CHAPITRE XII
Eu égard à l'administration, les ordonnances du maréchal de Gastries avaient simplement retiré aux officiers de marine la direction des ateliers des constructions navales et d'artillerie, que l'ordonnance de 1776 de M. de Sartine leur avait attribuée, et elles avaient mis en leurs lieu et place des artilleurs et des ingénieurs. Mais les règles d'administration établies par son prédécesseur avaient été respectées par le maréchal.
Le régime inauguré en 1776 subsistait donc en 1789. Voici en quoi il consistait. L'administration des ports était divisée en deux branches distinctes : d'une part l'administration des travaux, qui relevait du commandant de la marine, d'autre part l'administration des denrées et matières qui était le partage de l'intendant. La première, souvent appelée administration militaire, établissait les comptes des constructions, des armements et désarmements, des mouvements du port, de tous les ouvrages s'exécutant dans les ateliers et
chantiers ; la seconde, dénommée administration civile, comprenait les marchés, les approvisionnements, la conservation des matières dans les magasins et leur distribution aux chantiers, les revues et la solde des officiers, des troupes, des gens de mer, les hôpitaux, les chiourmes, enfin les bâtiments civils érigés dans les ports.
Cette simple division avait apporté dans les procédés administratifs un changement radical ^ Les services de consommation et de production (ateliers ou chantiers) se trouvaient affranchis de la tutelle des intendants; les directeurs techniques fixaient euxmêmes la marche de leurs travaux, pour ne laisser aux administrateurs civils que le soin de suivre la dépense et la comptabilité ; de plus, le nouveau système établissait dans tous les services un concours permanent des agents militaires et civils, un contrôle réciproque des uns sur les autres. C'est-à-dire, par exemple, qu'à côté du constructeur dirigeant un travail et consommant telles ou telles matières en vue de ce travail, un commissaire préposé aux ateliers était chargé de contrôler l'usage des matières et l'emploi du temps des ouvriers -.
Cette organisation était, en définitive, presque le contre-pied de l'organisation fixée par l'ordonnance de Colbert et de Seignelay qui, depuis 1G89, régissait la
1. Choiseul avait réduit, en 17Co, les attributions de l'intendant. ^lais il lui avait laissé presque entière la liaute direction des travaux a exécuter dans les arsenaux.