‹ La marine royale en 1789Chapitre 62 sur 92 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

30.000 livres et ne savait comment se libérer de sa dette : loin d'être loué de son zèle, il reçut des reproches pour s'être compromis. Que méritait alors cet intendant de Toulon qui, en 17o3, manquant du nécessaire pour armer deux chebecs, crut devoir emprunter une somme à son domestique ?

De cette disette d'argent, le département de la marine n'était pas coupable, mais c'est lui qui en portait la peine. Son manque de crédit était complet. Réduits aux abois, les administrateurs des ports n'alimentaient plus les caisses que par des ventes, heureux quand, pour paiement, ils ne recevaient pas des ordonnances de paiement antérieures dont aucun porteur n'avait trouvé à se décharger. Les entrepreneurs, les fournisseurs refusaient sans cesse de livrer leurs fournitures? Un arrêt du conseil du 8 août 1788 mit le comble à l'émoi de ces commerçants. L'arrêt portait qu'à l'avenir ils recevraient partie de leur paiement en billets du trésor royal. « Ceux auxquels il est dû considérablement, dont toute la fortune et même au delà se trouve entre les mains du roi au moyen des livraisons qu'ils ont faites, sont dans les alarmes et la consternation la plus vive, regardant leur ruine comme certaine si les sommes qui leur sont dues doivent leur être payées sur le pied de deux cinquièmes en billets. » C'est l'intendant de Rochefort qui fit entendre ce cri d'alarme, ses collègues l'imitèrent et l'arrêt fut révoqué. Mais quelle confiance pouvaient avoir les fournisseurs dans une administration qui employait de pareils expédients !

Le résultat forcé de cette situation était la majoration

des prix des denrées et matières à livrer à la marine; en sorte que le département, déjà si pauvre par ailleurs, se trouvait obéré de dettes plus lourdes que de raison. Il y avait 15 p. 100 de difTérence entre les paiements au comptant et ceux à crédit.

Dans son rapport à l'Assemblée nationale, Malouet a porté sur l'administration de la marine ce jugement sévère, qui doit servir de conclusion : « De même qu'un homme désordonné dans ses affaires est tout à la fois avare et dissipateur, diffîcultueusement inconsidéré, s'embarrassant sans cesse de petits détails et perdant de vue ses intérêts majeurs, de même le département de la marine est depuis longtemps un abîme de papiers, de bordereaux, d'états oii l'on trouverait les plus grands détails pour les plus petites dépenses, sans principes et sans moyens pour en régler l'ensemble et pour en apprécier les résultats; parce qu'on a toujours dépensé à crédit et presque toujours acheté au moment du besoin; parce que les dépenses d'une année se mêlent à celles d'une autre; parce que la surabondance des formes produit une sécurité funeste sur les mouvements d'argent et de consommation. »

Cette phrase est de Malouet et date de 1790. Je le répète à dessein. Peut-être pourrait-on supposer qu'elle est plus récente et qu'elle vise une marine moins éloignée de nous que la marine de Louis XVI.

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