I. 2 août 1770. Arcinves de ta marine
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demeurent pas moins gens du même monde qui, la plume à la main, retrouvent leur égalité sociale et peuvent échanger toutes leurs idées sans contrainte. Voyez d'abord la formule de salutations qu'emploie le ministre chaque fois qu'il écrit à ses subordonnés : « J'ai l'honneur d'être, messieurs, avec un sincère attachement votre très humble et très obéissant serviteur... » Oh ! l'aimable courtoisie à présent perdue * ! Voyez ensuite les réponses qu'il reçoit et celle-ci entre mille... « Les observations, les réflexions que j'ai eu l'honneur de vous faire ont été dictées par mon zèle ; chacun a sa façon de voir, car on ne peut maîtriser ses opinions, nulle complaisance ne fera varier la mienne, surtout quand je la croirai contraire au bien du service. » Ainsi parle l'intendant de Toulon, M. de Lombard^. Son successeur Malouet n'est pas moins pénétré de son devoir de tout dire : en 1783, à propos de l'ordonnance nouvelle sur les classes, voici ce qu'il écrit au ministre : « En vous exposant mes sentiments, je crois. Monseigneur, vous rendre ce que je vous dois. Quoique vous ne me demandiez pas mon avis, il me semble que dans un nouveau système d'administration, il importe au ministre, non seulement d'être obéi, mais encore de connaître l'esprit et les dispositions de ceux qui obéissent, afin qu'il puisse distinguer les difficultés qui naissent de la chose même ou les obstacles de la mauvaise
1. Un de nos minislrcs récents a supprime dans la correspondance de tout ?on département la formule de salutations très banale qui terminait cliaque missive. Ce ministre était certes un utilitaire, était-il bien dans la tradition française ?
i. Lettre du 17 février 1770. (Archives de la marine.)
volonté et de Tintérêt personnel. » N'est-ce point là le langage de l'homme indépendant qui se confie en toute liberté au chef dont il dépend, pour lui dévoiler son entière pensée? Remarquez maintenant avec quelle lierté ce même intendant riposte aux reproches du ministre : i Vous voulez bien adoucir vos reproches en reconnaissant la pureté de mes intentions; cependant elle serait moins facile à justifier si j'avais osé, comme vous le paraissez croire, changer vos états de distribulion selon ma volonté. Je n'ai point de volonté. Monseiseigneur, à opposer à celle du roi et à celle de son ministre'. > Ce ton plein de noblesse, où se montre une éducation si parfaite, n'est point spécial à tel ou tel personnage, il est habituel à messieurs du grand corps. Lisez cette lettre écrite au maréchal de Castries, le 30 octobre JT81, par le lieutenant de vaisseau de Grandchain qui, proposé pour le grade de capitaine après un combat dont il avait grandement assuré le succès^, se trouvait injustement laissé de côté : « J'ai résigné sans regret les emplois dont j'étais chargé en des mains plus habiles et dont les services seront sans doute plus agréables et mieux récompensés que les
1. Lellre du 3 mars 1783. {Archives de la marine.) Voici une aiilro lellre lie Malouet très caractéristique : « ("e n'est pas mon inlcrcl. mais celui du ser\ic(; el le vôtre même, j'ose le dire, qui me font examiner et discuter des incon\cnienls dont je ne suis pas responsable. Ce n'est pas ma volonté que je peux opposer à la votre. J'ai assez vécu avec les hommes et les affaires pour savoir que toute difficulté dcplait, et qu'un subordonné ne peut se permettre en ce genre que ce que la raison et le devoir lui commandent, .l'ajoute maintenant. Monseigneur, que quand j'en serai à l'exéculiim. il ne tiendra pa-; à moi que tout iucon- >cnient disparaisse et qu'il n'y en aura sûrement aucun de mon fait. »
(15 février 1783.)