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CHAPITRE VIII

Le maréchal de Castries institua, en 178G, le corps des canonniers-matelots, destiné à remplacer les compagnies de bombardiers-marins qui, depuis Seignelay, avaient assuré, sauf pendant quelques années, le service de l'artillerie à bord des vaisseaux du roi. Ces bombardiers-marins étaient des matelots appartenant aux classes et maintenus de bonne volonté dans la marine. Le corps des canonniers-matelots était recruté par engagements volontaires, c'est-à-dire en dehors des classes des gens de mer.

II était partagé en 9 divisions attachées respectivement aux 9 escadres. Chaque division comptait 9 compagnies de 67 hommes', ce qui donnait un effectif de 5.427 canonniers-matelots. Le maréchal avait créé en même temps un régiment d'artillerie- pour les colo-

1. Dans le principe, il y avait 'J" hommes par compagnie. Ce ciiiffre dépassait les besoins du service. Depuis le 25 janvier 1780, ce nombre avait été ramejié il IJ7.

2. La portion principale de ce régiment était casernée à Lorient.

nies, dont les officiers devaient former les cadres des compagnies des canonniers- matelots et être aussi chargés du service des directions d'artillerie dans les ports.

Le canonnier-matelot s'engageait, on l'a vu, pour huit années. Afin de le retenir au service du roi, à l'issue de son premier congé, on l'alléchait par des primes de rengagement : 120, 130 ou loO livres étaient accordées à tout canonnier-matelot qui consentait une nouvelle période de huit années.

En arrivant à son corps, il recevait un uniforme bleu et rouge; habit, veste et épaulettes rouges, culotte longue, chapeau rond garni d'une cocarde blanche, ainsi qu'un trousseau de chemises, mouchoirs, cravates et menus objets, parmi lesquels on n'oubliait point le sac à poudre et sa houppe. « Les cheveux du soldat, dit l'ordonnance, seront attachés en catogan, recouverts d'une corne noircie ; les officiers les porteront de même. » Comme armes, le matelot-canonnier avait le fusil d'infanterie et le sabre « porté en baudrier, la buffieterie étant blanchie avec soin et ses parties en cuivre bien éclaircies ».

Le canonnier de troisième classe touchait à terre

9 livres 10 sous par mois; celui de deuxième, 11 livres

10 sous; celui de première, 12 livres 10 sous. Maigre revenu, certes ; pourtant le bon serviteur ne désespérait point de voir sa position s'améliorer par l'avancement, car il pouvait gagner ses galons aussi bien à l'ancienneté qu'au mérite, devenant second-maître canonnier, c'est-à-dire caporal, aux appointements de

21 livres 10 sous par mois, et maître-eanonnier, ou sergent, aux appointements de 27 livres 10 sous. Quand il embarquait, il touchait les trois quarts en sus. Avec de l'aide et des protections et au bout de huit années dans le corps en qualité de second-maître, maître canonnierou fourrier, il avait la possibilité de devenir sous-lieutenant de division, ce qui lui permettait d'être chef de compagnie et lui donnait 800 livres d'appointements par an. Si, dans ces importantes fonctions, la faveur ne l'abandonnait pas, il pouvait encore aspirer au grade de garcon-major et à la solde annuelle de 1.200 livres. Mais c'était là tout ce qu'il devait espérer. Au-dessus de lui, il avait encore l'aide-major, choisi parmi les lieutenants de l'artillerie des colonies, et le major, choisi parmi les capitaines du même corps, mais il ne pouvait être question pour un simple canonnier de monter si haut*.

Au point de vue de la discipline, on appliquait aux canonniers-matelots les règlements des troupes de terre ; on leur infligeait, comme à celles-ci, le congé diffamant sur cartouche jaune, on punissait de mort les déserteurs : sévérité excessive, qui contrastait d'ailleurs avec certains articles de l'ordonnance constitutive, pleins de recommandations paternelles visant le bien-être des bas-officiers et soldats, leur bonne nourriture, l'union et l'harmonie qui devaient régner entre eux^. On les

1. Le major a un traitement de 3.600 livres, Taide-major de 1.500, le garoonraajor de 1,200, le sous-lieutenant de division de 800.

2. Ces recommandations visaient aussi les officiers d'artillerie à qui l'on défendait les jeux de hasard, u Tout officier joueur de profession, querelleur, crapuleux ou faisant des dettes sans les paver devait être mis aux arrêts ou en prison. 1)

ménageait beaucoup. Témoin certaine délibération du Conseil de marine du port de Brest ' , établissant qu'il était « convenable » de ne pas leur infliger en punition les coups de corde, mais bien les coups de plat de sabre adoptés dans l'armée de terre. On se flattait d'éviter ainsi les « comparaisons injurieuses que la différence de punitions entre les troupes de terre et de mer exciteraient nécessairement », sans songer que le pauvre matelot qui continuerait à subir la peine des coups de corde se trouverait d'autant plus humilié.

Dans les ports les canonniers-matelots habitaient des casernes : leurs occupations consistaient à assurer la garde des magasins ou édifices de la sûreté des arsenaux. Ils travaillaient en outre au gréement, à l'armement, au désarmement des vaisseauxainsi qu'aux autres manœuvres et travaux de force. Ils allaient s'exercer au métier de marin sur un bâtiment armé, louvoyant en rade tandis que, par des écoles à feu, par des tirs, ils acquéraient les connaissances et la pratique nécessaires à leurs fonctions d'artilleurs. Abord, ils étaient chargés du service de l'artillerie, ce qui ne les empêchait pas de concourir à la manœuvre du bâtiment. En temps de paix, le détachement était fort de 110 hommes et 11 gradés sur un vaisseau de 110 canons; de 85 hommes et 8 gradés sur un vaisseau de 80; de 32 hommes et 4 gradés sur une frégate. En temps de guerre, ce détachement était un peu moins nombreux puisque les soldats d'infanterie de terre venaient coo-

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