‹ La marine royale en 1789Chapitre 39 sur 92 · En date du 22 aoùf · texte numérisé non relu

En date du 22 aoùf

pérer à l'armement et, tout en servant la mousqueterie, dispensaient les canonniers-matelots du service d'ordre et de police intérieure. On ne trouvait plus alors que 66 canonniers sur un vaisseau de 110 canons, 45 sur un vaisseau de 80 et 22 sur une frégate de 36.

Les officiers de vaisseau se montraient, en général, peu favorables à l'institution du corps des canonniersmatelots. Ils regrettaient le temps où l'artillerie navale était aux mains d'artilleurs provenant des gens de mer, qui rendaient à bord de meilleurs services, se mêlaient sans cesse aux équipages et répandaient autour d'eux leur bon esprit et leurs connaissances techniques. Les nouveaux canonniers recrutés en dehors des classes, et par suite loin des côtes, n'avaient pas le sens marin; leur instruction nautique, quelque soignée qu'elle fût, ne leur inculquait pas ce goût de la mer qui ne se développe que dans l'extrême jeunesse; de plus ils se cantonnaient entre eux, vivant loin des autres, si bien que leur savoir « était perdu pour le reste de l'équipage * ».

En 176^, Choiseul avait supprimé les 100 compagnies franches qui, depuis Seignelay, assuraient à bord le service de la mousqueterie. Il avait décidé qu'en leurs lieu et place 40 bataillons - d'infanterie de l'armée de terre seraient affectés à la flotte et aux colonies. En prenant cette mesure, le ministre de Louis XV s'était

1. Le cLe^aliel• de la Serre, Essai historique sur lamaritie.

2. Voici rénumération des quarante bataillons. Chacun des régiments suivants fournissait deux bataillons : — Royal-Houssillon, Beauvaisis, Rouergue, Bourgogne. Rojal Marine, Verniandois, Languedoc, Aumont, Médoc, Puysségur^ Bouille, Uoyal-Comlois, Lastic, Provence, Boulonnais, Fois et Quercy. Un bataillon était fourni par les Angoumois. l'érigord, Saintonge, Forez, Tournaisis ; une légion levée a Saint-Domingue trouvait ce même emploi.

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flatté d'obtenir des résultats divers. L'union des deux armées de terre et de mer, dit-il dans un mémoire au roi', « est essentielle à établir petit à petit parce que les ennemis de la France sont les Anglais et qu'il faut employer le génie de toutes les forces de la nation contre eux. D'ailleurs, dans une guerre longue, en suivant cette méthode, les fantassins serviront aux manœuvres et deviendront matelots, en augmentant la paye de ceux qui, embarqués, montreront plus de volonté et d'aptitude à ce métier, ce qui soulagera les classes, accélérera les armements et donnera de la confiance aux officiers en leur équipage. C'est dans cette vue que je crois utile de faire servir les troupes d'infanterie sur les vaisseaux. Ce moyen deviendra grand, par la suite, si Votre Majesté se le rappelle et ordonne qu'il soit suivi. »

Dans la marine, on ne partageait pas entièrement les idées de Choiseul sur l'avantage de mêler les hommes de l'armée de terre aux matelots des classes ; on pensait que des individus d'origine, de mœurs et d'occupations si dilTérentes ne pouvaient pas avoir le même esprit, et que les réunir pour une vie commune, sur un espace aussi restreint que le pont d'un navire, était s'exposer à des inconvénients graves.

Il est permis de se demander, quel bon service on pouvait attendre de soldats étrangers à la navigation, ignorants des choses de la mer, souvent craintifs, plus souvent encore malades, dès que le temps grossissait.

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