‹ La marine royale en 1789Chapitre 87 sur 92 · Souvenirs d'un amiral, p · texte numérisé non relu

Souvenirs d'un amiral, p

2. En 1789, or. en comptait 137 dans le monde entier, dont 22 en France, où des projets étaient dressés pour élever ce nombre a 40. (Voir Baohaumonl, 15 .nai 1787.)

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Los corsaires de certaines nations maritimes n'attendaient pas toujours le régulier et formel état de guerre pour attenter à la liberté de la mer. De là des tribulations, des aventures qui transformaient parfois les voyages les plus habituels en des pérégrinations bizarres, quelquefois tragiques. Dans la Méditerranée surtout, les voyages étaient féconds en désagréables surprises par la présence des corsaires barbaresques, algériens ou tunisiens, tous d'une hardiesse et d'une audace sans pareilles. Ne vit-on pas, en 1786, un corsaire à pavillon rouge louvoyer à l'entrée même de Toulon, comme pour narguer nos batteries de côte et nos vaisseaux de guerre?

A l'arrivée dans le port, les désagréments ne cessaient pas; de longues et fastidieuses quarantaines étaient imposées aux navires. Vingt-cinq jours à qui venait de Naples, trente-cinq à qui venait d'Alger, et si par malheur pendant cette fastidieuse relégation, on avait à déplorer la mort ou seulement la maladie d'un homme, les intendants de la santé n'hésitaient pas à doubler la quarantaine.

Puisque je parle des rigueurs de la vie de bord, dirai-je les défenses expresses renouvelées en 1765 d'avoir sur les navires des « tavernes » où quelques maîtres officiers-mariniers ou matelots avaient le droit de débiter vins, liqueurs ou tabac? Dirai-je aussi qu'en cette même année, l'interdiction avait été faite à nou-

1. Le vaisseau l'Orient, parti le 28 décembre 1778 de Brest, arriva à Port-I.oiiis le !"■ juin 1779. En 1747, M. d'Aclié partit pour Pondichory avec neuf vaisseaux, il mit onze mois pour arriver à destination. {Archives de la marine.)

veau d'amener des femmes à bord « pour y passer la nuit, même sous prétexte de réjouissances et de fête publique, et le jour pour plus de temps que la durée d'un repas ou d'une visite ordinaire ». Grâce à cette dernière tolérance, le célibat de la rade pouvait devenir moins austère que celui de la mer'. Mais sages étaient les ordonnances qui prohibaient à bord les séjours prolongés de la plus belle moitié du genre humain. La Fontaine l'a dit :

Deux coqs vivaient en paix, une poule survint Et voilà la guerre allumée...

Le mariage des officiers ne pouvait être célébré qu'avec l'autorisation du ministre. Il n'y avait pas, comme de nos jours, obligation pour la future d'apporter une dot dépassant un certain minimum ; mais une enquête se faisait sur la situation sociale de sa famille. Si le mariage projeté paraissait « sortable et avantageux », l'autorisation demandée était accordée. Au cas contraire, elle était refusée. Il arrivait souvent qu'à l'occasion de son mariage, un officier reçût quelque grâce du roi, quelque faveur du ministre, par exemple une position désirée, voire même un grade supérieur. On sollicitait ouvertement cette faveur comme une chose toute naturelle. Un sous-commissaire des classes demandait à prendre le titre de commissaire dans son contrat, et il ne craignait pas de dire au ministre que

1. M. de Vallongne qui, en 1782, fît sur la Gloire une si belle résistance contre VHectnr, avait dans ce voyage, installé sa maîtresse sur un vaisseau marchand qui le suivait, n'ayant pu se décidera se passer d'elle.

Mémoires du comte de Ségur, t, I"'', p. 208,

les parents de sa future mettaient cette condition à son mariage. Souvent il se passait de singuliers arrangements entre le ministre et les officiers sur le point de conclure une union. Un capitaine de vaisseau était-il sans fortune, et ne pouvait-il donner aucune dot à sa fille, il obtenait que son gendre, lieutenant ou major de vaisseau, serait avantagé. Pleville le Peley, capitaine de vaisseau et de port à Marseille, se retira du service, en 1789, « non par infirmité, dit-il dans un mémoire, mais pour céder son détail du port au sieur Viefville, parce qu'il épousait sa fille et prenait sa place pour dot, avec l'agrément du ministre et l'approbation du roi ». Les règlements permettaient de fumer sur le pont, mais seulement pendant le jour. Ils recommandaient aussi de ne pas négliger les distractions pour les équipages, de les tenir en « mouvements de gaieté », enfin d'employer tous les moyens c qui pouvaient contribuer à leur santé et à leur conservation » . Beaucoup d'officiers regrettaient, à ce propos, que l'usage se fût perdu sur nos vaisseaux d'avoir comme au xvi^ siècle et au wn*", des musiciens embarqués. « La danse, écrivait en 177G le capitaine de vaisseau Thévenard', les jeux populaires, le son d'instruments bruyants distrayent et chassent de l'esprit les idées tristes et noires ^. » Le commandant de la Reconnaissance en 1787. cnvovait

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