Voir la Tactique navale, de Morogues, p
Toute armée navale se divisait en trois escadres partagées elles-mêmes en trois divisions, ce qui constituait neuf divisions par armée. Les escadres étaient ainsi dénommées :
La première blanche ou amirale, commandée parle général de l'armée;
La deuxième, blanche et bleue, ou vice-amirale commandée par le deuxième commandant ;
La troisième bleue ou contre-amirale, commandée parle troisième commandant.
La première escadre portait une marque de distinction blanche au grand mât, le commandant y ayant un pavillon, les autres vaisseaux une flamme ; la seconde escadre avait sa marque blanche et bleue, pavillon ou flamme, au mât de misaine; la troisième escadre conservait au mât d'artimon sa marque bleue, pavillon ou flamme. Les trois escadres devaient être également composées et par suite égales en force : bâtiments de combat, forts ou faibles, grands ou petits, brûlots, flûtes, corvettes, hôpitaux, vivriers (ou vivandiers) devaient entrer en nombre pareil dans les escadres, afin que chacune d'elle put opposer à l'ennemi la même somme de résistance. Chaque escadre était ainsi une unité collective, un groupe qui manœuvrait d'ensemble et qui, demeurant entier, formait à la volonté du chef soit l'avant-garde, soit le corps de bataille, soit l'arrière-garde.
Il 'n'était pas dans l'usage de former de corps de réserve, parce qu'il était souvent difficile à des vaisseaux ayant combattu de se retirer du feu, ainsi que le font
des bataillons pour laisser prendre leurs places à d'autres. On constituait pourtant dans certaines circonstances (surtout si l'armée était nombreuse) un corps d'observation. C'est le rôle que d'Orvilliers avait assigné, pendant la campagne de 1779, à l'escadre espagnole de don Louis de Cordova qui combattait avec nous; ce général devait laisser commencer l'action, pour se porter ensuite où il le jugerait convenable. Mais un tel corps d'observation devait être distingué des escadres légères, composées de frégates qui se tenaient en dehors du gros de l'armée, avec mission d'observer ce qui se passait, de partir en découverte au moindre signal, de chasser et de canonner de loin l'ennemi qui apparaissait, de s'éloigner de l'action générale dès qu'elle s'engageait, faisant, en un mot, le service d'éclaireurs qui revient de nos jours à nos croiseurs rapides.
Une armée navale ainsi composée devait être rangée en des ordres différents suivant qu'elle voulait chercher l'ennemi, le poursuivre, l'attaquer ou le fuir. De là quatre formations, quatre ordres qui avaient reçu les noms d'ordre de convoi, d'ordre de marche, d'ordre de bataille, d'ordre de retraite. Les deux premiers étaient généralement fondus en un seul et les tacticiens ne se préoccupaient que des règles de la marche, du combat et de la retraite, d'après les principes suivants : « L'ordre de marche doit être tel qu'il puisse facilement et promptement se changer en celui de combat, en même temps qu'il doit resserrer l'armée, lui faisant occuper le plus petit espace possible, afin que les
LA TACTIQUK 259
vaisseaux se conservent plus aisément et qu'ils puissent se secourir mutuellement sans perdre de chemin; 2° l'ordre combat doit être formé de manière que les vaisseaux s'entre-soutiennent et se fortifient mutuellement, en conservant l'espace nécessaire pour pouvoir manœuvrer aisément; 3° l'ordre de retraite doit permettre à l'armée qui fuit d'avoir le plus de forces qu'il est possible à opposer à l'ennemi qui la poursuit, d'à' voir de la vitesse sans se rompre, en opposant partout une résistance suffisante pour empêcher les chaaseura fins voiliers de pénétrer'. »
Ces principes, sur la valeur desquels il est inutile d'insister, étant admis, on en avait réalisé l'application par les formations suivantes :
L'ordre de marche rangeait l'armée sur trois colonnes, clîacune d'elle, comprenant une escadre, la première escadre se trouvant entre les deux autres, la seconde à droite, la troisième à gauche.' Les trois colonnes marchaient parallèlement entre elles à des distances plus ou moins grandes; les vaisseaux de tête étaient rangés entre eux sur la ligne de la perpendiculaire de la route et tous ceux de leur colonne devaient être dans les eaux les uns des autres, très rapprochés, à 100 ou 200 toises suivant l'état de la mer. Les amiraux occupaient le centre de leur colonne. Les brûlots, flûtes, hôpitaux et vivriers avaient leur poste en dehors de l'armée, et au vent de celle-ci, afin de pouvoir se replier aisément sur elle, en cas de nécessité ou de danger.
l. Bourde de Villeluiet. Le Manœuvrier, p. 27i-273.
L'ordre do bataille formait les vaisseaux à la file les uns des autres sur une ligne du plus près, c'est-à-dire sur la route la plus rapprochée du lit du vent que les navires pussent suivre. La nécessité de combattre sur une seule ligne venait de la disposition de l'artillerie sur les vaisseaux; ceux-ci tiraient toute leur force de leur flanc et ils devaient par suite présenter le côté à l'ennemi pour diriger sur lui la plus grande partie possible de leurs feux. Quant à l'usage d'adopter le plus près du vent comme route de combat, il se justifiait par la possibilité qu'il offrait de demeurer maître d'engager l'attaque. Dans cet ordre, la deuxième escadre ayant la tête formait l'avant-garde, puis venait sans interruption, la première escadre formant le corps de bataille, suivie immédiatement de la troisième formant l'arrièregarde; les bâtiments devaient conserver entre eux les intervalles les plus réduits pour ne point se laisser couper et naviguer même « à un tiers de câble » soit trente et quelques toises si le temps le permettait; les frégates étaient en dehors de la ligne du côté opposé à l'ennemi, chargées de répéter les signaux, d'amariner les prises, de remorquer les vaisseaux désemparés; enfin les bâtiments inutiles au combat se tenaient tout à fait hors de portée, aussi éloignés des frégates que celles-ci l'étaient de l'armée.
L'ordre de retraite plaçait les vaisseaux sur les deux côtés d'un angle obtus, dont le commandant ou le plus fort navire formait le sommet, les frégates et bâtiments de convoi naviguant à une lieue en avant de l'armée, afin de ne point la gêner dans ses mouvements.
Si ces différentes formations étaient adoptées sans conteste par la généralité de nos hommes de mer*, il y avait pourtant certaines divergences entre eux, au sujet des méthodes indiquées pour le passage d'un ordre à un autre, divergences de détail qui laissaient entiers les principes établis. Les opinions se partageaient encore sur une question d'une plus réelle importance, j'entends la question de combattre soit au vent, soit sous le vent de l'ennemi : l'avantage du vent, pour employer l'expression consacrée, n'était point regardé comme un dogme infaillible. Ceux qui le prônaient mettaient en avant la facilité qu'il donnait de régler le temps et la distance du combat, de former un détachement de vaisseaux pour mettre la tête ou la queue de l'ennemi entre deux feux; tandis que sous le vent pareilles commodités manquaient totalement, que, dans cette dernière position, le feu, la fumée venaient gêner le tir, dérober la vue des signaux et cacher les attaques des brûlots. A quoi les partisans de la ligne sous le vent répondaient que l'armée de cette ligne, pouvait, à l'inverse de l'autre, se servir de sa batterie basse sans craindre de prendre de l'eau par les sabords quand la brise couchait les vaisseaux; qu'elle pouvait, par le virement de bord de quelques-uns des siens, couper impunément la queue de l'ennemi et même la
1. Divers mémoires parus dans les dernières années de l'ancien régime prenaient des formations différentes : division de l'armée en quatre escadres, ordre en losanges etc.... L'étude de ces mémoires offrirait de l'intérêt, mais elle est en dehors du sujet de ce chapitre. Voir l'Art de la guerre sur mer, par le vicomte de Grenier, chef de division des armées navales, 1787, Tactique navale ou Traité des Evolutions, les Signaux, par d'Amblemont 1788; Mémoire sur la Tactique navale. Brest, 1787.
capturer ' ; qu'elle avait la faculté de se retirer aisément du combat s'il était inégal, chose que ne pouvait tenter l'armée du vent sans traverser les rangs de son ennemie. Les préférences les plus nombreuses penchaient, il faut le dire, pour la ligne du vent; mais d'aucuns invoquaient contre cette façon de voir une opinion d'un grand poids, celle d'Orvillers. Ils rappelaient qu'après la bataille d'Ouessant, ce général avait fait savoir à son armée que dorénavant il conserverait le poste de dessous le vent dans les combats qu'il livrerait par la suite... Quoi qu'il en soit, le problème restait sans solution, il demeura ainsi jusqu'aux derniers jours de la marine à voiles. Les deux systèmes avaient leurs avantages et leurs inconvénients, et il était difficile de se prononcer, d'une façon péremptoire, pour l'un ou pour l'autre. Au reste la tactique n'est point une science dont les principes soient invariables. C'est à l'amiral à décider, d'après les circonstances, l'ordre qui convient le mieux. A la guerre, toutes les méthodes sont bonnes qui mènent à la victoire. Le génie d'un SufTren peut lui inspirer, un jour, une attaque au vent de l'ennemi toute différente de celles qui ont été jusque-là pratiquées; et, un autre jour, l'habileté d'un Rodney, placé sous le vent, lui permet pourtant d'infliger une cruelle défaite.
La grande guerre, la guerre d'escadre n'occupait pas
1. « Il est certain que la défaite de M. do Conflans n'a dépendu que de celte façon d'attaquer son armée. Ils on fait leur premier effort sur notre arrière-garde en s'y portant sans aucun ordre. » Tactique navale, par le vicomte de Grenier, Paris, 1784, p. 4.
seule la marine royale au cours des luttes maritimes. Nos flottes pratiquaient aussi la guerre de croisière, cette guerre qui consistait soit à protéger nos flottes marchandes, soit à poursuivre et à capturer celles de l'ennemi. Les navires marchands se formaient en convois dans les ports de commerce, en même temps que l'on armait dans les ports de guerre les escadres destinées aux batailles rangées. « On utilisait alors tous les départs des forces constituées en vue des opérations exclusivement militaires, pour faire franchir aux navires marchands les routes réputées dangereuses, celles de l'Atlantique nord par exemple; la séparation se faisait assez loin dans le sud, quelquefois vers le tropique et les bâtiments de guerre reprenaient leur route normale.
« D'ailleurs on ne laissait pas d'armer, quand il le fallait, des divisions spéciales, uniquement chargées de défendre le convoi jusqu'à sa destination. Ces divisions se composaient en général d'un petit nombre de vaisseaux et de grosses frégates, choisies parmi les mieux armées et les meilleurs marcheurs, capables, par conséquent, de soutenir le combat contre des forces supérieures pendant que le convoi se dispersait, puis de se soustraire aux coups de l'ennemi, quand les navires marchands avaient pu gagner une avance suffisante K » L'amirauté anglaise prenait les mêmes mesures en vue de la défense de son commerce et de l'attaque du nôtre, si bien que l'Océan voyait des divisions solide-
1. La Stratégie navale, par R. Degouy. Revue des Deux-Mondes, 15 août
ment constituées se disputer la liberté des routes de navigation. La guerre de course équivalait ainsi presque toujours à une guerre d'escadre.
De la tactique suivie dans les combats singuliers, il y a peu de choses à dire : à peine existait-elle. Tout au plus, enseignait-on qu'en ce cas le meilleur parti à prendre était de chercher tout d'abord à démâter son adversaire, afin de le paralyser et de prendre sur son avant ou sur son arrière une position propice aux dangereux coups d'enfilade, sans s'exposer à recevoir aucun mal. On conçoit, du reste, que dans un duel de navires tout dépendait du capitaine, de son coup d'oeil, de sa science, de la bravoure de son équipage. Les frégates, souvent détachées en mission isolée, avaient des occasions plus fréquentes de lutter seule à seule avec un ennemi. Aussi n'était-il pas rare de voir les officiers de mérite préférer le commandement d'une frégate à celui d'un vaisseau, y trouvant de plus nombreuses occasions de déployer leur initiative et leur valeur. Il fallait, en effet, suivant l'un d'eux, montrer là plus qu'ailleurs « de l'activité, de l'intelligence, de l'habileté, de la décision, du sang-froid dans l'attaque, de l'adresse à éviterle combat contre un ennemi supérieur « .
Aux principes théoriques, puisés dans les ouvrages spéciaux ou déduits des exercices des escadres d'instruction, nos marins joignaient les données de l'expérience, expérience acquise aux cours des guerres incessantes du xxuf siècle. Ils savaient que les combinaisons tactiques, si savamment ordonnées qu'elles fussent par les chefs d'une escadre, ne valaient que par la
régularité et la ponctualité des manœuvres. Le maréchal de Puységur disait en ce temps-là, « qu'en voyant marcher deux armées Tune contre Fautre, il est aisé de juger suivant Tordre et l'exactitude avec laquelle l'une et l'autre marchent, quelle est celle qui battra l'autre ». Ceci était surtout vrai pour une armée de mer. L'ancienne marine l'avait compris ; elle s'était efTorcée de tout régler pour que le bon ordre ne cessât de présider aux batailles navales. Elle avait adopté, pour cette fin, le système des signaux imaginé par du Pavillon (un nom prédestiné), composé de morceaux d'étamine de couleurs variées, bleu, rouge, jaune, découpés en carrés ou en banderoles que l'on nommait pavillons ou flammes et qui se hissaient aux différentes vergues ', système bien imparfait, surtout compliqué, mais qui néanmoins était fort utile -.
L'ancienne marine avait aussi multiplié les prescriptions relatives à la bonne direction du combat : ne commencer le feu qu'au signal du général, se présenter à l'ennemi sous petite voilure, faire devant lui le moins de mouvements possible, naviguer en rangs serrés, ne canonner qu'à très petite portée, tirer lentement, sans précipitation, ne tenter l'abordage qu'avec l'autorisation de l'amiral, faire un feu bien nourri, mais par des coups tirés en salve et ajustés l'un après
1. Pendant la brume on se servait de signaux à coups de canon, ou bien de trompettes, cors, de tambours, etc., pendant la nuit on emplojait des fusées d'artifices de diverses couleurs.
2. On destinait un mât particulier à chaque corps difîérent pour y faire les signau!^ qui concernaient tel ou tel corps. Il fallait trois ou quatre signaux pour un seul et même mouvement.
l'autre... Si vous parcourez les ordonnances de cette époque, remarquez comme elles sont sobres de phrases quand elles traitent du combat, avec quelle simplicité calme et flère elles indiquent au capitaine ce que l'honneur lui commande : s'approcher de l'ennemi à portée do pistolet et l'attaquer vergue à vergue, ne quitter son poste que si l'on est absolument désemparé, se défendre jusqu'à la dernière extrémité, brûler ou couler bas son navire plutôt que de se rendre, penser plus à la défense du pavillon des généraux qu"à la sienne propre « n'y ayant point d'action plus grande que celle de tout sacrifier pour soutenir l'honneur du pavillon ». Un jour viendra môme, après la défaite du comte de Grasse en 1782, où on obligera l'amiral en chef à quitter la ligne de combat au moment de l'action et h passer sur une frégate, où il sera moins exposé h compromettre son pavillon, d'où il surveillera mieux Bon escadre, d'où ses signaux seront mieux aperçus'. Usage qui semblera pénible à l'amour-propre de plus d'un chef, car il lui ùtera la satisfaction d'être au poste le plus périlleux : i Vous connaissez, dira Sufîren à ses capitaines la veille de son dernier combat, les nouveaux ordres du roi, croyez qu'il ne faut pas moins que cela pour m'empêcher de partager vos périls *. »
1. La raison de cette mesure vient du motif allégué par de Grasse, dans son mémoire justificatif, oii on lit : « L'exécution ou le succès de mes ordres ne dépendait aucunement de moi. Tel est le sort de tout général d'armée navale. Fixé sur le pont de son vaisseau, il ne peut qu'ordonner. Il ne saurait, comme sur terre, se porter rapidement à l'aile attaquante ou attaquée, pour faire exécuter ses manœuvres. Il ignore même co qui peut les empêcher ou les retarder. » A!émoire de Grasse, p. -4. (Archives de la 7narine.)
2. M. de Fabry, chef d'escadre, commandant de Toulon, écrivit au ministre ce sujet : « Le respect dû aux ordres du roi, en m'imposant le silence le plus
La tactique navale dont je viens d'esquisser les traits généraux avait pour caractéristique une extrême méthode dans l'exécution. Comment expliquer cette tendance si contraire à l'esprit de notre race ? Etait-elle, comme le prétendait SufTren, un effet de la timidité ? Je me refuse à le croire. Il faut en chercher la raison dans la situation de la flotte française vis-à-vis de son ennemie séculaire et acharnée, la flotte anglaise, ainsi que l'a montré l'amiral Jurion de la Gravière : « Les deux marines étaient alors, dit-il, sur le même niveau en fait d'instruction militaire et d'habitude de la mer ; elles avaient à un égal degré cette énergie puisée dans le sentiment de sa force, et ce n'était point sans péril qu'un excès de confiance pouvait laisser prendre quelque avantage sur l'ennemi. La victoire, si indulgente plus tard pour ces fautes généreuses, hésitait encore à les absoudre. Aussi le respect mutuel dont s'honoraient à bon droit les deux marines, avait-il créé celte guerre circonspecte et savante dans laquelle nos tacticiens balancèrent si longtemps la fortune de l'Angleterre. Entre vaisseaux qui se valaient, c'était la guerre la plus sûre ^ » Mais vers les dernières années de l'ancienne marine royale, quelques marins, à l'exemple du héros de la mer des Indes, brûlaient d'affranchir la tactique navale des entraves de la science et des idées reçues. Une sorte d'école s'était formée, qui prônait un mode d'attaque plus brusque et plus vigoureux, soitl'a-
profond, ne peut m'erapêcher de l'étonnement et c'est bien à regret que j'exécute les vôtres en faisant passer votre lettre au contrôle pour y être enregistrée, n
\. Guerres maritimes sous la République et l'Empire, vol. I, p. 9.
doption en toutes circonstances de l'offensive. Elle avait pour principe qu'il est avantageux d'être l'agresseur, parce que cela laisse croire que l'on n'a rien à craindre et que cela inspire à la fois de la terreur à l'ennemi et de la confiance à l'équipage que l'on conduit. En pareille occurrence, disait-elle, votre plan causera de la surprise et votre adversaire ne pourra guère le pénétrer que dans le cours de l'action, alors qu'il sera trop tard pour chercher à rompre les mesures prises d'avance. Laissez faire, ajoutait-elle, le vaisseau qui tiraille de loin ; il ne vous fera jamais beaucoup de mal; mais jetez-vous sur lui résolument et le plus promptement possible et faites tous vos efforts pour tirer le premier, quand vous serez près, car vous désemparerez en partie votre ennemi, vous lui détruirez du monde, vous l'étonnerez et vous le déconcerterez et la volée qu'il ripostera sera presque toujours mal pointée. La première bordée est la plus redoutable : tâchez de vous la réserver, persuadez-vous surtout qu'il estdangereux de plier si peu que ce soit, c'est encourager son adversaire, c'est décourager les siens *... Au combat dans l'Inde, du 12 avril 1783, la Bellone commit la faute de mettre en panne pour attendre l'ennemi qui tomba sur elle et l'accabla^ ; quand son capitaine vint rendre compte à Suffren du résultat de l'action, il commença par annoncer la belle mort du neveu du Bailli, tué à son bord. < Ce n'est pas cela que je vous