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CHAPITRE XVII

A la poupe des vaisseaux de guerre flottait le pavillon blanc. C'est à tort que l'on parle du pavillon fleurdelysé comme pavillon de l'ancienne monarchie. Les dessins ou peintures, qui souvent parsèment de fleurs de lys d'or les pavillons de guerre, commettent une erreur. Voyez à Versailles les peintures du temps, toutes placent à la poupe un pavillon blanc. A l'exposition navale de Londres en 1891, on pouvait voir une quantité de tableaux de l'époque représentant des batailles navales : sur nos navires le pavillon était toujours tout blanc. Les ordonnances d'ailleurs ne prononcent que le mot de pavillon blanc. Si donc il y a eu parfois des pavillons ornés d'un semis de fleur de lys ou de l'écusson royal, c'étaient ou des pavillons de fantaisie ou des pavillons arborés en l'honneur du roi ou d'un prince royal. Mais ce qu'on appelait « l'ordinaire de France » était tout blanc*.

1. Quelques auteurs ont voulu expliquer l'adoption de la couleur blanche sur les enseignes françaises, par la dévotion de Louis Xlll pour la sainte Vierge,

Le pavillon national restait hissé du lever au coucher du soleil. Les règlements sont muets sur le cérémonial qui présidait à sa mise en place et à sa rentrée. Cependant comme un coup de canon de diane était tiré le matin et un coup de canon de retraite le soir, le pavillon était en définitive manœuvré avec une certaine solennité. Peut-être l'équipage poussait-il en même temps le cri de « vive le roi, » car il est dit quelque part que ce cri était « usité le matin et le soir * » .

Les navires marchands « sujets de Sa Majesté » devaient témoigner leur respect au pavillon de guerre en amenant devant lui une partie de leurs voiles hautes et en pliant leur propre pavillon -. Quant aux vaisseaux du roi, ils ne devaient plier leur enseigne que devant le pavillon blanc de l'amiral, toujours arboré au sommet du grand mât de son navire ; rencontraient-ils des vaisseaux étrangers, ils ne devaient en aucune circonstance toucher à leur pavillon pour répondre à une marque de courtoisie : « Le salut du pavillon plié est humble,

sous la protection de laquelle il mit la France, mais cette raison n'est pas suffisante, car à bord des galères l'clendard fut rouge semé de fleurs de lys d'or. Voir les ouvrages'suivauts: de Bouille. ]Z,es drapeaux /'ra«eais.— Desjardins . Le drapeau français.

Le pavillon royal était blanc semé de fleurs de lys d'or et orné au milieu des armes du roi couronnées, avec supports de deux anges.

1. L'Assemblée nationale décréta, le 24 octobre 1789, qu'au simplecride Vive le roi. usité le matin et le soir et dans toutes les occasions importantes, on substituerait celui de Vivent la naiio7i, ta loi et le roi.

2. Les navires marchands qui, jadis devaient porter à leur poupe un pavillon bleu à croix blanche, avaient été autorisés, en IVtio, à porter le pavillon blanc en y joignant une marque apparente et quelconque qui put les distinguer des navires du roi H pour remplacer une foule de pavillons divers que les restrictions des ordonnances avaient fait naitre ». Un pavillon marchand était rouge à fleurs de lys, un autre à bandes horizontales blanches et bleues,

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dit V Encyclopédie ; si on l'amène tout bas, il est de la plus grande humilité et même avilissant, aussi les nations ne se soumettent pas à cette manière de saluer » ; elles avaient, en effet, admis déjà l'usage de saluer à coups de canon, salut beaucoup plus « majestueux », ajoute l'Encyclopédie. Mais la question délicate était de savoir qui, dans une rencontre de navires, devait commencer à tirer les salves d'artillerie. Le principe d'égalité des pavillons n'avait pas encore prévalu, les Anglais notamment avaient affiché la prétention d'être toujours salués les premiers et, dans l'impossibilité d'établir un règlement de préséances internationales, l'échange de politesses entre les marines européennes n'allait pas sans soulever de grosses difficultés.

Il y avait des catégories d'États et des mesures particulières pour chacune d'elles. Les « places des roys », les places d'Espagne, de Savoie, les navires des « moindres » États et de Malte avaient des traitements différents. Les instructions remises aux capitaines détaillaient donc avec précision les procédés à employer vis-à-vis des étrangers : « Vous saluerez, disait le ministre tous les vaisseaux des têtes couronnées portant un pavillon ou autre marque de commandement. Cependant vous ne saluerez pas les vaisseaux anglais quelque pavillon qu'ils portent et vous ne leur demanderez pas le salut. Il en sera de même pour les places de la domination du roi d'Angleterre, si vous êtes obligé d'y entrer. A l'égard des vaisseaux particuliers du roi d'Espagne, vous n'en exigerez pas le sa-

lut, Sa Majesté ayant jugé que, pour prévenir les discussions qui pourraient survenir à l'occasion des saints, il était à propos que, dans les circonstances présentes de l'étroite union et de l'alliance des deux couronnes, les commandants des escadres et des vaisseaux de l'une et de l'autre qui porteraient des pavillons égaux ne se demandassent et ne se rendissent aucun salut. » Ainsi nous nous abstenions de saluer les Espagnols et les Anglais, les uns parce qu'ils étaient nos alliés, les autres parce qu'ils étaient nos rivaux héréditaires.

C'est d'ailleurs à l'abolition des saints en pleine mer que tendaient les puissances maritimes, ainsi que le stipule un traité entre la France et la Russie du 11 janvier 1787 : « Les hautes parties contractantes sont convenues de déclarer qu'à l'avenir les saints n'auront plus lieu ni en mer ni à l'entrée des ports, entre les vaisseaux des deux nations, de quelque espèce qu'ils soient et quel que soit le grade des officiers qui les commandent. »

L'aspect général des navires de guerre à la veille de la Révolution était fort satisfaisant, en dépit des couleurs un peu contrariées dont on peignait la coque : le fond de celle-ci était blanc, coupé vers la flottaison et vers le plat-bord par des bandes noires, les lignes de batterie étaient jaune chamois, les sabords rouges, l'entourage de la dunette bleu clair. Dans ce bariolage le rouge dominait; on en recouvrait les afTùts des canons, les cabestans, les râteliers et les divers accessoires de la manœuvre. La mâture était élégante et gracieuse. Aux jours de fête, les vergues « s'empavillon-

naient », puis sur les côtés du navire, sur son arrière, sur l'entourage des hunes, à bâbord comme hstribord^ on établissait les pavois, longues bandes de drap ou de toile, de couleur bleue, parsemées de fleurs de lys jaunes.

Les vaisseaux péchaient toutefois par la tenue intérieure, peu en harmonie avec ces élégants dehors. La propreté extrême, qui n'est pas seulement une coquetterie de nos navires modernes, qui est aussi la sauvegarde de la santé et de la vie du personnel, était alors inconnue sur nos flottes. Je me hâte d'ajouter qu'elle était également ignorée sur la plupart des flottes des autres nations. Quand l'escadre espagnole était venue à Toulon au début de la guerre de la succession d'Autriche, elle avait stupéfait les autorités du port par le délabrement de ses navires. On y manquait de tout, « les équipages n'avaient qu'une chemise pourrie sur le corps - ». Sans arriver à un pareil état, nos navires laissaient souvent à désirer. D'après les usages admis on ne procédait à la toilette des bâtiments que le dimanche, lorsqu'il faisait beau. Les autres jours on lavait les gaillards, quelquefois la batterie haute, sans pour cela dépendre les hamacs où couchaient les hommes. Un matelot, paraît-il, se fût cru aux galères si on eût exigé de lui plus de soins, si on l'eût obligé à mieux entretenir la batterie ou le faux pont qui était tout son logement. L'auteur à qui j'emprunte ces détails, imprimés en 1818, ajoute : « Le dernier marin d'au-

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