Ordonnance du mois de novembre
3. « Mais ce n'est point par ces mesures partielles que se répare une administration désorganisée dans ses principes et dans ses formes. » Malouet. Rapport à l'assemblée uationale sur les dépenses de la marine.
L'ADMINISTRATION -IJO
seulement 459', et la dépense afférente était conséquemment montée de 747.530 livres à 1.272.677. Parmi ce personnel figuraient 3 intendants, 8 commissaires généraux et 34 commissaires ordinaires, leurs appointements variant, pour les premiers de 24 à 30.000 livres, pour les seconds de 10 à 17.000 livres, pour les derniers de 4 à 9.000 livres. Venaient ensuite des contrôleurs au nombre de 7 et aux appointements de 4.000 livres, 4 sous-contrôleurs, 10 gardes-magasins et 11 élèves débutant dans le corps et choisis parmi les fils d'officiers d'administration ou « les fils de famille », âgés de dix-huit ans, catholiques, sachant Tarithmétique et écrivant correctement'.
On voit, d'après le montant des soldes, que l'existence était sortable pour les administrateurs de la marine. Aucun d'eux d'ailleurs ne se plaignait de la situation pécuniaire qui lui était faite, mais tous se trouvaient froissés de la situation secondaire où on les reléguait. Ils auraient voulu qu'on leur attribuât quelques honneurs militaires et particulièrement le droit de recevoir la croix de Saint-Louis, estimant qu'ils la méritaient au même titre que les commissaires des guerres ou les ingénieurs de la marine, à qui elle était conférée. Ils avaient surtout à souffrir de la hauteur des officiers de vaisseau. C'était là pour eux un légitime et constant
Il Le nombre des officiers de plume a\ail clé déjà roduit sous Clioiseul. En i75i, il comptait O.G30 officiers d'administration, contre 000 et quelques officiers de marine.
2. Ces jeunes gens ne servaient que dans les trois grands ports pendant 18 mois. Us étaient alors examinés sur toutes les parties du service et nommés au grade de sous-commissaires, ou congédiés si leur aptitude n'était pas suffisante.
sujet d'amertume. J'ai montré au chapitre des officiers en quelle mince considération ces derniers tenaient les fonctionnaires administratifs, ne leur épargnant aucune vexation, comme celle, par exemple, de ne pas convier leurs femmes à une présentation officielle à la duchesse de Chartres, de passage à Toulon en 1776.
De tels procédés ne faisaient qu'entretenir entre Tépée et la plume un état continuel d'hostilité. L'animosité contre les officiers de vaisseau était grande parmi les administrateurs. Qu'on en juge par cet extrait des doléances adressées à l'Assemblée nationale par les commis d'administration du Havre : « Le militaire se glorifie des commissions dont il est chargé, il croit participer à l'autorité dont il n'est que l'instrument, il s'élève au-dessus de ceux à qui il cherche constamment à en imposer. Partout il fait taire les règles et croit que lui seul forme la société... Toute espèce de corporation doit être aujourd'hui supprimée en France. Il ne doit point y avoir de corps d'administration qui soit isolé, parallèle. Il ne peut exister qu'un grand corps de marine dans le royaume, comme il n'y a qu'une armée de terre... " La vivacité de ces critiques montre bien quel était le ressentiment des administrateurs. Comment d'ailleurs ce ressentiment n'aurait-il pas existé? La lutte que l'épée avait entreprise contre la plume était une lutte de caste, et elle en avait toute l'àpreté, toutes les violences, allant jusqu'à employer les injures et les insultes. Un jour, M. de Ruis-Embito, intendant à Brest, fut insulté dans le port par des officiers ; un autre jour, M. de Casamajor, commissaire général au
même port, réélit les plus graves injures de cinq gardes de la marine !
Ne croyez pas surtout que le mobile de cette guerre ait été quelque vague désir de renverser le corps administratif, pour lui substituer une administration meilleure ou plus honnête. Aucun reproche d'indélicatesse ne pouvait être fait aux administrateurs. Entre la plume et l'épée il n'y avait qu'une compétition d'amour-propre. Les officiers n'avaient d'autre souci que d'abaisser des voisins dont ils ne voulaient pas pour collègues. Ils entendaient être les premiers partout, dans les ports comme sur leurs navires. Ils estimaient que leur opinion devait toujours prévaloir, dans les questions administratives comme dans les questions militaires.
Depuis l'arrivée du maréchal de Castries au ministère, la cause des officiers était définitivement gagnée. Tous les conflits qui éclataient entre la plume et l'épée avaient une solution conforme aux vœux du militaire. On devine aisément que cette manière de trancher les différends n'était pas du goût des administrateurs. En 1784, le commissaire général de Brest écrivait au ministre : « Je vous supplie, monseigneur, de maintenir la prééminence accordée aux commissaires. Je crois cela très important, car s'ils perdent le peu de considération qui leur reste, le zèle s'affaiblira '. » L'intendant de Toulon exprimait, en 1785, la môme opinion à propos d'une difficulté survenue entre un commissaire