Histoire de la marine, p
2. MM. d'Aymar, du Cliilleau, de Saint-Feliv, de h r'allière, de Galle, louâ commandants au combat du 3 septembre, traités très sévèrement datis la lettre du 29 septembre, eurent des croix et des pensions.
3. Pages 481 et suivantes. <i Ses dépêches, lorsqu'elles étaient écrites le lendemain d'On combat, trahissaient une irritation extrême contre les personneS4 toutes les fois que les résultats n'avaient pas répondu à son attente... Ce n'est pas dans ses dépêches prises isolément, mais dans l'ensemble de sa correspondance qu'on doit chercher la vérité sur le personnel de son escadre. >>
LA DISCIPLINE ET LE CODE 2i3
dernier et glorieux combat du 20 juin 1783. « Convenons-en à la gloire de tous et d'un chacun, dit dans son journal de bord le lieutenant Trublet, second du Flamand, le général n'eut pas d'occasion ce jour-là de stimuler l'ardeur de ses vaisseaux. Tous combattirent vaillamment. »
Ainsi, dans cette escadre de l'Inde, s'il s'était trouvé au début quelques incapables ou quelques insoumis, leur place avait été prise par des officiers disciplinés ne manquant ni de talent, ni de courage *. De même dans les escadres qui combattirent en Europe et en Amérique, où figurèrent à peu près tous les capitaines de vaisseau de la marine, trois seulement furent mis en jugement pour désobéissance ou pusillanimité devant l'ennemi. C'est une bien faible minorité. Le souci de l'équité commande donc de ne point faire porter à tous le poids des fautes de quelques-uns ^, et de ne point frapper d'une accusation générale d'indiscipline le corps de l'ancienne marine royale. Les hommes de devoir, les cœurs vaillants y étaient nombreux. Que ce fût devant les conseils de guerre, appelés à connaître les causes de la perte des bâtiments, ou devant les conseils de marine ^ assemblés pour examiner les capi-
1. L'escadre de l'Inde avait été très médiocrement composée. Tous les veut étaient tournés vers l'Amérique et le ministre lui-même se préoccupait peu de la guerre dans l'Inde. Il laissait pendant trois ans nos forces navales de l'Océan indien entre les mains débiles du chevalier d'Orves.
2. Ceux-ci, MM. de Tromelin, de Saint-Félix, de la Landelle, furent renvoyés en France et rayés des listes de la marine.
3. N'epas confondre ces conseils de marine extraordinaires, %,OTies A& conseils de discipline, avec les conseils de marine permanents établis dans chaque port, qui étaient des conseils d'administration.
taines au retour des campagnes, les officiers, par leurs dépositions, témoignaient d'un bon esprit, de l'amour de leur état, d'un noble souci de la gloire. « Ils avaient par-dessus tout, a-t-on dit, le désir de se distinguer J. »
C'est encore être injuste envers le matelot que de le dire indiscipliné, car il savait se montrer, quand il le fallait, respectueux de la règle, observateur de la consigne. \J Encyclopédie va même jusqu'à affirmer qu'il a toujours été « l'homme du monde le plus subordonné de France et le plus accoutumé à une discipline exacte : rarement manque-t-il à ses supérieurs. Tout grossier qu'il paraît, il sait parfaitement distinguer l'officier capable de celui qui n'a que le titre de sa supériorité ». Il n'était donc pas doué de mauvais instincts ; il lui manquait simplement l'esprit militaire. Rassurez-vous, d'ailleurs, sur les conséquences de cette lacune de son caractère, elle ne compromettait pas la bonne marche du service. Les officiers n'avaient pas de peine à ramener les délinquants dans le droit chemin. Même dans les derniers mois de 1789, quand déjà la révolution était partout, quand les ouvriers des ports de guerre, prenant la tête du mouvement, avaient donné le spectacle de tous les désordres, les équipages des vaisseaux restaient calmes et attachés à leur devoir. On vit, à Toulon, les marins de VAlceste dénoncer un maître entretenu qui avait tenté de les soulever ; on vit les hommes de la Thétis brûler de venger leur comman-
1. T.e clievalier de la Serre. Essais historiques sur la marine, p. 32(5.
dant Macnemara, massacré dans une émeute à l'île de France. Pour que la révolte éclatât sur nos escadres, pour que la discipline y fût foulée aux pieds, il fallut que l'esprit des clubs y eût pénétré, que l'absence de répression eût encouragé les mutins isolés au début, il fallut aussi, assure-t-on, que les agents et l'or de l'Angleterre eussent soudoyé les fauteurs de rébellion*. Alors, il est vrai, le débordement de ces hommes, auxquels on avait soufflé des idées de nivellement, devint effroyable ; mais jusqu'à ces années douloureuses, la discipline était restée bonne. En relevant la marine de ces ruines, Choiseul en avait changé l'esprit, les officiers étaient assidus à leur service, les hommes bien contenus s'inspiraient des exemples de leurs chefs, l'ordre enfin régnait.
A signaler cependant la déplorable tendance du matelot à déserter. De tout temps les désertions se succédaient avec une telle fréquence que les règlements durent être, sur ce point, particulièrement sévères : à l'origine ils prononcèrent la mort ; plus tard, ils infligèrent les galères perpétuelles ; puis les galères à temps, pour revenir de nouveau à la peine de mort, en passant par des périodes de mansuétude singulière, comme en IToo, où le ministre essayait de la douceur et même de la séduction, offrant 24 livres de gratification aux matelots d'une escadre qui consentiraient à ne pas déserter. Vers la fin de l'ancien régime, la mansuétude était encore de mise, à en juger par l'ordonnance
1. Léon Guérin. Histoire de la marine contemporaine, chap. iv.
de 1784 : d'après elle, le déserteur en pays étranger était passible de trois ans de galères, mais la désertion en France ne valait plus que la perte des salaires acquis précédemment, avec l'obligation d'accomplir une campagne supplémentaire d'un an à dix-huit mois avec demi-solde. Cette réglementation trop paternelle était peu capable de contenir les gens de mer. a On assure, écrivait-on en 1789 % que depuis la nouvelle ordonnance, malgré toutes les précautions qu'elle a prises, les désertions sont plus nombreuses qu'elles ne l'ont jamais été. » L'armée de terre souffrait au reste d'un mal pareil, la désertion y était devenue si effrayante, qu'il fallut, pour la faire cesser, établir en 1788 un cordon de troupes à la frontière. La France était infestée de soldats en rupture de ban, prêts à se jeter dans les pires excès -.
Quand, dans une armée ou dans une marine, les hommes n'ont pas l'esprit militaire très développé l'autorité se débat dans un cercle vicieux. Les rigueurs risquent de détruire toute ardeur pour le service et cependant pour que le service soit assuré, force est de contraindre les hommes et d'user de rigueur à leur égard. Il faut alors que les peines édictées parles codes et les règlements soient sévères, plus sévères même que de raison, afin de prévenir le délit qu'elles doivent punir, et c'est ensuite le devoir des chefs de n'appliquer ces peines qu'avec de continuels ménagements en s'effor-