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Leur nom vient de leur iaventeur, l'Ecossais Caron

disait-on, les petites frégates et les bâtiments légers, pourvus du même calibre que les vaisseaux, pourraient s'en faire respecter, et ainsi se trouverait résolu le problème si longtemps cherché de rendre le plus faible redoutable au plus fort. Bien qu'il fallût rabattre beaucoup des mérites, ainsi mis à l'actif de la caronade, elle fit bientôt partie de l'armement de notre flotte '.

Ce n'était pas la première fois que nous allions emprunter à l'Angleterre des modifications à notre artillerie navale ; nos voisins avaient toujours eu sur nous l'avantage d'une artillerie plus maniable -. Depuis longtemps leur calibre le plus élevé était de 32 (calibre qui correspondait à une pièce de 28 en mesures françaises), tandis que le nôtre était de 36 : si la masse de fer lancée à chaque coup était moins forte, en revanche ils pouvaient tirer plus rapidement, quatre coups, par exemple, de leur plus gros calibre contre trois de nos plus grosses pièces.

En outre, à poids égal de boulets, leurs canons étaient moins longs que les nôtres. Ce qu'ils gagnaient de la sorte était considérable : plus grande facilité du service des pièces, plus grand espace disponible sur le pont, moindre fatigue des membrures des vaisseaux, meilleure stabilité du corps flottant, enfin possibilité de réduction des équipages, à tel point qu'un vaisseau

1. En 1T^7, le ministre annonça le projet de faire fabriquer 100 caronades à la fonderie de Toulon.

2. « On ne peut refuser ans Anglais nne activité singulière pour diverses et heureuses tentatives, particulièrement à perfectionner les fontes de fer, les bouches à feu, etc. , du moins pour la mer, et en établir de nouvelles. » Texierdc Norbec, vol. l", p. 153.

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anglais à deux ponts portait 590 hommes, tandis qu'en France un navire du même rang comptait 700 hommes. Le raccourcissement de nos pièces était demandé par beaucoup d'officiers, mais on n'osait s'y résoudre dans la crainte de diminuer la portée. On croyait qu'une grande longueur était la cause absolue de la plus grande portée que l'on pouvait obtenir. L'expérience ayant prouvé, d'une part, que des canons raccourcis d'un pied environ avaient eu leur portée diminuée d'un douzième seulement, et, d'autre part, qu'une charge de poudre équivalente au tiers du poids du boulet produisait le maximum d'effet utile', le raccourcissement avait été décidé. La pratique constante des combats de mer démontrait au surplus que les portées extrêmes étaient sans objet : jamais un vaisseau n'avait à tirer à toute volée sur un autre; les adversaires s'approchaient mutuellement à tiers de portée et souvent de beaucoup plus près, pour décider de la victoire. Qu'importait dès lors qu'un canon envoyât son boulet à cent ou à cent cinquante toises de plus ou de moins? Peu de chose en vérité. Ainsi en avait-on jugé et depuis quelques années, grâce à des canons moins encombrants et plus maniables, nous nous trouvions dans de meilleures conditions au point de vue du combat.

Les accessoires de batterie étaient de fabrication soignée, les affûts, tout en bois, se montaient sur quatre roues ; on les trouvait légers et commodes. Les gargoussiers faits de cuir contenaient des gargousses en

1 (' Il n'y a qu'une longueur d'âme la plus avantageuse pour une cliarge donnée. 'I Texier deNorbec, vol. II. p. ifti.

parchemin ; refouloirs, coins de mire étaient d'un maniement facile. Les boulets, conservés à bord dans la Sainte-Barbe, étaient montés près des pièces au moment voulu, ainsi que la poudre. Quelques imprudents ne craignaient pas d'emmagasiner de la poudre dans les batteries, au risque de faire arriver des accidents. « La poudre répandue sur le pont et embrasée par un feu accidentel embrase d'autres gargousses et brûle nombre d'hommes. Maints officiers ont vu périr bien des canonniers par cet événements » L'usage le plus défectueux était le procédé d'inflammation par le boute-feu, mèche soufrée qu'un des servants approchait de la traînée de poudre formant amorce. Quelque adresse qu'on déployât, le feu ne se communiquait pas à la charge instantanément et parfois le navire avait le temps de rouler deux ou trois fois avant que le coup partît. Texier de Norbec avait pourtant imaginé, en 1763, d'adapter aux canons une platine semblable à celle des fusils, qui se fixait transversalement à la culasse de la pièce et qui, mise en action au moyen d'un cordon dans les mains du pointeur lui-même, enflammait la charge au moment précis jugé bon par ce pointeur. Appliquée de suite avec succès sur plusieurs navires et perfectionnée rapidement, la platine avait eu de la peine à entrer dans les usages courants. On vit même le commandant de l'artillerie de Rochefort la proscrire absolument. Il ne fallut rien moins que les bons effets obtenus par la platine sur la Surveillante, lors du

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