‹ La marine royale en 1789Chapitre 73 sur 92 · Le Manœuvrier, de Bourde de Villehuet, p · texte numérisé non relu

Le Manœuvrier, de Bourde de Villehuet, p

2. A Ouessant, au contraire, d'Orvilliers fît de son arrière-garde son avantgarde pour aller à l'ennemi, au lieu de l'attendre, nous évitant ainsi beaucoup de désavantage.

demande, lui répondit brusquement Suffren. La frégate anglaise est-elle prise? — Non, général. — Alors vous n'avez pas fait votre devoir. Retirez-vous ! »

Combattre de très près était aussi l'un des préceptes favoris des tacticiens d'autrefois. « C'est, disaient-ils, une nécessité à tout Français de lutter bord à bord, parce que la vivacité de la nation la rend toujours supérieure en mousqueterie et que l'on est plus en état de profiter de l'avantage qu'il y a d'aborder, quand l'occasion se présente. »

L'abordage! voilà pour les nôtres le meilleur argument, celui qu'ils préféraient comme le plus décisif et aussi comme le plus crâne. Quand le signal qui l'ordonnait montait au mât de l'amiral, les cœurs frémissaient d'impatience, les gabiers se hâtaient de suspendre au bout des vergues les grapins de fer destinés à s'accrocher dans les cordages de l'ennemi, et quand les deux vaisseaux s'accostaient, ilfallait retenir les plus hardis, toujours nombreux, qui auraient sauté à bord, avant que le feu des fusils et des grena.des lancées des hunes eût fait déserter les gaillards et les dunettes. Toutes les fois que la générale était battue, annonçant le combat, on se préparait à l'abordage : il était recommandé d'y accoutumer l'équipage « en lui en parlant continuellement s, en l'excitant par l'appât du pillage « qu'il faudra permettre jusqu'à un certain point », en lui nrontrant que cette façon d'en finir est non seulement plus expéditive, mais souvent moins meurtrière,

surtout pour celui qui aborde Mais l'abordage,

si prisé de nos marins, n'était pas toujours pos-

sible. Il restait une manœuvre de circonstance et c'était bien réellement le canon qui décidait du sort des batailles.

La renommée de nos tacticiens s'était si bien répandue hors de France, que les rois de Suède, de Danemark et de Naples, envoyèrent de jeunes officiers pour s'instruire à notre école'. Nos ennemis eux-mêmes ne purent s'empêcher de rendre hommage à la science de nos marins. A Ouessant, ils se montrèrent surpris, autant de la « vivacité de notre feu que des manœuvres supérieures » de M. le comte d'Orvilliers. < Quand on nous signala de quitter le combat, ajoute le capitaine anglais Stuart du vaisseau le Berwick, les Français se reformèrent immédiatement en une ligne complète de bataille, ce que la flotte anglaise n'a pu aucunement faire ^. » Cette appréciation, confirmée par celle de sir Lindsey, le commandant du Prince-George et par celle de l'amiral Keppel lui-même', est bonne à retenir. Quand on la rapproche de l'opinion des Anglais sur les belles manœuvres exécutées plus tard par Guichen, en présence de Rodney ^, ou par des Touches à la Chesapeake, on se convainct aisément que vers la

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