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DE LA REFORME DES PRISONS

Il a fallu de longs siècles pour faire adopter par la société la pensée chrétienne, que la punition même la plus légitime ne doit pas faire taire la pitié pour le coupable et le désir de son amélioration. La peine avait un double but, un double caractère : venger la société par la soulîrance de celui qui avait violé ses lois, et effrayer par l'exemple de ce qu'il avait à subir les natures perverses

qui seraient tentées de l'imiter. Plus la loi était sévère et impitoyable , plus elle croyait être dans la justice et atteindre le but; de là les tortures, les supplices et l'application pour le moindre délit de la peine de mort. Le mépris , la haine pour le condamné, allaient jusqu'à lui refuser la présence et la bénédiction du prêtre au moment fatal de l'expiation.

Personne ne prenait souci des années passées dans d'horribles cachots solitaires ou dans les antres du vice et de la misère , où s'ensevelissaient à la fois la santé et la moralité des malheureuses victimes des jugements humains.

En 1773, John Howard, élu shérif du comté de Bedfort, fut frappé de l'état déplorable des prisons soumises à son inspection. Il avait le génie et l'activité de la charité. Pour se rendre un compte exact de la profondeur du mal et chercher les meilleurs moyens d'y porter remède, il parcourut l'Europe, et en visita les principales prisons. Dans le plus grand nombre, et surtout en Angleterre, les abus étaient si criants , l'abandon physique et moral des prisonniers était arrivé à ce point , que la peine de l'emprisonnement était devenue, pour la majorité des détenus, une excitation à la dépravation et une condamnation à mort.

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Howard vil en Angleterre des cachots humides , privés d'air et do hiniii ro , où des malheureux , chargés de pesantes chaînes , étaient couchés sur une paille presque jamais renouvelée. Ailleurs, dans des chambres basses, étroites, malsaines, mal éclairées, les détenus, entassés pêle-mêle, sans distinction d'âge, de sexe, de degré de culpabihté, passaient leurs journées sans travail, à jouer, à blasphémer, à donner et à recevoir des leçons d'immoralité , à préparer de nouveaux crimes et à conspirer contre la société. Quelques-uns attendaient leur jugement depuis près d'un an; d'autres, absous par la sentence du juge, restaient en prison parce qu'ils n'avaient pas de quoi payer les frais de leur détention préventive.

Tous étaient livrés sans contrôle aux exactions des geôliers , qui spéculaient sur le pain et sur l'eau qu'ils devaient leur fournir. Les pauvres n'avaient d'autre ressource contre la soif et la faim que de tendre la main aux passants à travers les grilles de leur prison. Ce fatal régime entretenait la fièvre des prisons, que l'on appelait la maladie de la maison, tant elle était ordinaire et attachée à

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chaque geôle. Cent fois plus meurtrière pour les condamnés que la hache ou le glaive du bourreau, la fièvre des prisons les vengeait de temps en temps de la négligence des magistrats et de l'indifférence pubhque. En 1577, aux assises tenues au château d'Oxford , si légitimement nommées les assises noires, la fièvre fut apportée au tribunal parles accusés; elle fil périr le président, le shérif, les jurés et trois cents personnes ; en 1730 à Taunton , en 1750 à Londres, elle répandit une terrible contagion ; et, en 1755, à Axminster, un prisonnier absous la donna à sa famille et à la ville tout entière.

En 1788, Howard publia les résultats de ses voyages et de ses recherches; il demanda, comme premier élément de la réforme dont ses révélations démontraient la nécessité :

La suppression des cachots ;

La séparation des âges , des sexes , celle des prévenus d'avec les condamnés , l'introduction du travail et de l'instruction, un contrôle sévère sur les employés.

Appelé devant la chambre des communes, il oblinl deux lois : l'une qui défend de retenir pour les

Irais (le geôle les personnes absoutes par le juge; l'aulro qui prescrit les mesures favorables à la santé des détenus.

Dans les autres pays , les abus ne paraissaient pas si monstrueux. L'ouvrage d'Howard sur l'état des prisons et des hôpitaux en Europe signale les excellents règlements des maisons de correction de la Flandre.

Les confréries de la Miséricorde à Rome, et dans un grand nombre de villes de l'Italie, veillaient avec le condamné à mort pendant sa dernière nuit , le préparaient à sa dernière heure, et l'accompagnaient, en priant pour lui, jusqu'à l'échafaud.

En France, par l'édit de 1670, Louis XIV avait restreint la durée des détentions provisoires et amélioré le sort des prisonniers , longtemps traités comme des bêtes féroces qu'il faut effrayer par les tortures et punir par des supplices; leur malheureuse situation n'avait pas échappe à la charité universelle de saint Vincent de Paul et de ses élèves; en 17.o3, sous l'impulsion et la direction de l'abbé Breton , une société avait été fondée à Paris pour donner du linge aux détenus; sous le nom

de Dan es des prisons, des dames de charité visitaient les malades dans les infirmeries , étendaient leur patronage sur toute la maison et s'assuraient de l'exécution des mesures ordonnées en faveur des prisonniers. En 1780, Louis XVI, à la recherche de tous les progrès , avait eu encore à introduire dans les prisons d'importantes réformes ; ses édits abolissent la question , prescrivent la construction d'infirmeries spacieuses et aérées, et, réalisant tous les vœux du philanthrope anglais, ordonnentla suppression des cachots, interdisent les jeux, prescrivent le travail, la séparation des femmes et des enfants. Les magistrats doivent faire aux prisonniers des visites nombreuses, pour recueillir leurs plaintes et en rendre compte aux parlements.

Mais les édits et les œuvres ont peine à lutter dans les grandes villes contre la force de l'habitude et le gain que rapportent les abus, et s'arrêtent devant l'obscurité des villes moins importantes. Peu d'années après les édits de Louis XVI , Howard vit encore en France des cachots noirs et humides, et put écrire que ce n'était pas un vain mot, dans la plus grande partie de l'Europe , que la terrible menace de faire pourrir un homme en prison.

Dans l'année 1788, Mirabeau écrivait : « Je savais, comme tout le monde, que Bicêtre était à la fois un hôpital et une prison ; mais j'ignorais que l'hôpital eût été construit pour engendrer des maladies , et la prison pour enfanter des crimes... En vérité, tout est si bien disposé dans cette prison pour faire d'un libertin apprenti un déterminé scélérat, qu'à moins de connaître par des preuves particulières les bonnes intentions du gouvernement, on dirait qu'il a voulu former un séminaire de voleurs... Quant à l'amendement des coupables, c'est à coup sûr un objet qu'on n'a nullement eu en vue ici. Us en sortent plus aguerris au crime : cela est si notoire qu'on nous a assuré, dans cette même maison, que, leur détention finie, la police a les yeux sur eux jusqu'à ce qu'ils y rentrent, ce qui arrive ordinairement en moins d'une semaine (1). »

Les graves événements politiques et militaires qui signalèrent la fin du xviii'' siècle et le com-

(1) Observations d'un voyageur anglais sur la maison de force appelée Dicêlre, suivies de réflexions sur les effets de la sévérité des peines et sur la législation criminellcde la Grande- Bretagne. Imilé de l'anglais par le comte de Mirabeau, avec une lettre de M. Benjamin Franklin. 1788.

mencement du xix«, détournèrent l'attention publique des questions d'humanité; les révolutions et les guerres remplirent les prisons , mais ne les réformèrent pas. Lorsque la paix, l'ordre et la liberté rappelèrent les gouvernements et les peuples à l'amélioration des institutions et à la réforme des abus, les hommes de bien qui songèrent à s'occuper des prisons voulurent y faire entrer la charité avec la justice; poussés par la pensée qui animait en Piémont M™° de Barol, ils songèrent à corriger le coupable en le punissant , à le réhabiliter et à le rendre meilleur par la pénitence.

En 1819 , une ordonnance royale institua la société royale des prisons, dirigée par un conseil de vingt -quatre membres nommés par le roi ; il fut chargé d'indiquer les changements qui lui paraîtraient utiles, de rédiger les règlements, de recueillir les renseignements propres à éclairer sur la situation des prisons et sur les moyens de l'améliorer.

Il se mit résolument à l'œuvre , signala de nombreux abus, réclama d'importantes réformes, et obtint, au moins sous le rapport physi({ue, de

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notables progrès : la séparation des Ages et des sexes, l'isolement la nuit, rintroduclion du travail, une nourriture plus saine, une hygiône meilleure. Mais ces progrès mômes eurent leurs dangers. Pour réagir contre l'excès de soufl'rances imposées par la négligence ou la cupidité, on voulut rendre la punition douce et la prison acceptable; le prisonnier fut, en certains cas, mieux logé, mieux nourri que le pauvre ouvrier obligé de gagner, à la sueur de son front, un pain noir dans un logement humide.

Pendant que la philanthropie en France était accusée d'avoir dépassé le but, l'Amérique entrait dans une voie nouvelle , qui parut répondre à toutes les conditions du problème. Ce que M™" de Barol avait obtenu par sa présence, par ses paroles , par l'influence des sœurs , par la prédication du prêtre, l'Amérique le demanda à la méditation solitaire, à la lecture de la Bible, à l'influence que peuvent exercer sur l'àme d'un coupable l'isolement de la cellule et les réflexions qu'elle porto avec elle.

Telle fut l'origine de la réforme pénitentiaire connue sous le nom de système cellulaire.

Ce système, apporte bientôt en Europe, y fut reçu avec une grande sympathie; car tous les efforts avaient échoué contre les dépravations de la vie commune et l'effrayant accroissement des récidives. L'Angleterre l'adopta, en 1838, pour tous les prisonniers et tout le temps de la détention. Un grand nombre de nations suivirent l'exemple de l'Angleterre; dans les congrès internationaux, des magistrats, des jurisconsultes, des philosophes le recommandèrent, et, en 1847, un projet présenté par le gouvernement français à la chambre des pairs, et que la révolution ne permit pas de discuter, proposa de substituer, dans toutes les prisons du royaume, l'emprisonnement cellulaire à la communauté de la vie. Cette institution semblait justifier l'adhésion universelle en réunissant des conditions qui, jusque-là, paraissaient contradictoires; la pratique lui avait enlevé en Europe ce qu'elle avait d'excessif : l'isolement absolu et le perpétuel silence. En séparant complètement le condamné de ses complices et de ses compagnons de peine; en le mettant en rapports fréquents avec sa famille, le directeur, le prêtre, l'instituteur, les sociétés de patronage; en lui donnant pour distraction le travail et de bons

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livres, on subsliluait pour lui la bonne socicLc à la mauvaise, la saine inlluence à la perverse; on épargnait au condamné victime d'un premier égarement le supplice de l'association avec les plus déboutés et les plus coupables ; on enlevait au criminel endurci la joie de la communauté avec ses complices, et l'on atteignait cet idéal si inutilement poursuivi d'une peine qui paraissait d'autant \Au> terrible qu'on était plus coupable, et qui rendait à la société le prisonnier guéri et repentant, sans qu'aucun contact impur, aucune solidarité funeste, aucun engagement coupable, exposassent sa liberté retrouvée au parti pris de la récidive collective.

Mais bientôt une puissante opposition s'éleva contre la popularité de ce nouveau régime, et refroidit l'enthousiasme. On l'accusa , malgré ses atténuations, de courir après une perfection impossible au prix de très -réels inconvénients; de soumettre l'humanité à une épreuve trop forte pour elle; de porter atteinte à la santé, à la raison, à la vie du détenu, en le condamnant à une séquestration contre nature, et de ne rendre à la société que des êtres inflrmes et abrutis. L'Angle-

terre ne fit plus du système cellulaire qu'un premier degré, et comme un noviciat de courte durée, pour préparer au travail commun ou à la déportation. La France y renonça, et vida les cellules de la prison de la Roquette, qui, jusque dans ces derniers temps , recevait encore les jeunes détenus. Enfin, là où ce système persiste, il a tellement perdu* de son austérité primitive, que le mouvement , la vie , la parole y circulent presque autant que dans les prisons anciennes.

La France , pour obtenir la correction ou plutôt pour échapper au contact de ses condamnés les plus coupables , revient à un système que l'Angleterre abandonne après l'avoir longtemps mis en pratique, les colonies pénitentiaires.

En dehors des colonies agricoles de jeunes détenus, ayant pour but l'éducation physique et morale des jeunes enfants retenus par la loi sans être déclarés coupables , et prenant surtout le caractère d'une maison d'éducation et d'apprentissage, la colonie pénale, dans un pays lointain, occupe le condamné, sous une discipline sévère, à des travaux extérieurs , et cherche à le réhabiliter par l'espérance de l'accession à la propriété, comme

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récompense de sa bonne conduite et de son travail.

Une grande objection contre la déportation , c'est qu'elle ne peut se maintenir que dans les pays inhabitables ou au moins inhabités ; car, dès que la population libre y arrive, s'y établit, y fonde des villes et une nation, elle se refuse à accepter ces hôtes dangereux, et repousse comme une peste cette invasion de malfaiteurs, dont veut se débarrasser à ses dépens la terre qui les a produits. Sous le règne d'Élisabelii , l'Angleterre envoya les condamnés sur le continent américain, qui commençait à peine à se peupler ; mais , devenue une colonie florissante, l'Amérique se plaignait amèrement des envois de la mère patrie, et s'écriait avec raison : « Que dirait l'Angleterre si , en retour de ses criminels, nous lui adressions nos serpents à sonnette? » Après l'émancipation des Étals-Unis, les condamnés furent déportés à Botany-Bay jusqu'en 1820; ce fut la déportation qui fournit à l'Australie presque tous ses colons. Mais l'émigration libre, ayant pris le dessus, ne cessa de protester contre la triste société qu'elle recevait. L"opinion publique ne put rester sourde à

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ces plaintes réitérées, et aux rapports qui lui venaient des gouverneurs du pays; les hommes d'État anglais déclarèrent en plein Parlement qu'un tel régime était une honte pour le peuple qui le maintenait.

Après un ralentissement successif dans l'envoi des déportés, et une enquête qui constata « les « détestables habitudes répandues dans cette masse « purulente d'infamies, serre chaude de crimes « sans nom , que tous les juges de la terre n'au- « raient pas la puissance de réprime)- », la déportation fut limitée à un seul district de l'Australie occidentale , et appliquée après un temps d'épreuve. La servitude pénale , nouvelle forme de la punition, soumet le condamné à neuf mois de séjour cellulaire , le transfère ensuite dans une prison commune, où il est employé aux travaux publics, et laisse au gouvernement la faculté de l'envoyer dans les colonies transatlantiques après l'accomplissement de la moitié de sa peine.

La France, en demandant à la déportation la suppression de ses bagnes, qu'en 1847 elle était à la veille de remplacer par l'emprisonnement cellulaire, a d'abord été obligée de choisir un pays

malsain, une terre meurtrière, Gayenne, où personne n'est là pour se plaindre de l'invasion des détenus, parce qvw piTsonne , sans y être appelé par la force , par le devoir ou le dévouement , ne vient y alïronter la fièvre mortelle. Aujourd'hui elle a trouvé un pays encore plus lointain que Gayennc, mais qui ne condamne pas à mort ceux qu'il reçoit : la Nouvelle-Calédonie est devenue sa principale colonie pénitentiaire; elle peut y envoyer ses condamnés, parce que, nouvellement découverte , cette île n'a pas encore d'habitants libres pour protester contre le voisinage.

A la difficulté de trouver une terre exclusivement pénitentiaire, se joint pour la déportation le reproche de l'extrême inégalité de la peine sous l'apparence de la plus complète égalité. Pour le condamné jeune, audacieux, aimant les hasards, sans lien de famille, sans sentiment patriotique, c'est un voyage qui séduit, une aventure qui plaît à l'imagination, avec tout le mirage du nouveau et de l'inconnu, avec les chances de l'évasion ; pour celui en qui sa faute n'a éteint ni les affections de famille ni l'amour de la patrie, c'est la plus dure des punitions , le plus triste des exils.

Afin de maintenir l'ordre et d'assurer l'obéissance, il faut faire du déporté un esclave. Le succès même est une menace pour l'avenir. La salubrité du climat, le développement de la culture, attireront bientôt des colons qui repousseront les déportés comme des ennemis, et réclameront le droit de n'être pas condamnés à la société des malfaiteurs. Jusqu'ici, la déportation n'apparaît que comme un mode très-coûteux et très-peu chrétien de se débarrasser des condamnés , et de n'y plus penser.

Entre les systèmes qui en ce moment se disputent les condamnés , et qui ont été successivement essayés et rejetés par les nations les plus civilisées et les plus humaines, la charité hésite et demande encore de nouvelles études et de plus longues expériences. Mais , quel que soit le régime qui finira par l'emporter, l'atelier en commun avec la séparation de nuit, comme dans un grand nombre de prisons d'Angleterre et de France; la cellule, comme en Belgique; la hutte du colon de Gayennc ou (le la i\ouvelle-Galéd()ni(;, aucun ne peut se passer, pour réaliser ses avantages et atténuer ses inconvénients , de rélémenl qui a fait le succès de

l'œuvro de M""^ de Barol. Chaque essai réclame à son {ouv l'action de la religion et de la charité; partout il l'.uit que rinstruclion religieuse, le réveil de la foi , les consolations qu'elle inspire, viennent adoucir les caractères, guérir les plaies de l'âme, lutter contre les rébellions de la nature et de l'habitude , et réconcilier le coupable avec la morale et la société.

Dans son rapport à la chambre des pairs , qui demandait avec le gouvernement l'application de l'emprisonnement cellulaire à tous les condamnés , M. Déranger s'exprimait ainsi :

(c La régénération d'une prison ne peut s'opérer, si le sentiment religieux n'y préside ; la pensée religieuse doit se reproduire avec ses symboles , ses signes extérieurs, lesconsolations, les encouragements qu'elle procure à tous les instants de la vie du condamné. Pénétrée de cette idée , l'administration a senti li^ besoin de placer, en quelque sorte auprès de chaque détenu , un être qui , revêtu des emblèmes de la religion , lui rappelle sans cesse par sa présence, par son dévouement désintéressé et inspiré d'en haut , le Dieu qui pardonna. Dans les prisons do femmes, de saintes filles appartenant à des con-

grégations religieuses ont bien voulu se charger de préparer les âmes dégradées à une vie meilleure; la surveillance leur en a été confiée , et insensiblement l'esprit de charité a changé la face de ces établissements, le respect qu'elles ont inspiré a fait succéder l'ordre à l'indiscipline, le sentiment religieux à l'impiété , la confiance à l'éloignement. Le nouveau système serait compromis si tous les surveillants n'étaient animés de ce pieux dévouement, dont la récompense est autre part que dans la rémunération accordée par les hommes. »

Les directeurs des prisons d'Angleterre réclament aussi dans leurs rapports le dévouement des ministres delà religion, dont l'intervention, disent-ils, est indispensable au prisonnier.

M. Ducpétiaux, défendant contre de nombreuses objections le système cellulaire qu'il a établi avec de très -bons résultats en Belgique, affirme que l'action religieuse est l'auxiliaire le plus nécessaire de l'emprisonnement séparé. C'est sur l'influence de la religion que comptent les congrès pénitentiaires, pour faire produire au silence et à la solitude de la cellule tous leurs effets moraux; c'est à la présence des religieux à Cayenne que l'on doit la mo-

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ralisalion des déportés el le retour d'un tj-rand noinltro à une vie régulière.

En France, les colonies agricoles appliquées à l'éducation correctionnelle des jeunes détenus n'obtiennent de succès réels et durables , qu'à l'aide de la charité religieuse; la discipline, le travail des champs ne suffisent pas; les directeurs si expérimentés, si éclairés de Mettray, le proclament dans tous leurs rapports , et basent la prospérité de la colonie sur l'influence de la religion. En 1867 , la colonie de Cîteaux en a fait une éclatante expérience : déjà, depuis plusieurs années, le problème de la correction du jeune détenu était résolu par une communauté religieuse qui s'était vouée à cette œuvre, lorsqu'à la suite de la fermeture de la Roquette et la suppression d'une colonie pénitentiaire, où l'on avait plus compté, pour moraliser les jeunes détenus, sur le travail que sur la prière, Cîteaux dut recevoir un nombre à peu près égal de colons et de jeunes habitants des cellules.

L'indiscipline, le langage inconvenant , les fâcheuses dispositions des nouveaux venus, contrastaient avec l'ordre, l'obéissance, les pratiques honnêtes de la maison ; plusieurs mettaient au défi

leurs vénérables maîtres de les plier à la règle , et se vantaient de fournir bientôt des accusés aux cours d'assises et des forçais au bagne. Mais ces obstinations ne résistèrent pas longtemps à la douceur du régime , à l'affection des directeurs, à l'influence de la religion ; les enfants sortis de la Roquette cédèrent les premiers , et devinrent en quelques jours l'exemple de leur nouvelle école ; ils retrouvèrent cette activité et cette gaieté naturelles à l'enfant de Paris, que l'isolement et l'immobilité de la cellule avaient paralysées, et qui, dans une bonne voie, donnent au bien un entrain merveilleux et un charme inexprimable. Les colons furent plus difficiles et opposèrent une plus longue résistance, mais finirent aussi par subir l'action bienfaisante. Ils ont pris leur place parmi les jeunes gens qui , après avoir été la douleur et la honte de leurs familles, doivent la réhabitation de leur passé, le bien-être, la dignité et l'honneur de leur avenir, à la fécondation du travail par le dévouement religieux.

Enfin, pour compléter l'œuvre, il faut encore quelque chose de plus fju'un bon régime pénitentiaire. Le patronage, ai)rôs avoir, comme M'"" de

l>arol, fait connaissance avec le détenu pendant sa pénitence, doit l'attendre à sa sortie, le prendre par la main , le présenter au monde comme digne de contiancc et d'estime, et etl'acer, par la protection qu'il lui accorde, toutes les traces et tous les souvenirs de sa faute. Mais la même inspiration , les mornes soins pieux qui ont veillé sur la maladie, sont nécessaires à la convalescence; pour être efficace, le patronage doit être chrétien.

Dans l'ordre moral, une loi se manifeste par une expérience de tous les jours; l'extrémité du mal ne peut être combattue avec succès que par la perfection du bien. Tous les moyens adoptes pour éloigner de l'àme du prisonnier les passions mauvaises qui l'ont conduit au crime, et trop souvent s'aigrissent et se développent par la répression, ne sont que des accessoires incomplets et stériles, lorsqu'il manque d'en haut une inspiration supérieure pour les diriger. C'est la sainteté qui triomphe de l'infamie, la pauvreté volontaire de la cupidité et de la passion di'S richesses, la chasteté de la dépravation, l'obéissance céleste de l'indiscipline et de la révolte; le dévouement surhumain a seul la puissance de corriger les monstrueux excès de l'égoïsme, et l'a-

mour de Dieu et des hommes est seul capable de changer en résignation et en douceur l'esprit de vengeance et de haine.

Livrés à leurs seules forces , les hommes de la meilleure volonté , de la plus grande intelligence, peuvent délivrer la société de la présence des coupables parla séquestration, l'isolement ou l'exil; les punir en leur enlevant leur liberté , leur famille et leur patrie, les contenir par la force, les effrayer par les supplices , ou môme obtenir un semblant d'amélioration par les promesses de grâces et les séductions de la liberté. Mais la fréquence des récidives après la peine ne prouve que trop qu'ils ne sont pas arrivés à la conversion sincère , au repentir qui corrige et qui purifie.

La véritable guérison des âmes n'est pas le fait des lois et des institutions humaines, elle est l'œuvre de Dieu.

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