De la Serre. Essai historique sur la marine
2. Un mémoire du chevalier de Sade, lieutenant de vaisseau, daté du 1^'' juin 1787, critique le trop grand nombre de fonderies. « La fonderie de Ruelle ■et celles établies dans les ports ne pourraient-elles point suppléer à celles que la marine emploie dans les quatre coins de la France ? » L'cloignement des ports élève le prix de revient. 11 critique « Indrct, endroit oîi il n'y a ni matière, ui combustible, ni moteur, ni consommation locale. Les même inconvénients se présentent a la fonderie nouvellement adoptée de Framond, dans un pays perdu pour un marin. Elle est en pays étranger contre la disposition de l'ordonnance du 23 mars 1765, qui dit qu'on doit se servir des marchandises et munitions du
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était chargé de l'inspection de ces établissements et, dans chacun d'eux, résidait un officier d'un grade moins élevé, pour surveiller les travaux qui s'y exécutaient. Au sortir de l'usine, les canons étaient soumis à des épreuves faites avec le plus grand soin : on rebutait, en moyenne, un cinquième des pièces présentées à l'examen. Toutefois les rébus étaient devenus moins fréquents, depuis que M. de Morogues avait été chargé de la direction des fonderies et qu'à son instigation les fondeurs en renom avaient adopté la fabrication de la fonte par la méthode anglaise des fourneaux à réverbère.
Quoique l'industrie métallurgique se fût beaucoup perfectionnée *. quoique l'on fût arrivé, par exemple, à fondre les plus gros canons dans un seul fourneau au lieu de deux, ce qui rendait la matière de ces pièces plus égale et plus homogène, on ne se croyait jamais absolument sûr de la résistance des bouches à feu. Malgré des précautions et des épreuves d'essai, les accidents ne manquaient pas. On voyait « trop souvent, dans les combats, crever des canons au grand dommage de l'humanité et du service^ ». Les craintes de rupture étaient si vives que les « servans diminuaient d'eux-mêmes la poudre des gargousses, dès que les pièces se trouvaient échauffées par un feu vif et suivi
fTH. Pourquoi alimenter les sujets du prince de Salm aux dépens de ceux de Sa Majesté ». On citait déjà les forges du Creuset, celles d'Aus, dans la Dordogne, celles de Moisdon.
1. L'Académie des sciences avait proposé un prix pour la meilleure manière de purger les minerais de matières liétérogcncs, en en perdant le moins qu'il se pourrait, et de les mettre nets aux fourneaux. Un fondeur de Poitiers l'emporta.
i. Texier de Norbec. vol. I'-''. p. 127.
(le quinze ou vingt coups de canons ». Pour calmer les justes appréhensions des marins, pour obéir aux règles de la plus élémentaire prudence, on avait été amené h augmenter de plus en plus les épaisseurs de métal'. Il y eut à cela de graves inconvénients : le poids toujours croissant de l'artillerie écrasait les vaisseaux, abrégeait leur durée, dérangeait leurs lignes d'eau et nuisait aux facilités du service; aussi s'était-on préoccupé, dès le xvni" siècle, de trouver un métal plus résistant sous un moindre volume que la fonte de fer, ou fer coulé. On sétait arrêté au fer forgé, dont les industriels français venaient de trouver la formule et dont le maître des forges de Guérigny, le sieur Babeaud de la Chaussade, était parvenu à obtenir deux canons qu'il prétendait d'une ténacité et d'une justesse remarquables. Ces deux pièces, essayées en 174o à Toulon, ne donnèrent pas les résultats qu'on en attendait; on leur reprocha quelques défauts et l'on parut croire que, même avec des perfectionnements à venir, l'usage du fer forgé resterait limité aux plus petits calibres. Des esprits distingués, des savants, comme BufTon, s'employèrent activement pour faire revenir l'opinion « sur cette dépréciation d'une invention dont tous les succès possibles, disaient-ils, seraient si utiles au service du Roi, à l'intérêt de l'Etat et à la sûreté de l'humanité ». En dépit des idées du célèbre auteur de V Histoire naturelle, en dépit des résultats d'expériences positives et
1. « Quant au moyen de déterminer dans les pièces les épaisseurs suffisante* pour résister sûrement aux efforts du fluide de la poudre, on n'en trou\e nulle part aucun principe scientifique; on doit à la seule pratique les épaisseurs employées, u Ibid., vol. Il, p. o06.
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méiiK? (les progrès réalisés dans la pratique par uu sieur Langeron, 1res habile métallurgiste, il était de moins en moins question d'adopter le fer forgé comme métal à canons. Pourtant, en 1783, le maréchal de Castries se décida à envoyer un officier étudier en Espagne les canons de gros calibre qu'on y avait construits avec le nouveau métal et dont certains officiers espagnols disaient merveille. Il faut croire que les mérites du. fer forgé ne parurent pas très évidents, puisqu'on en resta au fer coulé dans les ordonnances de 178G et qu"on se contenta de chercher le progrès dans l'amélioration des fontes '.
En 1789, malgré les efforts du département de la marine, il manquait encore plus de neuf cents pièces de canon pour pouvoir satisfaire aux besoins de la flotte. « On travaille avec la plus grande activité à en fabriquer, dit un mémoire de la Luzerne daté du 14 décembre 1788. L'établissement d'Indret et des forges dans le pays rie Liège nous fondent des pièces de gros calibre dont nous avons le plus grand besoin. Cinq ou six vaisseaux n'auraient point encore leur artillerie et ce ne sera que dans le courant de l'année prochaine que nous serons pourvus du nécessaire pour en assurer le nombre complet. ï
Les canons en usage, sous Louis XVI, étaient de six dimensions différentes et dénommés d'après le poids en livres du boulet de chacun d'eux: 36-24-18-12-8 et 6. Leurs poids étaient respectivement de 7.190 livres,
1. A signaler un essai Je canon se chargeant par la culasse, fait en ITTo par le sieur Nicole, arcliilecte à Besançon. Essai malheureux.
5.116-4.212-2.995-2.382-1.733 '. Leurs longueui-s étaient équivalentes à douze fois le calibre de l'âme. Avec la charge au tiers et les inclinaisons permises par les affûts, les portées moyennes des quatre plus gros calibres variaient entre quatorze cents et quinze cents toises (trois mille mètres environ) ; tandis qu'à toute volée, c'est-à-dire avec la pièce pointée à 45 degrés, le boulet du canon de 24 était lancé à plus de deux mille trois cents toises (quatre mille cinq cents mètres ^).
A ces canons de fonte, venaient s'ajouter des bouches à feu en bronze, mortiers ou obusiers ", Les mortiers de 10 pouces de diamètre servaient pour la défense des côtes, ceux de 12 pouces formaient l'armement des galiotes à bombes. Les uns et les autres étaient montés à laGomer, nom donné à un tracé spécial de la chambre à poudre, imaginé en 17G5. Les bombes des premiers pesaient cent livres et se lançaient à quatorze cents toises; les bombes des seconds pesaient cent cinquante livres et pouvaient atteindre à onze cents toises ; quant aux obusiers des trois calibres de 36, de 24 et de 18,
1 . L'n canon de 30 coulait environ 1.340 livres, un canon de 2-i en coûtait 1.000 et un canon de 18, 784.
2. Les canons étaient repartis de la façon suivante sur les différents types de navires :
Vaisseau de 118 canons : 32 canons de 36 dans la \"^ batterie.
— 18 — S et 6 obusiers sur les gaillards. Vaisseau de 80 canons : 30 — 36 dans la 1'''= batterie.
— 18 — 12 et 6 obusiers sur les gaillards. Frégate de 30 canons : 2ij — 18 dans la batterie.
— 10 — S et 4 obusiers sur les gaillards.