LE THÉÂTRE DU DKAME
nouvclU% en défonçant, à l'aide dun de ses obus, près d'Oyes, le plafond d'une grotte funéraire insoupçonnée des chercheurs. Les pièces trouvées dans la grotte : couteaux de silex, haches en pierre polie, coquillages de nacre, bélemnites, etc., figurent aujourd'hui dans le musée de Villevenard sous cette rubrique originale ; « Mobilier funéraire d'une grotte effondrée par un obus allemand à Oyes, lieu dit la Crayère. » Et c'est bien peut-être la première fois qu'un projectile boche a fait œuvre intelligente.
D'année en année, les Marais se rétrécissent. Peut-être finiront-ils par s'assécher complètement. Il semble bien, par exemple, qu'au temps des invasions barbares leurs tourbières s'étendaient jusqu'au pied du Mont-Aimé. La tradition locale veut qu'Attila, dans sa fuite, y ait laissé tomber son « casque d'or » ; mais il ne fuyait pas vers l'Ouest et c'est vraisemblablement un peu plus loin, vers Chàlons, qu'Aétius et les Armoricains accourus sous ses aigles lui infligèrent la sévère leçon qui le décida à repasser la Marne et qui n'est pas sans analogie avec celle que « notre » Joffre infligea plus tard, sur les mêmes rives, aux hordes de son successeur.
Entre temps, un saint ermite du vu" siècle. Gond ou Gaond, qui a donné son nom aux Marais, s'était avisé de les purger de leurs hydres et, pour ce, y avait jeté les fondements d'un monastère, dont se voient encore les débris. Le moutier, à la fois lieu de prière et colonie agricole, était sous l'invocation de saint PierreT 11 couvrait sept arpents, qui formaient comme un Ilot au milieu des Marais. Mais les grenouilles tout autour y menaient toi tapage
f|uc Gond diil recourir au ciel pour leur imposer silence. « On assure, écrivait au xviii» siècle l'auleur des Mémoifes de Champcuine, qu'encore que ce monastère soit au milieu des marais, on n'y entend jamais qu'une seule grenouille, ce qu'on attribue aux prières du saint. » Le monastère tombé, ces bruyants batraciens ont recouvré la voi.x et ils prennent si bien leur revanche aujourd'hui qu'à certaines heures du printemps, les Marais ne sont plus qu'un immense coassement.
Cependant l'œuvre du saint n'a pas toute péri '■ l'exemple de cet antique précurseur de nos défricheurs modernes a porté d'heureux fruits ; les drainages dont il avait donné le premier modèle se sont multipliés, et, peu à peu, les Marais se sont assainis, la fièvre en a disparu. Avant la guerre, vingt petites bourgades, plus jolies les unes que les autres, agenouillées autour du palus, comme des lavandières, y menaient un assourdissant concert de battoirs et de caquets ; sur les pentes des « eûtes », au soleil, les grappes mCirissaient ; en automne les faucheurs entraient vaillamment dans les Marais et, de leur grand geste circulaire, abattaient les roseaux pour en faire de la litière au bétail ; en quelques endroits, la tourbe, plus consistante , fournissait un excellent combustible d'hiver. C'était l'aisance, presque la richesse. Les églises, de pur style roman presque toutes, avec de belles grilles en fer forgé du xviu» siècle, témoignaient, malgré leur abandon, d'une certaine persistance de la vie spirituelle.
Le 0 septembre 1914 au matin, les dernières troupes françaises, traversaient les Marais. A midi ordre leur arrivait d'en tenir les débouchés et la