Les ports de commerce étaient aussi fort améliorés
2. L'idée en appartenait à ringénieur de Cessart. Plus tard on on vint à l'idée du capitaine de la Bretonnière de faire la digue à pierres perdues. Voir au sujet des travaux de Cherbourg, le Mémorial de Sainte-Hélène, t. V.
26 juin 1784; deux ans plus tard le roi était venu assister en personne à l'immersion de l'un d'eux ; en 1789, vingt cônes avaient été successivement mis à l'eau. L'heure était donc proche où une belle rade existerait ; bientôt un arsenal se construirait sur ses bords et la France posséderait une nouvelle place de guerre en face même de l'Angleterre, à quelques heures de Portsmouth et de l'île de Wight.
A qui était dévolue l'autorité dans les trois grands ports militaires? Qui dirigeait les travaux des arsenaux ? Qui préparait les armements des vaisseaux et des escadres ? Intéressantes questions utiles à connaître, mais auxquelles on ne saurait répondre sans jeter auparavant un regard sur le passé.
Sous Colbert, l'intendant- était omnipotent dans les ports. Tout dépendait de lui, justice, police, finances, magasins, ateliers, construction, garde, entretien, mouvement des vaisseaux. Il avait l'entière direction de toutes les opérations relatives à la confection, à la production de l'instrument de combat, à son entretien, à sa réparation. Il avait aussi le soin de la discipline, de la levée et de la police des classes, la surveillance de tout le personnel, il devait même « observer dans les combats la conduite des commandants des vaisseaux et en informer exactement qui de droit ». Il était en un mot le chef, ou selon l'expression de Colbert « l'homme de Sa Majesté ». Les détails de l'arsenal étaient confiés à des fonctionnaires civils relevant directement de lui et dénommés commissaires. Mais, il y a lieu de le remarquer, ces commissaires
étaient non pas (comme de nos jours) de simples administrateurs chargés des approvisionnements et de la comptabilité, mais des hommes d'art, réunissant entre leurs mains des attributions techniques et administratives, ayant plus que droit d'ingérence, mais devoir de direction, dans l'exécution des travaux '. Quant aux officiers de vaisseau, leur action ne s'exerçait vraiment qu'à la mer. A terre leurs attributions étaient aussi réduites que possible. Il existait bien dans chaque port un commandant de la marine et, au-dessous de lui, un capitaine de port, mais, placés tous les deux sous l'aurité immédiate de l'intendant, ils n'avaient d'autre soin que de veiller à la sûreté de l'arsenal.
Les ordonnances de Colbert et de Seignelay subsistèrent pendant quatre-vingts ans, sans changements appréciables, faisant de l'intendant le personnage en évidence à la fois ingénieur, financier, administrateur, voire même artilleur. A défaut d'autre mérite, cette organisation avait l'avantage de l'unité d'action. Mais elle avait le tort de ne pas faire la part assez belle aux officiers de vaisseau. Très exclusifs d'esprit, en leur qualité de membres d'un corps aristocratique et fermé, les officiers regardaient d'abord comme blessante la tutelle des intendants, étrangers à leurs corps et souvent de moindre noblesse qu'eux-mêmes ; très avides de paraître et très jaloux d'autorité, ils supportaient en outre, à regret, un régime, qui ne leur donnait ni une prééminence d'opinion, ni un pouvoir effectif.
i . Gougeard. La Marine de guerre. Les Arsenaux de la Marine.
164 LA MARLNt; ROYALE KN 1789
Ils poursuivirent donc avec la plus opiniâtre ténacité l'abaissement de ces officiers civils trop bien partagés et trop influents à leurs yeux.
Le premier règlement qui entra dans les vues des militaires date de l'année 1765, où Choiseul fit paraître sa célèbre oi'donnance. L'autorité du commandant de la marine y était relevée par l'inspection et l'initiative sur toutes choses *, par une action directe sur le capipitaine de port, par le soin de surveiller les armements et d'ordonner l'embarquement du personnel, mais ce n'était point assez au gré d'officiers, qui, loin dedemander un partage d'attributions entre leur corps et celui de la plume, rêvaient l'absorption complète de ce dernier. D'ailleurs de graves embarras naquirent bientôt de cette nouvelle organisation : le mélange des fonctions occasionna de la confusion ; le choc de toutes les prétentions respectives engendra des conflits d'autorité ; l'inimitié des deux corps s'accentua davantage, la lutte qu'elle entretenait devint chaque jour plus vive.
Lorsque M. de Boynes fut appelé au ministère, il crut devoir confier à son frère le sieur de Gueudreville, intendant à Toulon, le soin de gouverner la marine. Celui-ci ne manqua pas de prendre parti pour le corps qui le comptait au nombre de ses chefs. Il s'occupa immédiatement de détruire l'œuvre de répartition imaginée par Choiseul, et il fit signer l'ordonnance de 1772, qui rendait à l'administration ce qu'elle avait perdu.
1. L'intendant devait continuer à prendre les mesures nécessaires pour que les travaux ordonnés fussent exécutés dans les délais voulus.
Comme on le suppose bien, le corps des officiers de vaisseau n'accepta pas sans dépit et sans esprit de représailles une réforme qui le remettait au second plan; il fit entendre de fréquentes doléances au ministre de la marine et trouva enfin dans M. de Sartinc un homme disposé à les accueillir. Sept ordonnances parurent en 1776 qui assurèrent le triomphe définitif de l'épée, lui donnant une éclatante revanche de son effacement de 1772.
Dès lors le commandement de la marine prit la haute direction des services techniques de l'arsenal, tandis que l'intendant, très amoindri, ne garda plus que le soin des finances et des approvisionnements ainsi que le service des classes. Est-ce à dire que le commandant devint le premier personnage du port? Pas tout à fait; car s'il était chargé de faire exécuter les ordres du Roi, il vit encore l'intendant dresser son autorité parallèlement à la sienne pour les questions administratives et conserver le droit de correspondre directement avec le ministre, droit excessif, reste d'une ancienne toutepuissance contre laquelle se heurtaient sans cesse l'énergie et les plaintes des officiers militaires.
Cette coexistence de deux fonctionnaires, indépendants l'un de l'autre et presque également traités dans un même centre maritime, donnait lieu à des complications incessantes qui se traduisaient par des retards et des lenteurs dans la solution des affaires; les ordonnances exigeaient que, sur bien des points, les échanges de vues entre ces deux autorités fussent formulées par écrit. Pour des questions insignifiantes, il fallait des
conférences, des rapports sans fin. Les lettres du ministre au port étaient collectives, elles portaient la double suscription du commandant et de l'intendant, car l'un et l'autre devaient être prévenus des moindres faits, ayant l'un et l'autre des mesures particulières à prendre; mais ici une difficulté se produisait : quel était, en effet, celui de ces deux fonctionnaires qui devait avoir, le premier, connaissance des ordres du ministre? Dans la crainte de déplaire à l'un ou à l'autre, on avait admis que tous les deux se réuniraient lors de l'arrivée du courrier de Paris. Ils ouvriraient donc en même temps les paquets à tm\ adressés.
Malgré tout, les conflits d'attributions étaient fréquents et ils engendraient de fâcheuses querelles, car tous ne se dénouaient pas aussi aisément que celui qui éclata à Toulon, en 1785, au sujet de l'emplacement d'un futur hôpital, entre le chevalier de Fabry, commandant de la marine, et Malouet, l'intendant. « Cette querelle devint assez vive entre M. de Fabry et moi, dit Malouet, pour qu'il essayât d'en faire une affaire de corps, et un de ses amis proposa aux officiers de marine de ne plus revenir à l'intendance. Les capitaines de vaisseau se réunirent pour savoir si, en effet, l'intendant avait manqué au commandant. L'un d'eux M. de Carolis, leur dit : « Messieurs, il n'y a rien dans tout ceci d'assez grave pour nous obliger à prendre parti pour ou contre, mais, si nous en prenons un, j'opine pour que la question se décide par la comparaison des deux cuisiniers du commandant et de l'intendant; or, je déclare que je donne la préférence au
dernier. » Cette plaisanterie calma la querelle, on continua à venir chez moi. Mais le chevalier de Fabry ne désarma pas pourtant. Sans vouloir l'excuser, il faut reconnaître que l'organisation en vigueur prêtait trop à ces conflits. Pour faire cesser une situation si contraire à la bonne marche du service, il suffisait de mettre à la tête du port un chef unique ayant des pouvoirs tels que ses ordres fussent exécutés, sans contestation possible, et par les officiers militaires, et par le directeur de l'administration : on ne s'en avisa que beaucoup plus tard, longtemps après la chute de la monarchie, quand le commandant de la marine vit sa prépondérance reconnue et devint préfet maritime * : les combinaisons les plus simples ont souvent de la peine avoir le jour.
C'était un officier général, lieutenant général ou chef d'escadre qui occupait le poste de commandant de la marine. Sous ses ordres immédiats il avait le directeur général de l'arsenal et le major général de la marine et des escadres, l'un et l'autre officiers généraux de la marine du rang de chef d'escadre, qui le secondaient dans son commandement et le suppléaient en cas de besoin. Le directeur général de l'arsenal avait comme son nom l'indique, la haute direction des trois détails de cet arsenal qui étaient dénommés : mouvements du port, constructions navales et artillerie.
Depuis le maréchal de Gastries, ce n'étaient plus des officiers de vaisseau qui se trouvaient à la tête de ces