CHAPITRE X
ft L'artillerie de marine, disait Glioiseul dans un mémémoire au roi de 17(35 *, était une partie essentielle fort négligée. Les canons et les fers coulés n'étaient pas du même calibre d'un port à l'autre. Depuis Louis XIV, on avait négligé l'artillerie, qui était livrée à des entrepreneurs ^. » Il apparaît, en effet, que Choiscul fut le premier à mettre de l'ordre et de l'homogénéité dans le service de l'artillerie navale. La mesure prise par lui, en 1761, de réunir en un seul corps l'artillerie de marine et l'artillerie de terre ne fut pas étrangère aux progrès réalisés. En se fusionnant avecleurs collègues de l'artillerie royale, les officiers des vaisseaux profitèrent immédiatement des enseignements précieux déjà donnés par les Vallière, ou de ceux, plus précieux encore, que Gribeauval répandait dans l'armée
). Mémoire au roi. Journal drs savants, 1881.
•i. L'artillerie avait étô longtemps aussi iiisuffisanle en qnanlilé, qu'inférieure en qualité. Au moment des guerres, la pénurie des canons avait souvent retarde les armements. On manqua de canons eu 1759 pour armer l'escadre de M. do Conllans; de mùnic en 1778, lors de la guerre de l'indépcnduuce américaine.
française. Et quand, en 1769, on réorganisa un corps distinct d'artillerie de marine, les officiers qui le composèrent furent très vite à la hauteur de leur tâche.
L'époque dont il s'agit est particulièrement féconde en travaux intéressants sur tout ce qui a trait au tir des bouches à feu. Les officiers ne laissent pas aux seuls savants le soin d'étudier la balistique et d'en fixer les lois. Bernouilli, Euler, Roblin n'ont fait que montrer la voie : militaires et marins suivent leurs traces, faisant marcher de pair le calcul et l'expérimentation. Tandis que les mémoires succèdent aux livres didactiques , on exécute des tirs d'expérience à Douai, à Strasbourg, à Toulon ; tout est étudié : ténacité des métaux, force élastique de la poudre, effets des charges plus ou moins denses, vitesse restante des boulets, force vive au moment du choc, canons des puissances étrangères, résistance de l'air, déviation des projectiles, etc.. ^ Aucun point n'est laissé dans l'oubli et quand on voit tous les résultats obtenus alors, on est tenté de dire que l'artillerie moderne peut faire remonter l'origine de ses incessants perfectionnements à cette période de vingt-cinq années qui a précédé la Révolution, période vraiment étonnante d'activité, d'ingéniosité et de progrès.
Les premiers canons mis à bord des vaisseaux de guerre étaient en bronze, mais l'inconvénient qu'a ce métal de s'échauffer en peu de temps « et de faire
1. Voir à ce sujet les Recherches sur l'artillerie en général et particulièrement celle Je la marine, par Texier de Xorbec, chef de division des armées |la^ales, 2 volumes, 1792.
sauter les canons de manière à rompre leurs affûts, si on ne les laisse refroidir * » fit décider d'y substituer le fer. Le premier essai en fut tenté en 167:2 àNevers, malheureusement la fonte ne fut pas trouvée assez bonne pour résister aux épreuves et on l'abandonna. Recommencé en 1678, l'essai réussit parfaitement; depuis lors, tous les canons en usage à bord des vaisseaux furent en fer, bien qu'il en résultât une augmentation de poids.
Deux procédés étaient en présence pour la fabrication des canons. On pouvait les tondre en ménageant l'àme au moyen d'un noyau intérieur au moule, ou bien les fondre en plein et les forer ensuite. La préférence fut donnée au second système à la suite d'épreuves qui, en 176:2, avaient démontré que les canons forés « crevaient » moins que ceux fondus à noyau.
Les fonderies de la marine étaient nombreuses ; outre celles de Toulon, de Brest, de Rochefort, l'Etat avait acheté en 17oo la fonderie de Ruelle. Les usines de Marseille, de Saint-Gervais en Dauphiné, de Guérigny dans le Nivernais, d'Indret sur la Loire, de la Chapelle-Saint-Robert en Périgord et Baigorry en basse Navarre fournissaient aussi aux vaisseaux une partie de leurs canons ^. Un officier supérieur d'artillerie