins, sans qu'il puisse en être détourné aucune somme ».

Le matelot qui. par nature, est insouciant de l'avenir devient par les vicissitudes de son état, d'une imprévoyance qui n"a pas de nom; il vit au jour le jour, proiligue quand son escarcelle est pleine, misérable quand sa bourse est plate. Aussi s'est-il formé dans les ports une classe nombreuse de parasites qui exploitent le matelot, flattant ses manies, abusant de ses faiblesses.

Ces parasites redoublent de rapacité pendant les époques de guerre, quand ils savent que les parts de prises faites sur l'ennemi viennent grossir le pécule du marin. En 1781. le Parlement de Rennes reeoit des plaintes sur l'agiotage dont les matelots de Lamotte- Piquet sont les victimes. « Ces agioteurs achètent d'avance et à vil prix, auparavant qu'on puisse les apprécier, ce qui peut revenir à chaque homme sur les prises opérées en mer. Les matelots presque toujours empressés d'avoir de l'argent comptant, cèdent toutes

1. « Il V avait sur la liste des pensions de la marine une comtesse d'Amblinioul, surintendanle des plaisirs du duc de Clioiseul, une actrice mademoiselle Dangeville, maîtresse de Praslin. De Boyues les a fait disparaître. » L'Espion anglais, if- vol.: p. 88.

leurs prétentions ; et celui dont la part arrêtée justement pourrait monter à oOO ou GOO livres, n'en touche souvent, par l'efTet de ces nombreux marchés, que la cinquième ou sixième partie. » En 1784, le Parlement de Rouen est saisi de faits semblables, on lui dénonce ces « sangsues » des marins dont la cupidité toujours industrieuse jette des regards avides sur les profits et parts des matelots besogneux. Tel d'entre eux a vendu pour 100 livres une part de oOO, ou tel autre a abandonné pour 600 livres une part de plus de 2.200. « Les matelots peu fortunés, chargés d'enfants, souvent éloignés, croient trouver dans une somme payée comptant le bonheur de leur vie i, ils sont simplement la proie de vulgaires escrocs.

Cependant ils ne sont pas toujours aussi mal traités; parfois ils voient leur misère émouvoir ceux qui peuvent leur venir en aide. Durant la guerre d'Amérique, les échevins de Marseille donnent 100.000 écus en leur faveur ; à la même époque , le clergé de France leur fait don d'un million pour être partagé en gratifications de 50 livres, à verser aux plus dignes d'intérêt. Le roi lui-même cherche à montrer qu'il n'oublie pas ceux qui se distinguent à son service. Sur son initiative, l'équipage du Héros., le glorieux vaisseau de Suffren dans la mer des Indes , reçoit des grâces particulières ; peu après, ces faveurs sont étendues aux autres navires de l'escadre des Indes. Cette générosité va droit au cœur des marins : « Nous avons, écrivent le commandant et l'intendant, communiqué aux différents maîtres, aux veuves et enfants des

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vit.-timcs (le la gucri'e les grâces que vous nous faites l'honneur de nous adresser pour ces honnêtes et mallicureuses créatures'. Leur satisfaction ne se rend point et ils nous pénètrent de joie pour la reconnaissance qu'ils nous prient de vous témoigner. »

Ces « honnêtes créatures » ne sont donc point ingrates; pourquoi ne leur fournit-on pas de plus fréquentes occasions de manifester leur gratitude ? Il faut peu de munificence pour les toucher. 200 livres à un maître, 120 ou VA) h un matelot, tels sont les tarifs des pensions accordées. Sans doute ces chiffres doivent être doublés pour avoir leur équivalent à Tépoque actuelle, mais, par contre, dans ces temps éloignés de nous duii siècle à peine, la disette était constante, la cherté de toutes choses extrême dans le pays. On sait qu'il était mort de faim 4.000 personnes dans le Limousin, l'année môme du mariage du Dauphin-.

Ce sinit surtout les femmes, les enfants, en un mot les famillè> des marins, qu'il faut plaindre, car ce sont elles qui souffrent le plus de la rigueur des temps. Les matelots, en effet, sont loin d'être des maris ou des pères modèles ; ils délaissent trop souvent ceux dont ils sont les soutiens. Quand ils débarquent de leurs

i. A inenlioiiner une inslilution de hienveillance pour les enfanlsdes niarin>. En 1C94 et 16'.'0, des lettres patentes fondèrent a Roclieforl un liospice où .30 orplieliiies. filles de marins mort au service et 12 autres pauvres femmes de marins, devaient ùtre, les unes élevées jusqu'à ce qu'elles pussent pourvoir à leurs besoins les autres traitées dans leurs maladies. L'établissement resta tel qu'il avait été fondé jusqu'en novembre IT/i' où de nouvelles lettres patentes portèrent à ¥> le nombre des orpbelines à y entretenir et à 20 celui des femmes ou \euves.

i. D'Augerville, t. 1\\ p. IT'i ;i ISii.

vaisseaux, les cabarets les attireril et les demoiselles à la vertu facile, qui fourmillent dans les ports, leur font oublier leurs devoirs. L'argent amassé dans la campagne disparaît ainsi en libations et en plaisirs, si bien que les ministres doivent décider que pour réprimer le « libertinage » des gens de mer, on ne les paiera de leurs salaires arriérés que<diezeux, quand ils auront réintégré leur foyer. Un contemporain parlant des marins, dit que ce sont de grands enfants : enfants très émancipés, je vous jure. Ne cherchez pas au milieu d'eux les mœurs douces et paisibles, vous ne les rencontrerez pas; vous trouverez au contraire beaucoup dejudesse, une disposition très grande aux querelles, aux rixes, et une humeur des plus aventureuses. Aussi voyez comment la légende les représente : des pistolets à la ceinture, un large sabre au côté, un vaste habit bleu, un long gilet rouge, une perruque ronde, une grande pipe, une grosse barbe ombrageant une bouche qui ne laisse échapper que des monosyllabes et des jurons.

Avec sonécorce un peu rude, le matelot passait, suivant l'expression de Malouet pour une « espèce difficile à mener ». Il ignorait ce qu'était l'esprit militaire, cette obéissance absolue à une règle qu'on ne discute pas; il connaissait peu de devoirs à remplir outre la soumission à ses chefs. Qui donc pourrait en être surpris ? La marine de guerre n'avait pas de matelots à elle, au jour voulu elle en empruntait à la marine de commerce; or, celle-ci n'est point, comme chacun le sait, une école de principes réguliers et de discipline sévère.

On peut s'y habituer à la manœuvre des voiles et au jnélier de la mer, mais on n'y manœuvre point avec la ponctualité et la méthode qui sont d'obligation sur un navire de guerre ; on y est peu nombreux, commodément logé, vêtu à la diable, à peine contrarié dans ses goûts et dans ses volontés ; on y est accoutumé à voir l'intérêt primer l'honneur. Ne soyez donc pas surpris si les matelots, transportés du jour au lendemain dans un milieu si difFérent de celui qu'ils quittaient, ne savaient pas se plier à des exigences nouvelles pour eux, et si, à bord des vaisseaux du roi, ils montraient un peu de ce sans-façon et de cette désinvolture dont ils avaient contracté l'habitude pendant de longs séjours sur les bricks ou les lougres de Dunkerque et de Saint-Malo. La vie de corsaires, que beaucoup avaient menée, n'était pas pour changer leurs mœurs. Le capitaine d'un corsaire ne se souciait ni de ponctualité ni de méthode ; un coup hardi et vivement exécuté lui importait plus qu'une manœuvre correcte, de même qu'un gaillard vigoureux, ou ce qu'on appelle un cerveau brûlé, faisait mieux son affaire qu'un marin doux et soumis. Aussi son navire était-il loin d'être un modèle d'ordre et de tenue; quiconque y avait passé en rapportait des manières un peu brusques, avec des goûts de liberté que le temps ne réussissait pas à atténuer.

Les matelots, embarqués sur les vaisseaux du roi, restaient donc un peu corsaires. Il y avait toujours en eux du sang des anciens flibustiers qui, dans les siècles précédents, cinglaient en bandes organisées vers l'Amérique pour y mener une existence pleine de périls,

faite moitié de piraterie, moitié de colonisation. Un grand amour de l'indépendance, un oubli complet des conventions sociales, mais aussi une intrépidité à toute épreuve, voilà ce qui caractérise le matelot d'autrefois, voilà ce qui fait de lui, au jour de la tempête, un vaillant que les éléments n'effraient pas, et, au jour du combat, un audacieux que la poudre enivre. Dans les batailles, il déploie un courage admirable.

Si j'insiste sur sa vaillance, c'est que j'ai souvent remarqué combien les récits de guerre sont ingrats pour lui : ils mentionnent avec force détails la belle conduite des chefs et laissent, à mon gré, beaucoup trop dans l'ombre l'héroïsme des subalternes. On cite du Couédic, La Clochetterie, DuchafTault, Kersaint et vingt autres capitaines qui ont porté très haut l'honneur du pavillon, on donne à peine un rapide souvenir à ceux qu'ils commandaient et qui, en définitive, ont été les artisans de leur gloire et de leur renommée. Que de belles actions à louer pourtant! Dans le combat de la Gloire au cap Finistère, dans celui de VAlalante contre le Warvick, dans les duels de la Surveillante et du Québec ou de la Belle-Poule contre VAréthuse^ partout enfin, les hommes rivalisent de courage avec leurs officiers.

Après quelques heures de lutte, quand les manœuvres pendent à la traîne le long des flancs du navire, que les vergues brisées ballottent autour des mâts meurtris par les boulets, quand le vaisseau percé de toutes parts menace de s'engloutir ou de sauter dans un immense incendie, quand les cadavres couvrent les

ponts, que le sang ruisselle par les dalots, il se trouve des matelots pour continuer le combat. Sur 26 canons à bord de la Naïade, il n'en reste plus que cinq non désemparés, ceux-là sont toujours servis et continuent à vomir la mort. Ne croyez pas que ce soient là des événements isolés. Durant la guerre de Sept ans, durant celle d'Amérique, dans l'Inde aussi bien qu'aux Antilles, rien ne lasse la vaillance des équipages. Ils ont une àme guerrière qui jamais ne se dément. Sur la Gloire, en 1747, à son combat du cap Finistère, 175 hommes sont atteints ; à Ouessant, en 1778, où pourtant il n'y a pas eu de corps à corps, nos pertes sont de 163 tués et de 512 blessés; à bord du Languedoc, le vaisseau de d'Estaing, en 1779, le quart de l'effectif disparaît ; cela ne glace le cœur de personne ; on lutte jusqu'à la dernière extrémité et, au lendemain du combat, les marins attendent avec impatience l'occasion prochaine de se mesurer une nouvelle fois avec l'ennemi. Sur la Ville de Paris, le vaisseau du comte de Grasse aux Saintes, il n'y a plus que trois hommes sans blessure sur le pont', au moment où le pavillon est amené.

Si, dans la fureur de la mêlée, les vaisseaux se rapprochent assez pour que l'abordage soit possible, nos matelots trouvent à déployer leur meilleure qualité, cette furia francesa qui ne s'est point perdue. Il faut les voir sauter à bord de l'Anglais, la hache au poing,

1. Extrait du Mémoire de Grasse : « Jetais réduit à un tel état que les ennemis, le lu au malin, pour amener le pavillon de commandement, furent obligés de couper les mais, de crainte, en y montant, d'être entraînés dans la mer ou écrasés par leur chute. «

le pistolet chargé, le sabre au clair. C'est une avalanche humaine qui remplit d'épouvante, un torrent que rien ne peut arrêter :

... Interdits et confus Nos fiers rivaux alors sont à demi battus'.

Avec quelques paroles dites au moment du combat, Je commandant électrise ses hommes et peut tout en attendre; au cours de l'action, c'est encore sa voix qui stimule leur héroïsme. Sufîren voyant son pavillon amené par accident s'écrie : « Des pavillons blancs! couvrez mon vaisseau de pavillons blancs! » Aussitôt un gabier s'élance, grimpe dans les cordages sans peur des balles qui sifflent autour de sa tète, et arbore un nouveau drapeau, auquel il se pend pour le faire mieux flotter. Les mots à en"et, les phrases déclamatoires sont du goût des matelots ; parfois même il leur arrive d'en faire. Témoin cette réponse d'un blessé de la Surveillante aune marquise, qui lui demandait si vraiment les Anglais avaient cloué leur pavillon au grand mât de leur navire : <^ Madame, le nôtre était cloué par l'honneur dans le cœur de notre capitaine. »

Les femmes des marins sont aussi des vaillantes. Lors de l'attaque de Belle-Ile parles Anglais, en 1761, quand nos flottes étaient réduites à rien, les femmes ne voulurent point voir leur pays envahi sans combattre. Elles demandèrent à former une compagnie d'amazones. M. de Sainte-Croix leur accorda cette per-

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