Voir plus haut le chapitre iv
4. Les manœuvres de Guichen du 10 mai au 19 mai 17S0, en présence de Roduey, ont été très instructives pour la manière d'observer un ennemi, de se tenir en position, et de proûter des fautes qu'il pouvait faire, sans donner prise sur soi-même. i
fin de l'ancien régime, la marine royale comptait nombre de tacticiens de mérite, supérieurs même aux officiers de la grande marine britannique. Tel est du moins le témoignage d'un Anglais, John Clerk, qui écrivit en 1782 un essai de tactique navale : « Les Français, nos ennemis, ont acquis une connaissance plus parfaite, adopté quelque nouvelle méthode que nous n'avons pas d'évoluer de grandes escadres, ou à laquelle nous ne faisons pas assez attention, tandis que, de notre côté, nous avons continué de suivre une ancienne routine que l'expérience plus raffinée des modernes aurait dû nous faire rejeter. »
Malgré tout, cette supériorité nous a peu servi au cours de la dernière guerre de la monarchie : les batailles rangées y ont été, presque toutes, très indécises et relativement peu meurtrières ; nous n'avons eu de succès vraiment décisifs que dans les combats particuliers, là précisément où la tactique était à peu près inutile. On a prétendu à ce propos que la tactique d'alors était trop savante; c'est trop compliquée qu'il aurait fallu dire : elle voulait tout prévoir, tout indiquer, tout régler à l'avance, elle multipliait les prescriptions. De là deux défauts graves : elle était confuse et elle ôtait aux capitaines toute habitude de l'initiative. Par contre-coup, ces capitaines, accoutumés à ne rien prendre sur eux, se trouvaient désorientés dès que l'éloignement, la fumée ou toute autre cause leur cachaient la vue des signaux de l'amiral.
Une tactique navale doit être simple, elle doit fixer des règles générales en petite quantité, elle doit res-
treiiidre autant que possible le nombre des formations, elle doit réduire au minimum les évolutions et les signaux qui leur sont nécessaires. C'est l'idée qui prévaut de nos jours.