Instruction générale n" 4 'du l''' septembre
I. — Maison- 1('3 succès lactii|ues obtenu» par les 3", 4° oL S"-' ai'tiiéns dans la rc'-gion de la Meuse cl à Guise, le nniuvenieiâl débordant effectué par l'ennemi sur l'aile gauche de la S' armée, iiisuflisammenl arrêté par les troupes anglaises el la 6° armée, oblige l'ensemble de notre dispositif ù pivoter autour de notre droite. Dès que la 4' armée aura échappé à la menace d'enveloppement prononcée sur sa gauche, l'ensemble des 3«, 4" et 5» armées reprendra l'offensive.
II. — Le mouvement de repli peut conduire les armées à se retirer pendant un certain temps dans la direction générale nordsud. La 5' armée à l'aile marchante ne doit en aucun cas laisser l'ennemi saisir sa gauche ; les autres armées, moins pressées dans l'exécution de leur mouvemeut, pourront s'arrétcT, faire
destiné aux troupes, se bornait à la simple constatation du repli, mais en y ajoutant un certain nombre de prescriptions impératives propres à rassurer les impatients et à leur montrer que la pensée du chef, constante avec elle-même, n'avait varié que sur la date où elle devait recevoir son exécution : « Une partie de nos armées, disait ce document,
face à l'ennemi et saisir toute occasion favorable pour lui infliger un échec. Le raouvcrnenl de chaque armée doit toutefois être tel qu'il ne découvre pas les armées voisines, et les commandants d'armée (ievroul conslaramenl se communique^ leurs intenlions, leurs mouvements et leurs renseignements.
m. — Les lignes séparaiil les zones de marche des JilTérentes armées sont les suivantes : Ejitrc la fi' et la 4° armée (détachement Foch) : route Reims-Epernay (à la 4^ armée), route Montmort-Sézaiine-Romilly (à la o" armée). Entre la 4" et la .i" armée, route (irandpré-Sainle-Menchould-Kevigny (a la 4" armée). Dans la zone alTeclée à la 4° armée, le détachement d'armée du général Foch se tiendra en liaison coaslante avec la ^0 armée ; l'intervalle compris entre ce détachement et le gros de la i° armée étant surveillé par les 7" et 9» divisions de cavalerie, relevant de la 4° armée et appuyées par dos détachements d'infanterie fouinis par cette armée. La 3° armée effectuerait son mouvement à l'abri dos Hauts-de-Meuse.
IV. - On peut envisager comme limite du niouvemeul de recul, et sans que celle indication implique que celte limite doive être forcément atteinte, le moment où les armées seraient dans les situations suivantes : \in corps de cavalerie de nouvelle formation, en arrière de la Seine, au sud do Bray ; 5° armée en arrière de la Seine, au sud de Nogent-sur-Seine ; 4° armée (détachement Foch), en arrière de l'Aube, au sud d'Arcis-sur-Aube ; 4° armée (gros) en arrière de l'Ornain, à l'est de Vitry ; 3° armée (au nord de Bar-lc-l)uc). La 3' armée serait, à ce moment, renforcée par les D. R. qui abandonneraient les Hauls-de-Mouse pour participer au mouvement offensif. Si les circonstances le permettent, des fractions des 1'" et 2' armées seraient rappelées en temps opportun pour participer il l'olfensive ; enfin, les troupes m'^biles du Camp retranché de f'aris pourraient également prendre part à l'action générale. Le général commandant en chef, signé : Joffre. — P. A. L'aidemajor général. Signé : Belin.
Note pour les commandants d'armée !du 2 septembre).
Le plan général d'opérations, qui a motivé l'envoi de l'instruction n° 4, vise les points suivanls : a) Souslrairc les armées
se replient, pour resserrer leurdispositif, recompléter leurs effectifs et se préparer avec toutes chances de succès à l'offensive générale que je donnerai l'ordre de reprendre dans quelques jours.
« Le salut du pays dépend du succès de cette offensive, qui doit, en concordance avec la poussée de nos alliés russes, rompre les armées allemandes que nous avons déjà sérieusement entamées sur différents points.
« Chacun doit être prévenu de cette situation et tendre toutes ses énergies pour la victoire finale.
« Les précautions les plus minutieuses, comme les mesures les plus draconiennes, seront prises ])our que le mouvement de repli s'effectue avec un ordre complet, pour éviter les fatigues inutiles.
« Les fuyards, s'il s'en trouve, seront pourchassés et passés par les armes.
« Les commandants d'armée feront donner des ordres aux dépôts, pour que, d'urgence, ceux-ci envoient aux corps le nombre, très largement calculé, des hommes nécessaires pour compenser les pertes faites et celles à prévoir dans les prochaines journées.
à la pression de Tennenii cl les amènera s'organiser et à se fortifier dans la /.one oii elles s'établiront en fin de repli, t) Etablir l'ensemble de nos forces sur une ligne générale marquée par Pont-sur- Yonne, N'o>,'eut-sur-Seine. Arcis-sur-Aube, Briennele-Château, Joinville, sur laquelle elles se reconipU-leronl par les envois des dépôts, c) llenforcer l'armée do droite par deux corps prélevés sur les armées de Nancy et d'Kpinal. d) A ce moment, passer à l'offensive sur tout le front, e) Couvrir notre aile gauche par toute la cavalerie disponible entre Montereau et Meluu. /") Demander à l'armée anj;laise de participer à la manœuvre : 1° en tenant la Seine de Meluu à Juvisy ; 2° en débouchant sur le même front lorsque la 3' armée passera à l'attaque, yi Simultanément la garnison de Paris agirait en direction de Meaux. Le général commandant en chef, signé JolTrc. — P. A. Le naajor général. Signé : Belin.
« Il laut que les effectifs soient aussi complets que possible, les cadres reconstitués par des promotions, et le moral de tous à la hauteur des nouvelles tâches, pour la reprise du mouvement en avant qui nous donnera le succès définitif. » Signé : « Joffre. »
Quand nous ne posséderions pas les textes de l'instruction n<>4 et de la note n» 3463, l'ordre qu'on vient de lire suffirait à prouver que, dans la pensée du chef, l'ofTensive générale n'était pas renvoyée sine die, comme on l'a prétendu, mais reculée seulement de « quelques jours ». La sévérité de certains paragraphes de cet ordre n'était pas non plus chose si nouvelle et Joffre n'y faisait qu'appliquer à la troupe la doctrine qui lui avait dicté sa note de service du 13 août l'J14, lancée de Neufchàleau et concernant les généraux et chefs de corps :
« Dans les engagements partiels qui se sont produits jusqu'à présent, disait cette note qu'on trouvera publiée ici pour la première fois, nos troupes de toutes armes ont fait preuve des qualités d'endurance, de courage et d'entrain que nous attendions d'elles. Elles se sont montrées nettement supérieures à celles de l'ennemi et, presque toujours, nous avons obtenu des succès. Sur quelques points cependant, les résultats n'ont pas été conformes à ce que nous espérions : la faute en est uniquement imputable au commandement. J'ai déjà pris dos mesures et relevé de leurs fonctions un commandant de corps d'armée et deux commandants de division. Si vous avezccmslaté ou si vous constatez parmi les généraux et chefs de corps sous vos ordres la moindre défaillance, je vous prie de me signaler d'urgence ces officiers qui seraient immé-
diatement remplacés, sans préjudice des sanctions plus graves qui pourraient être prises contre eux. Dans les heures graves que nous traversons, il ne doit plus être question d'indulgence ; le succès complet ne sera obtenu que si les qualités de nos troupes sont exploitées par des chefs ayant du caractère et la volonté de vaincre à tout prix. Vous me signalerez également d'urgence les généraux ou chefs de corps qui ont déjà fait ou feront preuve de ces qualités, pour que je puisse immédiatement leur donner des lettres de commandement leur permettant, quelle que soit d'ailleurs leur ancienneté relative, de remplir les emplois qui deviendront vacants. » Signé : « Joffre. »
Le généralissime, on le voit, n'a pas deux poids et deux mesures. Impitoyable pour les soldats sans courage, il l'est également pour les chefs sans initiative ni autorité.
La retraite continue donc et se poursuivra jusqu'à ce que les troupes aient atteint une ligne générale fixée par la note 34G3 et « marquée par Pont-sur- Yonne, Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube, Briennele-Chàteau, Joinville ». C'est l'affaire d'une semaine au plus, temps compris pour s'installer solidement sur les nouvelles positions... A cette date du 2 septembre, qui s'annonçait comme devant èlre une date historique et qui fut une journée si « calme », il n'y aura guère à signaler pour le détachement d'armée, avec la nomination à titre provisoire du général Moussy au commandement de la 17' division, où il remplace le général Dumas « appelé à d'autres fonctions », que le prêt l'ait à Foch, pour vingt-quatre heures, d'une fraction du 10» corps (le 41» R. I., colonel Passaga)
qui opère à sa droite et qui lui est détaché sur sa demande en soutien d'artillerie. Le fait n'aurait aucune importance en soi, si l'on n'y pouvait voir l'indication et comme la première esquisse de la coopération autrement importante prêtée à la 9» armée le matin du 9 septembre par ce même 10» corps qui, en relevant la 42» division sur ses positions, permit à Foch d'exécuter sa célèbre manœuvre de flanc en direction de Fère-Gliampenoise et d'Œuvy.
Déjà renseigné sur notre « capacité de résistance » par les divers « coups de boutoir » qu'il avait reçus de nous au cours de la retraite, l'ennemi, depuis que nous étions entrés en Champagne et tout en nous tâtant çà et là par ses uhlans, ne montrait pas un grand désir de reprendre le contact. Biilow marchait sur Reims; Hausen sur Chàlons, mais sans y mettre l'un et l'autre l'effarante vélocité de Kluck, qui tout justement aurait dû régler sa marche sur celle de Bûlow et qui le devançait au lieu de le suivre, le débordait au lieu de le flanquer. Visiblement les montres des hauts commandants de l'armée aUemande ne marquaient plus la même heure et, quant au cadran de l'O. H. L. ou Directoire supérieur, ses aiguilles avaient continué à tourner après Gharleroi, comme s'il n'y avait pas eu dans l'intervalle Guise, Signy l'Abbaye et la Meuse. Bûlow, à qui Aloltke faisait connaître par radio que la « prise de Reims » serait « désirable dès le 2 septembre », n'arrivait péniblement qu'à Fismes dans la soirée et n'entrait dans Reims que le 4. Les rapports allemands, systématiquement optimistes jusqu'au 6, étaient unanimes pourtant à constaler la désorganisation croissante do l'armée fran-
(.aise. « Comme indices à ce sujet, écrivait Biilow le 3% on peut à bon droit tenir compte des grandes quantités d'équipements et de munitions abandonnées le long des routes de retraite et sur les emplacements de batteries évacués. Le C. C. Richthoffen signale qu'un bataillon de zouaves s'est dispersé aux premiers coups de canon en jetant bas armes et bagages. » On aimerait connaître le matricule de ce bataillon qui était peut-être de ceux qui fondirent quelques jours plus tard avec un si magnifique entrain, la baïonnette haute, sur les redoutes allemandes de Congv et d'Oyes. A la vérité les bois de pins dont cette région de la Champagne est toute fourrée offraient les meilleurs défdements à notre infanterie ; il n'était pas aussi aisé d'y faire filtrer l'artillerie et les convois, qui devaient emprunter les routes où ils étaient tout de suite repérés. L'artillerie de la 17» division avait subi de ce chef, le i<" septembre, des pertes assez sensibles avant de franchir la Suippe. Cependant, à notre extrême droite, le 41» régiment, par Hermonville et Rouilly, se dirigeait fort paisiblement sur Tillois ; la 42» division n'était pas plus inquiétée dans sa marche surFresnesetLa Neuvillette.On ne souffrait que de la chaleur, particulièrement accablante dans les fonds, d'où montait une vapeur dorée qui enveloppait tout le paysage et faisait à l'énorme vaisseau de la catédrale de Reims, seul visible sur l'horizon, comme un nimbe d'ardente spiritualité. « L'air est en ébullition, dit le D' Georges Vaux, attaché au 2» bataillon du 41»-,.. On somnole. On no peut se