CHAPITRE XIV
CONCLUSIO??
Dans les bibliothèques qui aujourd'hui se répandent, et que l'on veut charger de compléter renseignement de l'école et même de remplacer la prédication de la chaire, des ouvrages de toutes aortes prétendent répondre aux divers besoins de l'intelligence et de l'âme.
Le plus grand nombre sont recherchés comme distraction et amusement de l'esprit ; ils reposent des fatigues et des soucis de la vie active, ils parlent à l'imagination le langage d'une fiction morale, et donnent un honnête spectacle dans un fauteuil. Les meilleurs se proposent, avec plus de bonnes intentions que de succès, de faire pénétrer quelquf;3 vérités SOUS le masque du roman, et de tirer des luttes d'une volonté imaginaire contre des passions fictives, de nobles impressions et de brillants modèles; d'autres, plus sérieux, mettent
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0 «© ««t qiUii «^«ttaeluAd à J'iiistoire d'-un peaj^ie, »-»ooaQlaBUl le bruit et le Meaa qu*il « faiit, et le« <voQk4tifli» «de «9 destinée.
(QdKeftqwàs- uû« , souk île jjiçwaa de biograj^bies, se li0nB(e«(t «lU déiUÉI 4'u£ite seuile existiecice: si kmhétm JB'aippeiLle Aiieasiaûdre , Oé»ar, <JiLai"l©m«^jae, ou Ka|*olléo!û , wû 4ti «e« booaiïkes d'exoefitioD , q-m «i«A iaapriiûé wiae dii^ectioii à leur f>euijle et à leur eièellie, «Aore la t>io^T«piiie pj-ead le» jw'oçxtrticœte de ribifclQiia'e , et datas la rie d'un seul tiomme dit e< . te lUiie g^éiaératioB.
.;.... ie su;^ se Qoeaiae Jlooaw'e, Virg'ile, Haj^ii;aél , f>u lioesuet , ujae des lumièi^s qui brillent ttw SicùiQ d.a>ûs la pwtérjibé, «t ont le meiweilleux privilège de se suj'vivre dans ieui*s œuvres, le Jtvre g'raiidit avec s<>q persoDuag^ ; ç'e'-' "'■">''e de J'éLoiwikeusiien.t qu'il «teite «t de lad- q:u*il
Quelques livres plus humbles racontent modestement une vie modeste, qui n'a été ni le génie d'un peuple, ni la lumière d'une ci>oque, mais a laissé sur la terre le souvenir de ses bonnes actions et les monuments de ses bienfaits; ceux-là font moins de bruit et excitent moins d'enthousiasme, mais ils font plus de bien ; car ils présenlent mieux que des grands spectacles et de beaux souvenirs, ils donnent à tous des leçons et des exemples.
La vie que nous venons de raconter appartient à ce genre de biographie. M'"*= de Barol était de la famille des belles âmes que l'on admire, mais aussi que l'on peut imiter. Elle était née parmi ceux qui sont appelés les heureux, à un de ces degrés qui permettent d'approcher et n'interdisent à personne la comparaison. Illustre origine, élévation d'àme, supériorité d'intelligence, grande fortune, Dieu lui avait beaucoup donné, mais dans des proportions qui ne la plaçaient pas en dehors des conditions humaines; à la tête de la société, sans cesser d'en faire partie, elle en subissait les lois, les influences, et devait en remplir les devoirs; elle u'éi.iit ni une sainte au-dessus des faiblesses, ni une religieuse à l'abri des entraînements.
Femme du monde, andjitieuse d'y briller, d'y faire prévaloir ses opinions et dominer sa volonté, heureuse d'occuper dans l'attention et l'intérêt des
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autres la {ircmière place, elle a su réunir aux devoirs sociaux et aux distractions permises l'exercice le plus pénible, le plus laborieux de la bienfaisance, et tirer de ses avantages et môme de ses imperfections un profit pour ses œuvres.
Beaucoup de femmes chrétiennes ont, à différents degrés, les mêmes qualités, peut-être aussi les mêmes défauts.
La vie de M'"'^ de Barol leur enseignera comment on justifie les privilèges, comment on se fait pardonner les torts, de quelle manière fructifie et rapporte le talent que trop de serviteurs enfouissent et dissipent, et dont le Maître doit demander un jour un compte si sévère. KUes apprendront d'elle quel usage on doit faire d'une grande fortune, si souvent dépensée en luxe extravagant et en prodigalités orgueilleuses; de l'esprit, qui, pour un succès d'un moment, ne craint pas d'allumer des haines et de faire des blessures; du don de plaire, dangereux dans un salon, bienfaisant dans une mansarde , et de ces loisirs qui plus d'une fois, au milieu de tous les plaisirs et de toutes les joies, ont conduit à la faute pour échapper à l'ennui, mais qui améliorent et purifient l'àine, lorsqu'ils permettent de s'oublier au chevet d'un malade, ou d'écouter le long récit des malheurs d'un pauvre. Enfin un tel exemple leur inspirera la noble ambition de ne pas mourir tout entier sur la terre, et
leur dira comment on laisse après soi une mémoire impérissable.
Dans un temps où la charité a peine à lutter contre i'cgoïsme, où il lui faut multiplier ses œuvres désintéressées pour les opposer aux tristes entreprises de la cupidité et de la spéculation, quiconque a le noble instinct de l'abnégation et le goût du sacrifice, verra dans cette vie qu'il y a encore quelque chose de mieux à répandre que l'or, à distribuer que de riches aumônes, et que l'on fait plus pour les pauvres en leur donnant, ainsi que le disait M"'" de Barol , de son temps et de sa santé.
Mais il y a ici un enseignement plus pratique et plus frappant encore. M'"^ de Barol, la grande dame, avait le goût de la délicatesse, de l'élégance et du succès, et n'y a jamais renoncé; cependant elle s'est consacrée aux plus grossiers, aux plus délaissés, aux plus misérables; elle était sensible aux joies de l'esprit, aux douceurs d'une conversation brillante et polie, et elle passait de longues heures à faire entrer quelques notions dans les intelligences les moins ouvertes, dans les ténèbres de la plus complète ignorance.
Nous l'avons vue s'échapper du luxe, des habitudes , des distractions mondaines , s'enfermer avec des prisonnières, des femmes perdues, le rebut et la honte de la société, pour les ramener à l'hon-
nèleté, à la loi et à l'honneur. Où a-t-ello puisé celte force de résistance à ses inclinations, cette préférence qui lui était si peu naturelle pour les victimes de la dégradation et du mépris? Dans l'ardeur, dans la fermeté de sa foi chrétienne ; dans l'amour, dans l'imitation de Jésus-Christ : la pensée religieuse est le principe de tous ses actes. Ainsi que le répètent souvent ses méditations et ses prières, c'est Jésus-Christ qu'elle visite dans les prisons, qu'elle soigne dans les malades, qu'elle reçoit dans les pauvres ; et sans les austérités du cloître, sans les secours de la vie religieuse, sans même rien d'extraordinaire dans la dévotion et de surnaturel dans la piété, cette seule pensée a suffi pour produire toutes ces merveilles et faire germer toutes ces œuvres. Et voilà la pensée que prétend chasser de ce monde , pour le bien et l'honneur de l'humanité, une science incertaine et à courte vue.
Enfin cette servante des pauvres a subi des jours d'injustices et de calomnies : elle a été accusée, conduite devant les tribunaux; on a menacé de mettre le feu à ses établissements et à son hôtel.
Sous le souffle aveugle des révolutions, le peuple, qui la bénit aujourd'hui et l'entoure d'une auréole, la poursuivait de ses injures et de sa haine, emporté qu'il était par les sophismes et les passions mauvaises.
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Puisse ce livre, s'il tombe entre ses mains, lui apprendre à ne pas confondre ses amis de tous les temps avec ses flatteurs d'un jour, ceux qui le servent avec ceux qui l'exploitent; à se défier de l'ivresse des révolutions qui lui fait méconnaître ses véritables intérêts, et à ne jamais s'exposer au sanglant reproche de traîner aux gémonies les dévouemcnîs qui font de sa grandeur intellectuelle et morale leurs devoirs et leur principale mission, et de maudire la charité, qui, à l'exemple du Dieu qui l'a donnée à la terre, prie, travaille et souffre pour lui !