‹ La Marne en feuChapitre 11 sur 34 · LE THEATRE DU DRAME · texte numérisé non relu

LE THEATRE DU DRAME

« Il n'y a pas de plus bel excès que celui de la reconnaissance », dit La Bruyère, cité par Fernand Laudet au début du rapport qu'il adressait au Comité constitué sous la présidence de M*'' ïissier, évoque de Ghàlons, pour ériger sur les champs mêmes de nos victoires un monument comm.imoratif des deux Marne. On sait que, sur les indications du maréchal Foch, le choix du Comité s'est porté S4ir Dormans, « considéré comme le lieu synthétique des deux batailles libératrices ». S'il ne s était agi que delà première Marne, le choix sans doute eût été autre. Et c'est sur les crêtes boisées qui dominent les Marais de Saint-Gond que se fût élevée « la Chapelle delà Reconnaissance».

C'est que nous sommes, dans ces Marais, au nœud stratégique du drame. Nulle part la poussée ennemie ne s'exerça sur notre ligne avec autant de violence : à travers ces prairies tremblantes l'élite des troupes allemandes, les régiments de fer de la Saxe, la Garde prussienne elle-même, considérée jusqu'alors comme invincible, foncèrent pendant cinq jours, en formations massives, sur les minces effectifs de la 9» armée, avec le dessein arrêté de

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crever notre centre, de nous rejeter on deux tronçons sur la Meuse et la Seine, de prendre l'arls et Verdun à revers. Le plan faillit réussir : au soir du 8 se[)tembre, l'aile droite de Foch était disloquée ; nous lâchions, en même temps que la Somme champenoise, la rive méridionale des Marais. Le merveilleux « allant » de Franchel d'Espérey, qui, à notre gauche, violentait la victoire et l'arrachait à l'ennemi sur les champs mêmes de l'épopée napoléonienne, et une admirable et suprême manœuvre tactique de Foch en direction de Fère-Champenoise et d'OEuvy, rétablirent la situation. Dans la nuit du 9. les troupes sa.xonnes se repliaient sur Norniée ; la Garde avait pris les devants et, dés 3 heures de l'aprés-midi, sans attendre l'attaque de Foch, bouclé ses sacs et repassé les Marais.

Les voici devant nous. Ils s'étendent de l'Est k l'Ouest sur près de 18 kilomètres de long; mais ils n'ont qu'une largeur moyenne de. l'.OOO mètres. Sur la carte, ils apparaissent ramiliés, digités comme une algue : ils jettent un bras vers Coligny, un autre vers Broussy-le-Grand, un troisième vers la Gravelle. Leur configuration est moins facile à saisir sur place, à cause des grandes colonnades de peupliers en bordure sur leurs chaussées et sur les deu.x rives du Pelit-Morin qui les traverse dans toute leur longueur, comme le Rhùne traverse le Léman, mais sans se confondre avec eux : son fossé peu profond, creusé droit jusqu'à Anglure, où il fait un coude vers Saint-Prix, est la seule ligne d'eau qu'on aperçoive nettement ; tout le reste est couvert par la forêtdes roseaux.

1. l'uur loul ce qui concerne celle bataille ilu centre, je me

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Il y eut là, vraisemblablement, aux premiers àgcs du globe, un vaste réservoir central, une sorte de petite Méditerranée champenoise, dont le bassin n'est plus dessiné qu'en partie par la ligne rompue des collines : les seuils se sont abaissés; certaines articulations isolées, comme le Mont-Aoùt, qui devaient se rattacher primitivement au système, s'en sont séparées à la longue. L'eau s'est frayé un chemin par ces brèches, et le grand lac de l'époque quaternaire est devenu un marécage.

Mais l'activité qu'il avait suscitée sur ses berges s'atteste encore aux riches dépôts préhistoriques du sous-sol. Us afileurent en certains endroits. « A chaque instant, dit M. Roland, le regard du promeneur est attiré par des éclats de silex qui portent la trace du travail de l'homme primitif. » S'avise-t-on de gratter l'humus, d'y donner un coup de pioche? On y rencontre aussitôt « les marques du séjour de cet ancêtre : foyers, puits à silex, trappes, ossements, débris de poterie, etc. ».

M. Roland, sans grande peine, a pu réunir de la sorte, dans les salles de la mairie de Villcvenard, une collection très précieuse et peut-être unique de poteries, nucléus, flèches, burins, grattoirs, haches, colliers, etc., de l'époque néolithique. Ce simple instituteur de campagne est un archéologue de premier ordre. 11 a fouillé je ne sais combien de stations et d'hypogées. Sa grande terreur, pendant roccu|)ation ennemie, était qu'on ne déménageât son petit musée : l'ennemi n'en a i)as eu le temps. 11 l'a môme enrichi, sans le vouloir, d'une section

perniel» de renvoyer le lecteur h mon livre : Les Marais de Saiul-Gond {V\on, édit.)

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