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science matérialiste. Il partageait les incertitudes , les hésitations do. son siècle , qui se ressentait à la fois des erreurs du siècle précédent, de ses mauvais exemples et de ses terribles leçons ; un jour il était à Dieu, le lendemain à une philosophie qui ne reconnaissait que le néant; fervent devant une madone, sceptique dans une bibliothèque, frivole dans les salons , il menait une vie à la fois sérieuse et légère, pleine de poésie, d'enthousiasme, de désenchantements et de remords.
A travers les dissipations et les inconséquences , il sentait toujours au fond de son cœur ce germe de foi qui, chez les Italiens les plus hostiles à la religion, résiste à tous les chocs et à toutes les épreuves ; il ne passait pas devant une église sans y entrer, sans y demander pardon de ses éloignements et de ses abandons; il entraînait quelquefois Foscolo lui-même, qui ne refusait pas de le suivre aux autels de la Vierge Marie, calmait, rafraîchissait devant cette pieuse image son âme ardente et desséchée ; car Foscolo, malgré ses négations hardies et sa profession de matérialisme, avait conservé quelque chose de la foi de sa terre natale.
Un jour, Silvio le rencontre Usant l'Évangile à l'ombre des grands arbres qui sont autour de la ville de Turin ; l'oscolo lui montrant li' livre
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« Voilà, dil-il, l'œuvre de Dieu, le livre des vérités éternelles , baisez-le. »
Une autre fois , il faisait cet aveu à un de ses meilleurs amis , resté chrétien : « Et moi aussi j'ai connu sur la terre quelques jours de bonheur, lorsque mon regard plein d'amour voyait encore le Dieu qui brille aux vôtres. »
Pour combattre les influences contraires aux vérités qu'il était disposé à accepter, Silvio trouvait dans deux de ses plus intimes amis des paroles et des exemples qui le ramenaient au christianisme. Manzoni et Volta protégeaient ses croyances et ranimaient sa foi; c'était surtout auprès du grand physicien , qui portait la triple couronne de l'âge , de la science et de la vertu , que Silvio aimait à chercher un appui contre le génie du doute, de l'indifférence et du mal. Volta, né en 1745, en plein dix-huitième siècle, avait subi de terrible tentations et traversé de cruelles épreuves ; élève de ces philosophes dont le génie dominait le monde, et travaillait avec tant d'opiniâtreté et de succès à lui enlever ses croyances et à lui faire renier son passé, il avait connu la fatale puissance de ces affirmations dédaigneuses et sarcastiques, qui déclaraient la religion bonne tout au plus pour les ignorants et les enfants, et imposaient l'incrédulité au nom de
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toutes les lumières et de toutes les supériorités. La science, disait le vieillard au jeune homme , l'avait sauvé de tous les pièges; à mesure (ju'il écoutait ses révélations, qu'il pénétrait plus avant dans ses secrets et ses profondeurs, elle lui avait fait découvrir en traits de plus en plus éclatants Dieu, sa Providence et ses lois.
Pellico devait recevoir des leçons plus puissantes encore par la voix rude mais bienfaisante du malheur.
Après la chute de Napoléon I"'", lorsque la victoire et les traités eurent rendu à chaque prince sa part de domination et de royauté , enlevée par la révolution ou l'empire, l'Italie revint à ses anciens maîtres et au régime du passé ; mais le torrent des idées et des faits avait passé à travers cette terre ardente, en y laissant des traces profondes. L'Autriche, redevenue maîtresse du Milanais et des provinces vénitiennes, avait aux yeux de l'Italie le double tort d'être étrangère et opposée aux idées nouvelles; elle blessait à la fois l'indépendance nationale et la liberté. Appelée par la supériorité de ses forces à protéger contre la révolte les États voisins reconstitués , elle se posa en arbitre suprême d'un pays qui ne parlait pas sa langue , n'avait ni ses tendances, ni ses idées, ni ses mœurs,
et dont les différents États étaient comme ses provinces, et les princes comme ses lieutenants et ses subordonnés. Formée d'abord des déshérités du pouvoir, des partisans compromis des gouvernements vaincus , l'opposition se grossit bientôt de tout ce qui se sentait au fond du cœur l'amour de la patrie et de la liberté , de tout ce qui supportait impatiemment le poids de la conquête et la domination étrangère; réduite au silence par la force, elle se réfugia , pour préparer l'émancipation du pays, dans les sociétés secrètes qui, en Allemagne, avaient donné le signal et l'exemple du soulèvement contre le despotisme du César français , et avaient entouré leurs adeptes de la triple auréole du patriotisme, du martyre et de la victoire.
Dès 1815, le lendemain du retour des Autrichiens en Italie, des conspirations s'étaient formées contre eux. L'armée nombreuse de leurs ennemis se composait des éléments les plus divers et les plus opposés; de nobles sentiments étaient mêlés aux violentes et aveugles passions; l'esprit du désordre donnait la main au dévouement , et l'ardeur du patriotisme au génie du mal.
Alors commença cette lutte incessante , infatigable de l'idée contre la force, de la presse contre los tribunaux, du serment contre les dénonciations,