‹ La marine royale en 1789Chapitre 66 sur 92 · Chevalier. Histoire de la marine, p. 2 et loi · texte numérisé non relu

Chevalier. Histoire de la marine, p. 2 et loi

victoire, ce ne fut point par la faute de ses capitaines, mais bien par sa faute à lui, qui « moins marin que brave * » laissa échapper quatre vaisseaux démâtés. Il n'est pas vrai non plus , qu'aux Saintes , les capitaines de l'escadre française aient montré de l'indiscipline, de la désobéissance ou de la lâcheté. Qu'un amiral malheureux ait, au lendemain de sa défaite, porté sur son armée une accusation aussi grave, c'est déjà trop ; mais que des historiens aient répété cette assertion mensongère, c'est ce qui ne peut se comprendre, après la sentence absolutive du conseil de guerre assemblé à Lorient pour juger les officiers du comte de Grasse. Au surplus, la lettre adressée à ce dernier par le maréchal de Castries ne saurait laisser aucun doute à cet égard ^ : « Vous vous êtes permis de compromettre, par des inculpations mal fondées, la réputation de plusieurs officiers, pour vous justifier dans l'opinion publique d'un événement malheureux, dont vous eussiez peut-être pu trouver l'excuse dans l'infériorité de vos forces, dans l'incertitude du sort des armes et dans des circonstances qu'il était impossible de maîtriser. Sa Majesté veut bien supposer que vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir pour prévenir les malheurs de la journée, mais Elle ne peut avoir la même indulgence sur les faits que vous imputez injustement à ceux des officiers de sa marine qui sont déchargés d'accusation. »

i . Expression de Sutrren .

2. 2 juin 1782. Voir Clacvalier. Histoire de la marine, p. 200 et suivantes.

Il s'est passé malheureusement, dans l'escadre que commandait Suffren dans l'Inde, des faits regrettables d'insoumission et de faiblesse sur lesquels il faut tirer le voile : un vaisseau, V Artésien, abandonnant sans ordre la poursuite d'un ennemi ; un vaisseau, l'AJax, désertant le combat ; un vaisseau, le Vengeur, s'en tenant éloigné... Il y a surtout ce fameux combat du 3 septembre 1782 devant Trinquemalay, dont Suffren rendit compte dans ces termes : « J'ai le cœur navré par la défection générale. Seuls trois vaisseaux (sur quinze) ont combattu de près et en ligne. Les autres sans égard à leurs postes, sans faire aucune manœuvre, ont tiraillé de loin hors de portée de canon. Tous, oui tous auraient pu approcher, puisque nous étions au vent et de l'avant et aucun ne l'a fait. Je ne puis attribuer cette horreur qu'à l'envie de finir la campagne, à la mauvaise volonté et à l'ignorance, car je n'oserais soupçonner i^ien de pis... » Il n'est pas douteux que ce rapport ait contribué à former la légende qui a valu à l'ancienne marine royale un renom de marine indisciplinée; il n'est pas douteux pourtant que ce rapport ne contienne des reproches excessifs. Tout grand qu'il était, Suffren avait ses défauts : ardent, passionné, il se laissait aller à ce premier mouvement dont on dit, bien à tort, qu'il est toujours le meilleur; souvent son langage, comme sa pensée, manquaient de mesure *. Dans l'amertume que lui causa l'insignifiance des résultats de cette bataille, il accusa de défection et de

1. Villaret-Joyeuse, qui avait servi sous SulTron. l'appelait dans iinp lettre u Jupi ter tonnant n.

MARINK ROYALE. li

lâcheté presque tous ses capitaines. C'était de l'injustice, c'était oublier que le vent était tombé, que la houle s'était faite, que les éléments s'étaient tournés contre lui. « De plus, la confiance que le Bailli avait clans sa supériorité, dit un témoin de ces événements, le chevalier de la Serre, l'empêchait de maîtriser l'activité de son esprit; la contradiction dans les signaux qu'il fit, le grand nombre de ces signaux furent cause de l'échec qu'il éprouva, échec d'autant plus mortifiant pour lui qu'il avait senti l'importance de détruire l'escadre ennemie et qu'il s'en était flatté. » M. Chevalier ajoute, du reste, que Sufîren modifia son premier jugement « lorsque le temps eut adouci ses regrets ' » et que même il proposa pour des récompenses la plupart de ceux qu'il avait si vivement attaqués et flétris dans sa première dépèche -. « En se basant, ajoute le même historien, non seulement sur la correspondance, mais aussi sur la conduite de Sufîren, il est permis de dire qu'il ne faut pas attacher une trop grande importance à quelques-unes des plaintes portées contre les capitaines de l'escadre^ ». Après le renvoi en France de ceux dont la conduite avait été blâmable, l'escadre du roi se trouva vraiment solide. Elle le prouva dans le

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