‹ La Marne en feuChapitre 18 sur 34 · I. V. mefl Mariii.idc Saitil-Gond (Pion, édit · texte numérisé non relu

I. V. mefl Mariii.idc Saitil-Gond (Pion, édit

78 I.A MARNE EN l'EL'

— Ce sera le carré de Waterloo, dit-il à ses hommes. Nous avons un drapeau à défendre. Nous resterons ici jusqu'au dernier.

— Oui, chef ! Oui, chef ! crient ses hommes, gagnés par sa merveilleuse ardeur.

Sûr de lui, de sa supériorité tactique, l'ennemi s'avançait en formation de marche sur colonne par quatre.

— Laissez-le approcher, dit Guerre.

Et, seulement quand l'ennemi fut à bonne portée, il commanda le feu. Les Boches, surpris, se débandèrent, mais pour revenir avec une batterie de 77, qui s'installa à cinq cents métrés du bois. Nos rangs s'éclaircissaient, le bois devenait intenable. Alors Guerre décida qu'on tenterait une sortie.

— Je partirai le premier avec ma section, dit-il. Si je réussis à passer, suivez-moi. Si je tombe, comme c'est probable, prenez par un autre cAté avec le drapeau.

Il partit, mais n'alla pas loin. Contrairement à ses ordres, ses hommes se serraient autour de lui. au lieu de s'espacer. Une salve de mitrailleuses les faucha. L'adjudant Ferdor et le sergent Sauzeau, qui avaient pris le commandement des autres sections, furent plus heureux et réussirent à traverser les lignes ennemies avec le drapeau. Partis cent vingt, ils n'étaient plus qu'une trentaine en arrivant. De la garde môme du drapeau, il ne restait que le sapeur. Ce fut lui qui, le soir, eut l'honneur de remettre le glorieux emblème au colonel du régiment.

I^e reflux du H" corps avait été si brusque que ni la division Lefèvre ni la division Joppé n'eurent le temps de se ressaisir. La 32» brigade notamment,

qui bivouaquait sur la route de Fère-Champenoise à Normée, derrière la division Pembet, fut presque entièrement détruite ou faite prisonnière. « Sa sCireté rapprocliée, ses liaisons avec le 11° corps no purent-elles fonctionner? demande Dubois. Comment, au bruit de la fusillade, au passage des fuyards, les régiments ne se déployèrent-ils pas ou ne s'échelonnèront-ils pas ? » Il est malaisé encore de le dire. Mais l'ébranlement de la ligne était tel qu'il se communiquait bientôt aux troupes mêmes du 9" corps. « Vers 4 h. 30, écrit le témoin précité, un violent incident se produit à la droite du général Moussy. Des unités en désordre appartenant au il» corps (291^ 29:2'' et 65» d'infanterie) refluent dans le secteur du 90« et dans les batteries de l'artillerie de la 17» division. Pour rétablir la situation, Moussy engage les éléments disponibles du 90» et garnit avec un bataillon de ce régiment les lisières du bois à lest du Ghampdc-Bataille '. Mais la brigade de droite (Doursoult) de la 52» division se laisse entraîner par les unités en désordre du 11» corps et découvre entièrement le flanc de la 17» division ». Moussy se voit contraint de replier sa droite, et ainsi l'ordre donné par Foch, à 7 h. 30 du matin, de Pleurs, au 9» corps, de se lier étroitement avec le 11» corps el la 18« division vers Fère-Champenoise pour occuper et maintenir cette ville « à tout pri.x », est à peu près rendu inexécutable. Le 11» corps, d'ailleurs, totalement désagrégé, et la 18» division, réduite à la brigade Guignabaudet, n'avaient plus que des squelettes d'effectifs ; la 60» division, rejetée

f. Lieu dit, au sud de Morains-le-Pelit, dont le doid vient du combat soutenu en 1814 par les gardes nationaux de Pacthod.

de Sommesous, ne valait guère mieux. A lu lieuies du matin, clairons et fifres en tôle, la 1" division de la Garde faisait son entrée dans Fère' et ce qui restait de notre aile droite, brisée, s'abattait au sud de la Maurienne*.

Lesquelquesgainstactiiiuesque la42«D. I. etla division marocaine avaient faits à notre gauche étaient loin de compenser la perte de la ligne de la Somme et

t. tîaJJo (le Biiluw capli'' par noire service iIp rpiisoigncnienls : « 11» armée (lu G. Q. G., 8 septembre, 11 li. 45. — l,a 1" division de la lîarde est déjà à Fère-Cliainpeuoise. Une action ëoerj^ique est demandée à la 'i'' division de la Garde, la droite à Connantre. l/eunemi cherche à envelopper la droite de la II" armée. Je n'ai plus de réserves ». ,

2. Chose curieuse, cent ans plus tôt, les mêmes lieux avaient été les témoins d'une surprise et d'une déroule semblables do nos armées. •( Le 25 mars lffl4, un combat eut lieu non loin de Lenharrée. La veille, Marmonl, partant de Vertus, et Mortier, parlant d'Etog;es, dans le but de rejoindre Napoléon aux environs de Saint-Dizier, arrivèrent le soir, le premier à Soudé- Sainle-Croix, le second à Vatry ; leurs troupes, fortes d'environ 30.000 hommes, étaient échelonnées entre ces deux villages. El tout à coup, le 2.'j au malin, alors que Mortier, assez inquiet, arrivait à Soudé réveiller Marmonl, les divisions françaises lurent inopinément aUai|uées par les troupes alliées. Repoussées au delà de Sommesous, elles se reformèrent en bataille sur la hauteur au-dessus de Chapelaine jusqu'à Vaurefroy. Malgré une vigoureuse résistance, elles durent évacuer la position, se retirant, la droite sun Connantray, la o;auche sur Lenharrée. Le général russe, Phalen, à la tète de la cavalerie légère, débouchant sur Lenharrée, s'einpai'a de quatre canons (dont une épave, un caisson d'obus de fi pouces, se voit encore à Lenharrée chez M. Arthur Félix), culbuta nos cuirassiers et mit en déroule les dragons du général Roussel, qui, envoyés au secours, furent pris de panique el se sauvèrent jusqu'à Connantray. Il était alors 1 heures de l'après-midi : un violent orage accompagné d'une pluie lorreutielle, battant les hommes au visage, vint compléter le désarroi des troupes françaises, qui s'entassèrent dans le détilé de la Vaure à Connantray, y abandonnèrent caissons et canons, traversèrent Père-Champenoise et se retirèrent sur les hauteurs d'Allemant, tandis que les alliés occupaient un demi-cercle s'étendant de Broussy-le-Grand à Pleurs. Telle fui la journée du 2.'J mars ». {Histoire de Lenharrée par Th. -P. lirisson, éditée el complétée par l'abbé A, Millard).

LA VICTOIHE 81

la chute de Fère, mais ils nous donnaient du moins toute sécurité pour l'une de nos ailes que Franchet d'Espérey d'ailleurs, avec cet esprit de camaraderie qui est peut-être la plus rare des vertus militaires, consolidait spontanément en ordonnant au général Deligny d'appuyer à droite sur Charleville et la rue Lecomte '. Cette sécurité, l'apparente inaction de l'ennemi à notre centre, allaient être immédiatement utilisées par Foch. Dubois s'était étendu sur la gauche avec le 77» pour soutenir l'attaque conjuguée d'Humbert et de Grossetti. « Vite, lui crie Foch, portez à droite toutes vos forces disponibles, même celles du centre qui n'ont rien à faire. » Et, à peine le mouvement exécuté, tandis qu'un élément .de la 18» division, le 114", disputait ùprement à Kirchbach le passage de la Maurienne et l'arrêtait devant la cote 128, il déclanchail sur Fère-Champenoise, avec les débris du 11° corps, la 52° division et les éléments disponibles de la 17», une première contre-offensive qui n'emportait pas la position, mais qui empêchait du moins la Garde d'en déboucher. Dans la soirée encore, il reprenait le bombardement de Fère. Visiblement l'ennemi avait donné le plein de son effort et, quoique Biilow, avec une sûreté de coup d'oeil remarquable, eût mis à profit l'affaiblissement de notre centre pour y diriger dans l'aprés-midi une attaque vigoureusement conduite qui lui rendit toutes les positions que nous hii avions enlevées le matin, il lui fallait bien reconnaître en fin de journée qu' « un succès décisif n'avait pas encore été obtenu par la II« armée* » .

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