‹ La marine royale en 1789Chapitre 90 sur 92 · LA JIAIUNE ROYALE EN I78'J · texte numérisé non relu

LA JIAIUNE ROYALE EN I78'J

enfants de la roture marchaient, dans le cours de leur carrière, du même pas que les fils de la noblesse, L'acheminement des uns devait être à n'en pas douter plus lent que celui des autres : les privilégiés sont de tous les temps ; mais, quel progrès que l'accession régulière des fils de la bourgeoisie aux honneurs et au:c prérogatives réservées naguère aux seuls descendants de la noblesse.

L'organisation intérieure était bonne, la répartition de la flotte et du personnel en neuf escadres stationnées dans les ports devait assurer la prompte disponibilité des forces navales et permettre, point essentiel, de devancer l'Angleterre dans ses préparatifs, ainsi que la preuve s'en fit du reste en 1787.

Quant au commandement, quant aux cadres, ils donnaient toute satisfaction. Jamais la marine n'avait subi les maux dont l'armée avait eu tant à souffrir, ni la vénalité des emplois, ni le népotisme scandaleux, ni l'ingérence des favorites. La noblesse de la Cour qui eût apporté avec elle ses intrigues, sa légèreté, sa corruption même, ne se souciait pas de naviguer, de s'expatrier. C'est la petite noblesse de province, en particulier la noblesse des régions maritimes, qui fournissait à la flotte son contingent héréditaire d'officiers solides, dévoués, presque tous sans fortune et n'ayant d'autre voie que le service du roi pour arriver à faire dans le monde honorable figure. Avec le temps, le goût des études scientifiques leur était venu, le cercle de leurs connaissances s'4tait élargi, ils avaient fondé une Académie de marine qui comptait parmi les premières

sociétés savantes et ils passaient pour être les plus instruits des marins de l'Europe. Le côté pratique n'était pas néglige non plus et à côté d'excellents artilleurs on trouvait des manœuvriers d'élite sachant faire évoluer un navire avec un art consommé.

Joignant à tant de mérites divers une bravoure à toute épreuve, les capitaines de la période de Louis XVI pouvaient inspirer confiance . Beaucoup avaient à raconter une victoire remportée par eux de vaisseau à vaisseau, de frégate à frégate, au cours de la dernière guerre. Attachés à leur devoir, ils souffraient, les premiers, des fautes commises par quelques-uns des leurs dans certains combats, et ils étaient tout prêts à laver ces taches par un héroïsme dépensé sans compter. Les officiers subalternes, formés à leur école, ne leur cédaient en rien ; chacun d'eux pouvait fiussi redire un glorieux fait d'armes auquel il avait pris part. Leur courage s'alliait à une grande noblesse de sentiments. Imbus des traditions d'une profession de famille, ils ne vivaient que pour porter l'épée sur mer, ils étaient « moins des officiers que les membres d'un grand corps militaire engagé d'honneur envers le souverain et envers le royaume à protéger nos côtes ' ».

Les matelots commandés par de tels chefs avaient, durant la guerre d'Amérique, accompli maintes prouesses. L'audace, la ténacité, l'intrépidité étaient leurs vertus habituelles devant l'ennemi. A l'abordage ils se montraient pleins de fougue, et les Anglais son-

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