Brun. Guerres maritimes, vol. H, p
2. Quand, en 1748, la rûunion des galères à la marine fut décidée, on procéda à la reparution entre les ports de Brest, Toulon et Rochcfort des 4.000 forçats que contenaient les bagnes flottants de Marseille. On en mit 2.000 à Brest, Î.OOO a Rocherort et 1.000 à Toulon.
3. (I Chaque forçat coûtait annuellement 2H0 livres 6 sous 2 deniers, et comme il n'y en a qu'un sur trois qui soit effectivement employé aux travaux du port, un forçat considéré comme journalier, coûte près de .39 sous par jour, ce qui est exorbitant, n Lettre du ministre, du 23 septembre H'éti. {Archives de la marine.
il pas plus simple de laisser les forçats dans les provinces où ils avaient été condamnés et de les faire travailler aux grands chemins ? Il eût alors été possible « d'offrir dans nos ports une plus grande somme de travail à la classe indigente et honnête des journaliers ».
Ainsi les ouvriers qui venaient s'engager aux parcs de la marine royale n'avaient point un sort enviable. La gène les accablait durement. Ne soyez donc pas surpris si vous les voyez, dès 1789, grossir le nombre des mécontents. Les chefs des ports n'ont pourtant pas ménagé les avertissements à ce sujet. Tous ont maintes fois représenté au ministre que le défaut de paiement des salaires amènera des troubles graves, dont « la sûreté publique peut dépendre », que les « gens congédiés des ateliers sont fort à craindre, et qu'un moment viendra où on sera forcé de céder aux circonstances * » . Malheureusement le ministre n'a jamais pu satisfaire régulièrement aux demandes de fonds. La conséquence de cet embarras des finances a été de rendre les mécontents de plus en plus nombreux dans les ports de guerre. En attendant de former des clubs, les ouvriers se rassemblent et gémissent sur le sort qui leur est réservé. Les arsenaux sont pleins d'une foule surexcitée. C'est là que se manifesteront les premiers symptômes de rébellion et, plus tard, quand
i. Lettre de Brest, du i4 septembre 1789 : « Les ouvriers sont encore dans . la misère, il est essentiel que les fonds pour leur payement puissent se faire avec exactitude. La sûreté publique en dépend. » Du 28 juillet 1789 : « Les gens congédiés des ateliers sont en quelque manière les plus à craindre. »
le pays sera tout entier soulevé, les ports ne le céderont en rien aux villes les plus agitées '.
1 . Dès le mois de mars 17S9, des troubles graves avaient rclatéii Toulon, l'Iiôilcl de ville et l'évèché a\ aient clé pilh's. A Brest, le directeur du port fut obligé <le quitter la ville devant la foule ameutée contre lui. Les ouvriers de l'arsenal de Toulon demandèrent, les premiers en France, en 178!i, à porter la cocarde tricolore, le commandant de la marine leur accorda ce droit pour éviter des itrouiiles; il se para lui-même de celte cocarde ainsi que ses ofliciers.