‹ La marine royale en 1789Chapitre 41 sur 92 · Aperçu sur 'a Marine, par le chevalier d'A · texte numérisé non relu

Aperçu sur 'a Marine, par le chevalier d'A

aux autorités du bord ; en vain les encourageait-on à se porter aux manœuvres des voiles hautes par des suppléments de trois livres par mois ; fantassins ils étaient, fantassins ils restaient ^ Le service de mer leur pesait visiblement; aussi les désertions étaientelles nombreuses parmi eux. Par une fâcheuse inégalité de traitement, l'ordonnance de 176o, qui punissait des galères les matelots déserteurs, frappait de mort les soldats qui se dérobaient au service des vaisseaux; ils devaient, suivant l'expression admise, avoir la tête cassée^. Avec le temps, grâce aux progrès dans les mœurs et les idées, la sévérité de la peine fut adoucie par les juges, mais le délit demeurait fréquent.

Il est d'ailleurs presque superflu d'ajouter que les régiments de l'armée de terre choisissaient, pourformer les détachements des vaisseaux, ce qu'ils avaient de plus médiocre. Les commandants se plaignaient souvent de la piètre qualité des sujets qu'on leur embarquait, ils ajoutaient à leurs plaintes des représentations sur le dénument des soldats, « à peine vêtus de haillons ou de sarraux de toile » et armés de fusils incapables de servir.

Les ordonnances de 1786 avaient limité l'embarquement des soldats d'infanterie au seul temps de guerre. Pendant la paix ces militaires rejoignaient leurs régiments respectifs et le service de police, de surveillance

1. Il Beaucoup revenaient d'un voyage dans l'Inde sans connaître autre chose que le cabestan ou les grands bras. » Boisgenelte. Considérations sur la marine, p. 11.

2. Sedaine faisait verser des pleurs à tout le monde par sa pièce le Déserteur, représentée en ITtiS.

et (le factions passait entre les mains des canonniersmatelots. Cette mesure ne satisfît pas encore les officiers de vaisseau. Ils objectèrent que des détachements, embarqués à l'ouverture des hostilités, ne contiendraient aucun homme ayant un peu d'expérience maritime et que, dans un cas de manœuvre délicate devant l'ennemi, tous ces soldats inhabiles seraient plus gênants qu'utiles, puisqu'ils encombreraient les ponts sans prêter ni aide, ni assistance.

Sur un vaisseau de premier rang on en comptait 180 ; sur un vaisseau de second rang, 130 ; sur un vaisseau de troisième rang, iOO; sur les frégates, 4o ou 35. Leur titre officiel était celui de « soldats de la garnison du vaisseau ». Ils avaient pour les commander trois officiers sur les grands navires et un seul sur les petits.

On opinait dans la marine pour l'adoption d'un corps d'infanterie spécial aux vaisseaux, rompu à la mer, exercé à la navigation. « Il n'est pas de marin, écrivait le chef d'escadre de Bompard, qui ne reconnaisse que la marine royale ne peut se passer d'un corps de troupes qui lui soit affecté directement. » Toutes les fâcheuses pratiques des régiments, pour composer les détachements des vaisseaux, auraient été évitées avec un corps spécial relevant de la marine, que la marine aurait recruté, équipé et payé *. Les officiers étaient donc fondés à en désirer l'institution. Mais de toutes façons, ils jugeaient indispensable un

1 . Les appointements et la solde des officiers et des soldats de la garnison des vaisseaux étaient payés, même pendant leur séjour à bord, par le Trésorier de l'extraordinaire des guerres. Ordonnance de I78ti.

corps militaire chargé à bord du service de mousqueterie et du service d'ordre, ils ne voyaient point parmi les matelots des éléments susceptibles de remplir convenablement ces services ; et, plus tard, en 1791, quand on supprimera les garnisons des vaisseaux, les officiers se plaindront qu'on veuille faire des soldats de tous les marins et quelques-uns ajouteront même que, sans garnison, Fétat-major manquera de moyens pour faire observer la discipline.

Pour compléter Ténumération des troupes à la charge de la marine royale, il faut citer les pertuisaniem chargés de la garde des forçats dans les bagnes, puis le personnel de suisses et A'archers employés à la police et la garde des établissements maritimes. Sous les ordres des i^révôts et de leurs lieutenants, les archers avaient en outre la répression des délits et crimes commis dans l'intérieur des arsenaux. Ils ne résidaient pas que dans les ports : ils étaient encore répartis dans les quartiers des classes auprès des syndics et commissaires qu'ils assistaient dans les levées, les terribles levées... De là vient que ces précurseurs des gendarmes jouissaient déjà de l'antipathie que nos Pandores actuels inspirent aux matelots d'aujourd'hui.

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