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LA PREMIÈRE PHASE DE LA LUTTE

Jusqu'au 4 septembre au soir, nous le savons, il était dans les intentions de Joffre de se replier jusqu'à l'Aube et à la Seine. Toutes ses dispositions avaient été prises pour engager l'offensive sur cette ligne vers laquelle il faisait converger les renforts et les convois de ravitaillement'. Dans la nuit, après trois longues conversations téléphoniques avec Galliéni qui le pressait de saisir l'occasion et d'avancer la date de l'offensive, Joffre improvisa l'ordre général du 4 septembre au soir, qui, porté à la connaissance des chefs d'armée vers dix heures du matin, détermina dans l'aprèsmidi du 5 le brusque arrêt de la retraite, mais seulement pour les armées alliées d'extrême gauche.

Si l'insistance de Galliéni fut absolument heureuse, si nos chances de succès n'eussent pas été plus grandes sur l'Aube et sur la Seine, si la menace même que dirigeait la 6» armée sur le

1. Il est vrai que, suivant le général H. I.e Gros (la Geuf-se de la bataille de la Marne). • si, mettant son plan à exécution, le général Joffre s'était retiré derrière la Seine et l'Aube, jamais il n'aurait pu les repasser. » Mais on ne voit pas bien clairement noui-quoi ce qui aurait été possible sur la Somme. l'Aisne ou la Marne devenait soudaincmtnt impossible sur la Seine et l'Aube.

LA l'UEMlKHE PHASE DE LA LUTTE bJ

flanc de Kluck n'eût pas été plus efficace en ne se prononçant quaprès que celui-ci eût été complètement engagé dans le couloir de l'Ourcq, c'est la question que nous nous sommes posée plus haut ot que nous n'avons pas osé trancher catégoriquement. Kluck, quoi qu'il en soit, eut le temps de resserrer sa ligne trop distendue : l'attaque de Mauiioury agissait ,gur lui, selon le mot célèbre, à la façon d'une ventouse. Mais il faut bien reconn'altre aussi que, par cet « elTet de succion », larmée anglaise se trouva dégagée et qu'il ne dépendit ni de Galliéni — ni de Joffre — qu'elle n'en profitât pas plus sérieusement et ne devînt un élément actif de notre victoire ; Franchet d'Espérey du moins, libéré de la menace qui pesait sur son flanc, put opérer en toute sécurité contre les corps de Bùlow, et Foch lui-même, qui avait sur les bras une partie de ces corps (dont presque toute l'infanterie de la Garde) et un bon tiers de l'armée von Ilausen, put résister jusqu'au bout à la pression formidable de ces troupes délite agissant en coin pour rompre l'unité du front français.

Le 5 au soir, Kluck touchait Esternay : Bùlow, Bayes ; Hausen. Sompuis. Heureusement pour nous l'ennemi ne s'était pas avancé partout du même pas et, d'Esternay à Sompuis, sa ligne affectait une forme presquecirconflexe. Dans la matinée du D notamment, alors qu'il pouvait enlever sans coup férir les Marais, puisque nous nous repliions vers l'Aube, il s'était arrêté devant cette grande tranchée de dix-huit kilomètres, se bornant à lancer des avant-gardes aux deux extrémités, sur Morains et 8aint-Prix '.

I . On sait aujourd'hui le pourc|uoi de ces hésitations, qui ino- <'.U. I.f fîoiFii:. ij

6G LA ilAHNE RN FEU

Nous |)ùmes de la sorte occuper fortement, dans laprôs-midl, les débouchés méridionaux des Marais. La 42» division (Grossetti) s'établit à gauche, de la Villeneuve à Chapton, sur les crêtes boisées de la Branle, do Montgivroux et de Mondement ; le 9« corps (Dubois) le long des Marais, dOyes à Morains : le 11» corps (Eydonx), le long de la Somme champenoise, de Morains à Sommesous ; la 9" division de cavalerie (de l'Espée) faisait la liaison vers Mailly avec la 4« armée ; la 32» (Battesti) et la 60^ (Joppé) divisions demeuraient provisoirement en réserve, lune sur la ligne du Mont-Août, l'autre sur la ligne de la Maurienne...

Dans la dernière phrase de son ordre du 4, Joffrc avait nettement spécifié que l'arrêt de la retraite et les diverses positions assignées aux troupes pour le 5 n'étaient qu'une préparation à l'offensive générale. Cette offensive, précisait-il, devait être déclenchée « le 6 septembre dès le matin ». Et il parait bien, quoi qu'en ait dit lEtat-Major allemand, qu'elle ait été une véritable surprise pour l'ennemi, bien loin que celui-ci nous ait inviosé son initiative. Ses combinaisons en furent sensiblement dérangées, sa désorientation évidente pendant les deux premiers jours de la bataille, d'autant que. pour ajouter à la confusion, lui-même, le 5 septembre, avait vu tout son plan initial bouleversé par les nouvelles instructions de Moltke : au lieu de continuer à pousser dans le Sud, il lui était intimé « de disposer contre le front est de Paris et

venaient, comme on le verra plus loin, du changement apporté par l'O. H. L., le ^ scplemljre, à 8 h. 30 du malin, aux directives de Biilow et de Ivluck. El, là-dessus au moins, Biilow est fondé à décliner toute responsabilité.

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