CHAPITRE XV
C'est un travers habituel à ceux qui médisent des savants et des érudits de proclamer inutiles les connaissances qui, pourêtre possédées à fond, exigent beaucoup d'application. Tel était le jugement que les officiers de l'ancienne marine portaient sur la tactique navale, imitant en cela leurs collègues de l'armée de terre, que le mot même de tactique offusquait comme pédant et prétentieux. A l'époque où le goût des solides études ne s'était pas encore développé dans la flotte royale, où « la science de la manœuvre était roturière » suivant le mot A\\ Matelot politique^, les officiers négligeaient fort cette branche de leur métier, se donnant pour excuse que de « très grands hommes de mer n'avaient été formés que par la seule pratique^ ». Cette assertion, qui pouvait peut-être s'appliquer à Duguay- Trouin ou à Jean Bart, était au moins hasardée en ce