‹ La marquise de Barol, sa vie et ses œuvresChapitre 3 sur 32 · ŒUVRE DES PRISONS · texte numérisé non relu

ŒUVRE DES PRISONS

Un jour de l'octave de Pâques de l'année 1814, M™® de Barol rencontre une procession de l'église de Saint -Augustin accompagnant le saint Sacrement , que l'on portait à un malade. Elle s'arrête et se met à genoux. Tout à coup , au milieu des chants religieux, une voix stridente se fait entendre. « Ce n'est pas le viatique qu'il me faut, s'écrie-telle, mais de la soupe. » Troublée d'une telle parole, la marquise lève les yeux, les tourne du côté d'où est venue la voix et aperçoit les fenêtres grillées de la prison du Sénat. Craignant alors que la faim n'ait arraché ce cri à quelque prisonnier, elle dit au domestique qui l'accompagne d'entrer avec elle dans la prison pour donner aux malheureux tout l'argent qu'elle a dans sa bourse , et l'empêcher ainsi de répéter son blasphème. Elle se nomme , se fait ouvrir ia porte , et obtient à grand'peine qu'on l'introduise dans la salle d'où le

cri était parti. C'était un cachot obscur et infect; le prisonnier qui avait crié n'avait pas faim, mais il était incrédule et impie; ses compagnons riaient et chantaient avec des hurlements qui tenaient plus de la bête fauve que de l'homme. La vue d'une femme jeune, belle, si peu semblable à leurs pareils , les frappa d'étonnement et comme de stupeur; ils se turent, baissèrent les yeux, et reçurent avec respect , et sans rien demander de plus , l'aumône qu'elle leur distribua.

Elle voulut ensuite voir la prison des femmes. On la conduisit à l'étage supérieur. Là , dans des cellules , en aussi grand nombre que le bâtiment pouvait en contenir, les prisonnières ne recevaient (Tiiir ('[ do lumière que par des ouvertures liors de leur portée. On y arrivait par un étroit corridor, seul endroit où il leur était permis de prendre un peu d'exercice. Dans ce corridor, de grosses clefs en fer soutenaient les murs et barraient le chemin; en un an et demi, deux bras avaient été cassés, et un pied démis à la suite de chutes sur ces barres de fer.

Les hommes s'étaient tenus à une distance respectueuse de la marquise , et l'avaient entourée d'une sorte d'admiration ; les femmes se jetèrent sur elle en poussant de grands cris. L'argent qu'elle leur portait s'échappa de ses mains; elles s'élancèrent comme des chiens affamés pour ra-

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masser cette monnaie, qui ne devait probablement servir qu'à acheter de l'eau-de-vie et à troubler encore plus leur raison.

Cette visite décida de la vocation de M"'* de Barol ; en rentrant chez elle , émue à la fois de pitié et d'horreur, elle promit à Dieu de se consasacrcr à la régénération de ces âmes. Tout dans un tel projet paraissait audacieux et chimérique : elle allait seule , à son âge , lutter contre une légion de criminelles émérites vieillies dans la haine de Dieu et de la société, opposer sa faiblesse et son inexpérience à la science la plus profonde du mal , à la violence que donne la longue pratique de l'immoralité. La prison d'alors était en quelque sorte complice de ceux qu'elle retenait ; au lieu de rendre meilleurs les condamnés, elle aggravait l'nir corruption, et la peine semblait un piège tendu par la justice pour appeler les récidives et assurer la persévérance dans le mal. Séparé de tout contact avec les honnêtes gens , le prisonnier était livré à l'influence des plus dégradés et des plus coupables; mis forcément à leur école, il y complétait son éducation immorale et son apprentissage du crime, et la société, satisfaite de sa vengeance et comptant sur une douteuse intimidation, ne voyait pas qu'elle préparait , à grands renforts de clùlures et déchaînes, la coalition de tous les vices, l'associalion de toutes les perversités, ••l travaillait ainsi

à donner à ses agresseurs des auxiliaires plus habiles et mieux exercés.

M°"= de Barol vit tout cela , et trouva dans ces obstacles un motif de plus do se dévouer à cette œuvre; car elle avait une de ces âmes qui brûlent du feu divin que le Seigneur est venu allumer sur la terre, et qui courent avec d'autant plus d'empressement et d'affection au secours des malheureux, que le danger est plus grand et la situation plus désespérée. Devançant les philosophes , les écrivains et les hommes d'État qui parvinrent plus tard à faire pénétrer dans les lois la pensée chrétienne , que la peine doit avoir pour but , non la vengeance , mais la correction du coupable , elle entreprit seule la réforme des prisons de Turin.

Sa famille opposa d'abord un refus absolu à sa demande d'aller visiter les prisonnières; son mari craignait pour sa santé, et tous ses parents lui firent les représentations les plus vives. N'était-ce pas folie , lui dirent-ils d'une commune voix , d'entreprendre avec une santé délicate une œuvre capable de faire reculer les plus forts et les plus expérimentés? N'existait-il pas mille autres manières d'être utile et de faire le bien ? Des multitudes d'honnêtes gens en détresse, d'infortunes régulières ne l'exposeraient pas à se souiller à d'impurs contacts, et à prouver au peuple qu'il vaut mieux , pour être secouru , se livrer à tous les

désordres, mériter toutes les sévérités de l'opinion et de la loi , plutôt que de supporter courageusement les épreuves et les sacrifices que la probité impose à ceux qui manquent de tout. Et quel résultat pouvait -elle attendre d'une telle imprudence? la honte d'être la dupe de ces femmes , si habiles dans l'art du mensonge et de la perfidie , et de devenir la risée du monde , sans pitié pour quiconque manque aux règles de la convenance, qui ne verrait dans cette dangereuse entreprise que le désir de se singulariser et l'ostentation d'une vertu incompatible avec sa position et son âge.

M"'° de Barol se soumit sans discuter. Son confesseur, consulté , lui avait ordonné d'obéir et de prier; elle obéit et pria , mais elle ne renonça pas à son projet. Le spectacle qu'elle avait eu sous les yeux ne la quittait plus ; elle entendait les blasphèmes et aussi les plaintes de ces pauvres âmes , à qui personne ne tendait la main pour les relever de leur chute , et se reprochait son inaction comme une sorte de complicité. L'excellent prêtre qui la dirigeait , témoin de ses angoisses et confident de ses douleurs , crut voir dans sa résolution une inspiration de Dieu, et finit par lui permettre de faire quelques visites aux prisons , à la condition d'en informer ensuite sa famille , et d'y renoncer si celle-ci persévérait dans son refus.

La charité catholique n'avait pas entièrement

abandonné les prisons et oublié cette touchante parole du Sauveur : « J'étais prisonnier, et vous m'avez visité, » Depuis longtemps il existait à Turin une confrérie de la Miséricorde qui avait pour but de secourir les prisonniers ; ses statuts étaient l'expression du dévouement le plus pur et de la charité la plus vive ; mais , comme il arrive trop souvent, ils étaient tombés en désuétude; tout se bornait à des prières pour les confrères morts, à quelques processions dans la ville, et à une distribution de vivres chaque semaine à la porte intérieure de la prison. En vertu de son origine et de son but , les membres de cette confrérie avaient leur droit d'entrée ; M"^^ de Barol s'inscrivit parmi les membres , et fit très-exactement les distributions ; mais c'était trop peu pour son zèle , elle se sentait trop séparée des prisonnières , trop loin de leur attention et de leur cœur, et elle demanda bientôt la permission de demeurer quelque temps avec elles. Le règlement s'y opposait , on ne pouvait communiquer avec les détenues qu'en présence d'un gardien. Juliette ne se rebuta pas de ce premier refus, gagna par ses cadeaux la bienveillance des geôliers , et parvint à obtenir l'autorisation d'être enfermée seule avec ses protégées.

Sa joie fut grande le jour où il lui fut permis de quitter son palais, son bien-être, le inonde, qu'elle aimait et dont elle était admirée, pour se

faire prisonnière avec le rebut de la société ; vivre dans l'intimité de ce qu'il y avait de plus vil , de plus corrompu , de plus méprisé; elle se sentait animée par l'espérance de faire luire un peu de lumière dans ces profondes ténèbres , de ramener dans ces êtres dégradés quelque étincelle de foi , de réveiller ces consciences endormies ou plutôt paralysées par le vice, et cette espérance lui donnait une force indomptable.

L'apparition de la marquise fit une grande impression sur les prisonnières ; c'était la première fois que la pitié descendait jusqu'à elles. La vertu ne leur était connue que par ses sévérités et ses rigueurs. Suivant l'habitude de tous les condamnés, leur premier mot fut une justification de leur passé et une protestation d'innocence ; chacune avait une histoire ou plutôt un roman à raconter, où elle se donnait le rôle d'une victime de l'injustice et de la calomnie. M'"° de Barol refusa d'écouter leurs plaintes et d'entrer dans la discussion de leur mérite. « Je ne suis pas venue ici, leur dit-elle, pour examiner votre passé et réviser vos procès , mais pour partager vos tristesses et tâcher de les consoler. » Et comme elles insistaient pour avoir de l'argent : «Je viendrai en aide, ajouta-t-elle, à celles qui m'écouteront et profiteront de mes paroles. »

Elle leur conseilla de se résigner à leur sort , et

d'accepter sans murmures des souffrances que Dieu récompenserait , si elles étaient courageusement supportées. A ce langage, qui frappait pour la première fois leurs oreilles : « Ah ! s'écrièrent quelques-unes , en voilà une qui veut nous prêcher ! » Et elles s'en allèrent en chantant le plus bruyamment possible. Juliette fit fermer la porte de l'infirmerie où elle était , et continua ses exhortations ; les fugitives se fatiguèrent de crier, et revinrent. « Je n'ai pas voulu troubler vos chants , leur dit simplement la marquise, et je comprends que, dans l'état où vous êtes, vous ayez besoin de distraction ; mais bientôt, je l'espère, vous trouverez un moyen meilleur et plus sûr de vous distraire de vos tristes pensées. »

Cette première leçon ne fut pas perdue. Aux séances suivantes , M'"^ de Barol parlant bas, pour ne pas troubler les malades , on s'habitua peu à peu à parler comme elle , et la prison cessa de retentir des chants cyniques , des cris de fureur, ou des expressions d'une joie plus triste et plus menaçante encore que la colère. Ses visites lui prenaient trois ou quatre heures, et quelquefois plus longtemps ; car les geôliers, qui s'en impatientaient, se faisait un jeu de ne pas l'avertir du moment où elle devait se retirer, et la laissaient presque toute la journée en prison. M'"'^ de Barol ne s'en apercevait pas toujours , tant le temps passait

vite au milieu de ses nouvelles amies; puis, quand on le lui faisait remarquer, elle disait aux détenues qu'elle se réjouissait de prolonger ainsi la conversation avec elles ; mais comme souvent la chaleur était insupportable , et qu'elle craignait que son malaise ne donnât des armes à ceux qui trouvaient cette œuvre au-dessus de ses forces , elle chargea à l'avenir un vieux domestique de confiance de venir la chercher et de la faire avertir.

Ce fut après plusieurs de ces longues visites qu'elle demanda à son mari si elle lui paraissait plus triste, plus souffrante, l'esprit moins libre, et en proie à la mélancolie; et sur la réponse négative , elle lui avoua l'emploi de son temps et les jouissances qu'elle y découvrait, et ne rencontra plus aucune opposition.

Libre de ce côté , elle put se livrer sans contrainte à la belle et difficile mission qu'elle s'était donnée. Tout était à faire dans cette prison du Sénat, qu'elle avait adoptée pour sa première œuvre. Presque toutes couvertes de haillons, qui cachaient à peine leur nudité, dont* elles ne rougissaient pas, adonnées aux liqueurs fortes, sans instruction, sans pratiques religieuses, sans travail, n'ayant pas même le dimanche la messe , qu'elles ne pouvaient entendre de leurs cellules, et ne recevant dans toute l'année que la visite d'un prêtre aux approches de Pâques , les détenues passaient leur

temps dans la plus complète inaction , livrées aux conversations coupables ou aux méditations mauvaises , dans cet impur milieu, où mûrissaient tous les g-ermes de corruption qu'elles avaient apportés du dehors. Malgré la différence des étages et l'impossibilité de se rencontrer, des communications s'étaient établies entre les hommes et les femmes; on se reconnaisssait à la voix, des intrigues se nouaient par l'accent que l'on donnait aux paroles , les domestiques de la prison échangeaient les cadeaux, rapportaient les déclarations, et se faisaient les intermédiaires de ces passions anonymes.

M°^c de Barol commença par gagner la bonne volonté des prisonnières par des secours matériels , cet engrais, disait -elle, qu'il faut répandre dans les champs pour faire plus facilement germer la bonne semence ; à l'aide des aumônes de la famille royale et de ses amis, elle acheta du linge, des vêtements , distribua un peu d'argent; puis, pour faire un bien plus solide et plus étendu , elle dut solliciter les ministres , se mettre en relation avec les autorités supérieures et triompher des résistances et des mauvaises volontés que rencontre trop souvent l'initiative individuelle, quand elle veut pénétrer dans le domaine public. Ces visites lui coûtèrent beaucoup plus que celles qu'elle faisait ù ses prisonnières. Accueillie d'abord avec

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froideur et une politesse ironique, elle fiiiil p;ir convaincre, et, sa position et son influence aidant , elle acquit bientôt une véritable autorité dans cette région , où trop souvent se décide arbitrairement la destinée des institutions et des personnes ; les portes de l'administration lui furent ouvertes, on écouta ses plaintes , on tint même compte de ses observations. Elle était plus puissante encore dans les hautes sphères du gouvernement; elle obtint des grâces, des réductions de peine, et, ce qui était plus difficile , la réforme d'abus invétérés auxquels le temps avait donné force de loi , entre autres, la suppression de la vente de l'eau- de-vie et une surveillance plus sévère sur les employés , qui donnaient l'exemple de la violation des règlements. Mais aussi elle ne s'épargnait pas quand il s'agissait des intérêts de ses protégées ; elle allait même solliciter les juges , hâter les procès et poursuivre jusqu'à la campagne le juge d'instruction, qui oubliait quelquefois que des malheureux attendaient en prison qu'il eût fini ses promenades pour obtenir leur liberté. Les prisonnières, reconnaissantes de tous ces services , écoutaient avec plus d'empressement et d'obéissance celle qui savait si bien demander et obtenir pour elles.

La première chose qu'elle leur apprit fui la prière; qudques-unes ne l'avaient jamais sue, le plus grand nombre l'avaient oubliée. Elle y avait

souvent recours , car toutes les fois qu'elle rencontrait dans une prisonnière une nature rebelle , une opposition trop obstinée, elle demandait aux autres de prier avec elle pour la révoltée ; toutes se mettaient en silence à genoux, récitaient avec un grand recueillement la prière , et la solennité de ce pieux exercice agissait à la fois et sur la coupable qui en était l'occasion , et sur celles qui avaient été ainsi appelées à faire envers une de leurs compagnes un acte de charité religieuse.

Vint ensuite le catéchisme, qu'elles écoutèrent d'abord avec curiosité, comme une chose nouvelle , mais qu'elles eurent grand'peine à apprendre avec leur intelligence si mal nourrie et si peu exercée. Le plus grand obstacle à l'instruction de la religion était la profonde ignorance de ces pauvres créatures ; aucune ne savait lire, et il fallait répéter cent fois la même définition pour obtenir une réponse satisfaisante à la plus simple des questions. Devenue leur maîtresse d'école , M'"'" de Barol mit tous ses soins à leur apprendre à lire , se servant des plus intelligentes qui savaient le plus vite , pour montrer aux autres. « Mes filles, leur disait -elle, je tâche de vous faire du bien pour que vous le rendiez à votre prochain ; vous ne pouvez donner à vos compagnes tout ce dont elles ont besoin, donnez-leur au moins ce que vous avez ; aidons-nous les uns les autres , en priant Dieu de venir à notre aide ; pour moi ,

je vous remercie de la peine que vous prenez pour diminuer la mienne. » Ces paroles encourageaient ces pauvres filles , qui redoublaient de zèle , soutenues par la pensée que, dans leur pauvreté, elles pouvaient rendre service à leur bienfaitrice.

La longue oisiveté du jour fut remplacée par le travail. Les deux tiers du bénéfice étaient remis immédiatement à l'ouvrière ; le dernier tiers lui était rendu à sa sortie, et à l'expiration de sa peine elle était en possession d'un moyen honorable de gagner sa vie. Enfin IM""" de Barol obtint l'autorisation d'élever un autel à l'extrémité du corridor, afin que toutes pussent entendre la messe , et se chargea des frais du culte et du chapelain. Les prisonnières, rendues meilleures par ses pieuses instructions , et surtout par l'affection qu'elle leur témoignait, furent très -sensibles à ce retour des pratiques religieuses; elle se sentaient comme réhabilitées par leur rentrée dans l'Église, et plusieurs pleuraient de joie de n'être plus exclues de ces fêtes , de ces cérémonies qui sont le bien commun de tous les catholiques.

« Mes pauvres enfants, leur disait à cette occasion M™8 ^Q Barol , Dieu est toujours avec nous , mais c'est un grand bonheur de pouvoir prendre sa part du saint sacrifice que son amour a institué pour la rémission de nos fautes. »

Elle visitait depuis cinq mois la prison du Sénat,

lorsque les prisonnières correctionnelles, qui avaient entendu parler du bien qu'elle faisait à leurs compagnes d'expiation et de misère, sollicitèrent sa protection. Elle ne consentit à s'occuper d'elles qu'à la condition d'une complète obéissance et d'une constante application. On promit tout pour avoir la joie de la posséder. La maison de correction était autrement distribuée que celle du Sénat , mieux éclairée, plus aérée; mais le local était encore plus malsain. Les femmes demeuraient au rez-de-. chaussée , sur un sol qu'il fallait couvrir do paille pour en dissimuler l'humidité; deux fois par jour, une porte de fer s'ouvrait sur une petite cour pour le nettoyage de la salle , et comme la porte de la salle des hommes donnait aussi sur cette cour, il n'était permis que très-rarement de s'y promener. Ce voisinage entraînait les plus grands désordres. Les détenues de la correction n'étaient ni plus pieuses ni plus instruites que les anciennes protégées delà marquise; elles n'avaient pas plus d'offices religieux. Une femme prisonnière depuis seize ans n'avait jamais entendu la messe. M™"^ de Barol introduisit à la Correction le régime qui lui avait si bien réussi dans sa première prison : elle établit la prière commune , l'instruction religieuse , la classe pour apprendre à lire, et fit construire une chapelle; mais là, comme à la prison du Sénat, elle se trouvait arrêtée dans sa mission par l'immense

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abus de la réunion dos liommes et des femmes dans la même maison , et par le mélange dans les mêmes salles des prévenues et des condamnées. Les premières, toujours occupées de leurs comparutions en justice, de leurs défenses et de leurs jugements , ne prêtaient attention ni à l'école ni au catéchisme, et troublaient de leur agitation les condamnées mieux résignées et plus recueillies.

Trois ans après son entrée dans les prisons , et lorsque chaque jour son autorité grandissait auprès du gouvernement par l'excellence des résultats qu'elle avait déjà obtenus, à la suite d'innombrables démarches , de sollicitations infmies , et de la mise en mouvement de toutes les influences dont elle pouvait disposer, elle obtint la maison de la Force pour y mettre, comme disait le geôlier en chef, tout ce qu'elle voudrait; elle y fit placer les détenues de la prison du Sénat et de la maison de correction des Tours. A la veille de quitter ces murs si malsains , et où elles avaient tant souffert , les malheureuses prisonnières , en défiance de tout changement , se prirent à regretter leurs habitudes passées , et parlèrent de présenter une pétition pour ne pas être dérangées de leur ancienne demeure. Il fallut toute l'éloquence de M"^^ de Barol pour les faire renoncer à leur projet. Elles témoignèrent alors une grande répugnance à traverser à pied les rues de Turin pour aller d'une

prison à l'autre. Par les soins de la marquise , elles furent toutes transportées en voitures. Elles reconnurent bientôt les avantages de ce changement : la nouvelle maison , qu'elles occupaient seules , était saine, bien éclairée, avec de spacieuses et hautes salles d'infirmerie. Les prévenues étaient séparées des condamnées ; une cour visitée par le soleil en toute saison permettait à toutes de se promener et de prendre l'air à des heures différentes ; il y avait une chapelle et un lavoir.

Une fois installées, la marquise leur présenta un projet de règlement, leur dit qu'elle ne pouvait leur faire du bien sans leur consentement, et leur demanda de discuter et de voter la loi qu'elles devraient suivre. Le projet fut, en effet, examiné, chaque article devint le texte d'une discussion , et lorsque l'ensemble eut été voté par la majorité, ou plutôt par l'unanimité des suffrages , le règlement fut affiché sur le mur, et personne ne songea à en contester l'autorité. Go fut alors que la marquise de Barol , qui jusque-là ne s'était adjoint qu'une personne très - charitable , qu'elle avait chargée de distribuer le linge, accepta deux autres auxiliaires, j^mcs (Je Villamarina et Montegrandi , qui firent une lecture pieuse chaque jour, et, le vendredi, l'examen de conscience.

La direction du travail , donnée d'abord à une prisonnière très-intelligente, mais qui se permet-

tait de prendre sur le î^ain des ouvrières une petite part illicite , fut confiée bientôt à la comtesse de Seyssel. Cette dame choisit le genre d'ouvrages le plus à la portée des détenues , celui qu'elles pouvaient le mieux faire. Des prix , des encouragements furent donnés aux meilleurs travaux.

Peu à peu une discipline exacte, un ordre parfait s'introduisirent parmi les femmes , vouées jusqu'à cette réforme à la licence et à toutes les conséquences de l'ignorance, de l'oisiveté et du vice. Le règlement était fidèlement observé , les prières dites avec piété, les offices suivis avec recueillement , le travail actif et aimé. La marquise était l'âme de ce monde renouvelé : elle surveillait tous les services, provoquait les dévouements, redressait les torts, et réformait les imperfections avec ce mélange de douceur et de fermeté qui appelle la confiance et décourage la révolte; elle était à la fois la mère de ces pauvres femmes, leur institutrice , leur correspondante , leur protectrice auprès des puissances, l'agent de leurs affaires au dehors, le juge et le rémunérateur de leur conduite au dedans, et elle commençait à recuciUir dans la joie la moisson qu'elle avait semée dans les dégoûts et les larmes.

Mais à mesure que son œuvre se développait, elle en apercevait les lacunes; elle ne pourrait pas toujours en supporter le poids; tôt ou tard elle

manquerait à sa tâche, et elle n'avait autour d'elle personne à qui laisser ce précieux mais difficile héritage. Même sous sa direction, la réforme, pour ne pas dégénérer, exigeait une action continue, une surveillance de tous les moments , une résistance infatigable à toutes les mauvaises influences. Elle comprit que l'avenir ne serait assuré que le jour où son œuvre serait confiée à un ordre religieux, à cette grande âme qui ne meurt pas, qui ne sommeille ni ne se fatigue jamais , et a toujours la force suffisante et l'aptitude nécessaire à la mission qu'elle entreprend, parce qu'elle puise dans le renouvellement de ses membres et la succession de leur vocation l'éternelle jeunesse, la continuité de l'expérience et la perpétuité du dévouement.

Elle avait aidé à l'établissement des sœurs de Saint- Joseph en Savoie; plus tard, dans une de leurs succursales, fondée à Turin, ces saintes filles se livraient à tous les exercices , et acceptaient toutes les charges de la charité. M'"" de Barol leur demanda si elles voulaient la seconder dans l'œuvre des prisons. Elles n'hésitèrent pas à accepter une des missions qui pouvaient les tenter le plus : car il s'agissait de tirer de l'abîme des âmes près de périr, et de soulager la plus triste et la plus profonde des infortunes. Agréées par le gouvernement, elles se mirent à l'ouvrage, sous l'inspiration de la fondatrice , suivirent ses conseils , profitèrent

de son expérience. Sous cotte douce et charitable influence, les condamnées redoublèrent do régularité et de soumission; la peine changea do caractère, et devint réellement une correction, et la maison des détenues , rendue à sa destination chrétienne, fut plutôt, comme le dit Pellico, un pieux et doux monastère qu'une prison.

A l'expiration de leur peine, les libérées, purifiées par la prière et le travail , sortaient avec la connaissance d'un métier et un pécule que leur travail avait amassé. Si leurs familles ne pouvaient les recueillir, ou si elles n'en avaient plus , la sollicitude de la marquise ne les abandonnait pas : elle les soutenait jusqu'à ce qu'elle leur eût procuré un moyen de vivre honorablement. Plusieurs demandaient à rester à la prison , pour n'être pas séparées de leur bienfaitrice; beaucoup réclamaient une place dans le refuge qu'elle avait fondé , et continuaient à y donner de bons exemples , maintenues dans leur persévérance par la pensée que là encore elles étaient sous la protection de M"'^ de Barol.

Ces conquêtes sur le mal ne s'obtinrent pas sans difficulté et sans résistance, et chacun des progrès fut chèrement acheté. Car chaque caractère avait exigé un traitement spécial; tout délit, tout crime était le fruit d'un défaut, d'une passion, d'une habitude à laquelle il avait fallu renoncer ;

plusieurs n'avaient pu qu'à la longue se plier b un régime si opposé à leur passé; et au commencement surtout , chaque innovation , chaque amélioration devenait l'occasion de quelques révoltes. L'introduction de la prière , qui avait d'abord attiré comme une nouveauté , effaroucha bientôt. Les plus âgées , celles qui avaient vieilli dans l'insouciance et l'incrédulité, refusèrent de s'y rendre. M"^® de Barol leur fit alors défendre la porte de la salle où elle se tenait, et il fallut, pour qu'elles demandassent à y revenir, l'attrait toujours si puissant du fruit défendu. Elle eut encore plus de peine à faire entrer dans ces intelligences fermées, ou trop distraites , les notions élémentaires de la religion , et il lui arriva souvent de recueillir, au lieu d'une réponse satisfaisante, une absurdité, et même un blasphème.

Un jour, une des plus vieilles prisonnières , connue sous le nom de mère Isabelle , était auprès de M'"° de Barol pendant qu'elle faisait le catéchisme; elle lui demanda ce qu'était Dieu. La malheureuse prit une image du crucifix , la déchira en mille pièces , et s'écria avec un grand éclat de rire : « Voilà Dieuj » L'âge , la misère, le vice, avaient fait de cette femme un objet d'horreur. Ses compagnes elles-mêmes , indignées, lui crièrent tout d'une voix : « Taisez-vous, mère Isabelle. » Mais cette injonction redoubla sa co-

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1ère; cL comme M""^ de Barol, qui avait conservé son sang- froid, voulait lui prendre la main, et cherchait avec une grande douceur à lui faire comprendre l'inconvenance de ce qu'elle venait de faire : « Encore de nouveaux sermons! lui cria la vieille femme; vous m'ennuyez, laissez-moi tranquille. » Puis, la repoussant avec violence, elle s'enfuit en blasphémant. La marquise se jeta à genoux : « Prions, dit-elle les larmes aux yeux, pour la pauvre Isabelle; demandons à Dieu de lui pardonner et de toucher son cœur. » Elle récita lentement un Pater et un Ave, que répétèrent toutes les prisonnières, et reprit le catéchisme. En s'en allant, elle rencontra Isabelle dans le corridor : « Nous avons prié pour vous, » lui ditelle avec bonté. La vieille leva les épaules et lui tourna le dos. Pendant quatre jours , la même prière fut dite à l'intention d'Isabelle, et celle-ci restait à filer dans le corridor. Le cinquième jour, elle entra en pleurant dans l'infirmerie, se mit à genoux, et supplia qu'on continuât à prier pour elle. Elle dit ensuite que la nuit elle avait été épouvantée par d'horribles songes, mais que les prières faites en sa faveur l'avaient calmée; puis, s'adressant à M"'« de Barol : « Je crois, lui dit-elle, que vous me voulez du bien, car vous n'auriez pas prié avec tant de ferveur, et Dieu ne vous aurait pas exaucée. — Puisque vous croyez que Dieu

nous écoute , lui répondit la marquise , pourquoi ne lui parlez -vous pas vous-même? — Ah! reprit la vieille femme avec un sourire satanique, moi, je suis l'amie du diable, Dieu ne peut ni m'aimer ni m'écouter. »

Malgré ses efforts pour la ramener et l'adoucir, la marquise obtint peu de la vieille pécheresse ; mais au moins elle ne troubla plus les exercices de piété. Quelque temps après, elle sortit de prison, vécut encore deux ans, et mourut chrétiennement. Plusieurs mois après sa sortie, sa fille, qui n'avait pas été très -bien élevée, fut elle-même condamnée à deux ans de prison pour vol. De temps en temps elle recevait les visites d'un homme qui se disait son mari. La marquise ne tarda pas à découvrir la vérité , obtint les dispenses , fit toutes les démarches , et parvint à faire réhabiliter cette union irrégulière.

Rien ne fut plus difficile au début que de faire accepter la suppression de l'eau-de-vie ; les geôliers , qui y trouvaient leur compte , s'insurgèrent d'abord; on les apaisa avec des cadeaux et de l'argent ; mais les prisonnières ne se calmèrent pas si vite, et plus d'une scène d'injures et de violences signala cette indispensable réforme.

Une femme jeune cl vigoureuse nourrissait son petit enfant; son mari lui apportait de grandes bouteilles d'eau -de -vie, et le geôlier, après avoir

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prélevé son tribut, les laissait passer. L'enfant souffrant de cette ardente boisson, le médecin la défendit ; mais il ne fut tenu compte ni de la santé de l'enfant, ni de l'ordonnance du docteur, et il fallut sevrer le pauvre petit malade. Ce fut un des .arguments dont se servit la marquise pour obtenir du premier président la suppression des liqueurs fortes. A cette nouvelle, la jeune femme entra dans une fureur convulsive; oubliant que la marquise faisait donner du pain à son mari et à ses enfants, elle se jeta sur elle , lui donna des coups de poing , et lui cracha au visage en l'accablant d'injures. M™" de Barol supporta sans se troubler ces outrages; elle plaignit la malheureuse, s'affligea de son ingratitude, mais ressentit en même temps une sainte joie de souffrir à l'imitation de son Maître ; sa mansuétude et sa patience augmentèrent encore son influence sur les prisonnières.

L'année suivante , la même scène se renouvela. Une autre femme, comme saisie d'un délire furieux , frappa rudement M""" de Barol ; mais bientôt elle en témoigna un profond repentir, et eut la franchise d'avouer qu'elle avait feint cet accès de fièvre, pour avoir la facilité de se jeter impunément sur sa bienfaitrice et de la maltraiter.

Les agitations du dehors vinrent aussi plus d'une fois troubler la paix intérieure. Les désordres de la politique eurent de l'écho dans les

prisons. A la révolution dite des trente jours , le bruit se répandit que les révoltés allaient rendre la liberté à tous les détenus. La marquise ne quitta pas Turin , et resta fidèle à son poste. Un matin , pendant qu'elle était dans la maison de correction , un grand tumulte s'élève dans la ville, la foule s'agite au cri de : Vive la constitution ! Les prisonnières, peu familiarisées avec les clameurs politiques , croient qu'on vient leur annoncer la liberté ; elles veulent faire chorus avec la rue , se mettent à pousser d'horribles hurlements et s'efforcent de briser leur porte. La marquise était au milieu d'elles ; elle se jette à genoux en s'écriant : « Prions , mes filles , pour que Dieu nous protège ; car j'ai grand'peur que tout cela ne finisse trèsmal. » Ce pieux mouvement les rend à elles-mêmes ; elles l'entourent, la pressent entre leurs bras et lui disent : « Ne craignez rien , nous vous défendrons , nous vous aimerons toujours, nous ne permettrons pas qu'il vous arrive aucun mal. — Si vous m'aimez , reprit-elle avec émotion , que l'on nous trouve toutes ici en prières. Ne m'abandonnez pas , et moi je n'abandonnerai pas à mon tour celles qui me seront fidèles. » Elles jurèrent de lui obéir, et de ne plus prendre aucune part aux manifestations du dehors. Quelques jours aj^rès , le tumulte recommença dans la rue ; les prisonniers mêlèrent leurs cris à ceux de la foule , en réclamant la liberté ;

mais les femmes ne bougèrent pas. « Qu'ils crient tant qu'ils voudront, se dirent -elles, nous avons promis de rester et nous resterons. «

A travers toutes ces émotions qui lui apportaient des alternatives de tristesse et de joie, l'àme de M"'^ de Barol avait des jours de lassitude et de découragement. Beaucoup d'illusions avaient été suivies de beaucoup de mécomptes ; plus d'une conversion péniblement obtenue ne persévérait pas, et à chaque nouvelle arrivante il fallait recommencer les fatigues et les travaux ; sa conscience pure et généreuse souffrait de tout ce qu'elle découvrait de misères morales et de dégradations au fond de ces cœurs jusque-là fermés à la pénitence et au repentir. Mais la grandeur du but qu'elle poursuivait relevait bientôt son courage et ses espérances. Lorsqu'elle voyait ses protégées dans une maison saine et convenable , fidèles à un sage règlement qui faisait régner à toute heure la discipline, la sobriété et la décence, et devenues , entre les mains des sœurs , pieuses chrétiennes, écolières appliquées, laborieuses et intelligentes ouvrières; lorsqu'elle s'entendait appeler « ma mère » par cette nombreuse famille dont tous les jours elle éprouvait l'affection filiale, elle oubliait ses déboires , elle ne se souvenait plus de ses fatigues , et remerciait Dieu avec effusion d'avoir béni la première et la plus chère de ses œuvres.

Dans des notes manuscrites , confidentes de ses pensées et de ses observations , M"^^ de Barol révèle le secret de sa méthode et de ses succès. « Je n'enseigne rien de nouveau , écrit-elle, en disant qu'aucun bien ne peut être fait qu'au nom de Dieu, et que personne ne doit essayer d'arracher par la force ce que la religion seule peut obtenir.

« Je connais certaine prison où sont établis des règlements sévères et où ils sont rigoureusement exécutés; ils ne font qu'ajouter un supplice de plus à la perte de la liberté; l'ordre est extérieur, le désordre est dans l'intelligence et le cœur. Forcer à l'ordre un être dépravé, avili par le vice, accoutumé à toutes les brutales émotions qu'il donne, c'est lui infliger la plus dure des pénitences; mais l'amener à aimer l'ordre, lui en faire comprendre la nécessité, la douceur, voilà la vraie conversion.

« Il faut donc agir par l'inspiration de la vraie charité, parler avec charité, conseiller, punir, récompenser charitablement. La charité amollira ces cœurs endurcis, j'oserai dire qu'il faut d'abord les toucher, les séduire, et ne chercher qu'après à les convertir.

« J'ai souvent demandé aux prisonnières de faire pour moi, pour me faire plaisir, ce qu'elles m'auraient refusé si j'avais voulu le leur imposer comme un devoir. Mon Dieu sait que je ne pensais qu'à lui seul; c'est à lui que je voulais les conduire; A

me fallnit commencer par les degrés inférieurs, parce que ces pauvres créatures n'avaient pas la force de s'élever d'un seul élan jusqu'à lui.

« Une prisonnière est exclue de la société , fraj)pée par la justice , trahie par ses complices , souvent odieuse à ses compagnes d'infortune : il faut venir à elle comme une amie. Elle s'émeut de voir qu'une personne qui aime la vertu daigne encore l'aimer elle-même. Qu'on la mette souvent en présence de ce bon Père qui , plein d'amour pour elle, la suit partout, tandis que ceux dont elle croyait être aimée l'ont abandonnée. Qu'en même temps on lui montre que les fautes n'entraînent pas seulement la peine éternelle , mais aussi les punitions de ce monde ; on réussira quehjucfois en lui faisant voir tous les bénéfices de la vertu sur la terre; ces considérations inférieures reposent sur une base peu solide , mais elles préparent la place à quelque chose de plus élevé , à cette espérance

infinie qui console de toutes les douleurs Je le

répète, il est de la dernière importance de commencer par attendrir ces pauvres femmes , par se faire aimer d'elles, en leur prouvant qu'on les aime.

« C'est ainsi que j'ai obtenu leur confiance; je n'avais pas alors l'expérience d'aujourd'hui; mais le cœur venait à mon aide, je pleurais, je souffrais avec elles. Plus d'une fois il m'est arrivé de ne pas

déjeunera la maison pour pouvoir à la prison partager le dîner des détenues. Elles me voyaient manger avec appétit un morceau de pain noir, et elles me disaient que ce pain leur semblait meilleur. Je n'achetais pas mon morceau , chacune m'offrait le sien, et je savais que pour plusieurs c'était un véritable sacrifice; mais leur âme s'ouvrait au noble sentiment de la reconnaissance

Je ne réussissais pas cependant toujours dans ce que je désirais : une crainte s'emparait de moi , j'avais la conscience de mon indignité; je fondais alors en larmes; je souffrais dans mon corps et dans mon esprit; je disais au Seigneur : 0 mon Dieu, je ne suis qu'une faible créature ; mais il me semble que je vous aime de tout mon cœur, de toutes mes forces ; je veux que d'autres vous connaissent et vous aiment. J'espère et je peux tout en Celui qui me fortifie. Ces paroles , que je répétais souvent, me calmaient, et je continuais mon œuvre. »

Plus loin elle raconte la réussite de ce qu'elle appelle une de ses imprudences :

« 11 y avait en prison une femme sujette à de violents accès de colère; je l'ai corrigée, mais depuis j'ai reconnu que dans l'emploi du remède , j'avais manqué de prudence.

« J'avais rencontré une malheureuse mendiante, mère de plusieurs enfants , qui m'avait dit qu'elle

LA MARQUISE DE RAROI. Jll

était blanchisseuse , mais que pendant une longue maladie elle avait été forcée de vendre ses instruments de travail. Je lui en achetai d'autres , et les prisonnières ayant en ce moment besoin de quelqu'un pour laver leur linge, je leur parlai de cette pauvre femme et leur proposai de l'employer, tout en les prévenant qu'ayant perdu l'habitude de son état , elle ne réussirait pas probablement la première fois; j'ajoutai qu'il serait bien à elles de prendre patience, et que recevant la charité il était juste qu'elles l'exerçassent envers d'autres. Toutes consentirent à donner leur linge. Lorsque la blanchisseuse le rapporta , l'ouvrage fut trouvé mal l'ait. Je les priai de patienter encore une fois; elles s'y résignèrent , à l'exception de la femme colère. Celle-ci jura qu'elle ne se servirait jamais plus de la nouvelle blanchisseuse, et vomit contre elle mille imprécations. Je laissai passer ces violences.

« Le lendemain je revins, l'espérant plus calme, et je lui demandai si elle ne voulait pas contribuer au soulagement de cette famille. Elle refusa durement. « On ne fait pas la charité par force, lui dis- « je; vous êtes la maîtresse. » Puis me tournant vers les autres : « C'est moi qui vous ai donné cette « mauvaise blanchisseuse, il est juste que je paie « son ouvrage ; je rembourserai donc le prix du '(■ dernier blanchissage et du prochain. A vous ,

« dis-je à la méchante , je ne rendrai rien ; vous « ne voulez pas aider une pauvre mère de famille, « vous ne serez pas aidée. »

« Elle s'emporta, jura, m'accusa d'injustice. Je la laissai dire , et m'en allai dans la salle voisine faire réciter le catéchisme. C'était en hiver; cette femme avait une chaufferette allumée , elle avait coutume de me la prêter, et je la récompensais en lui faisant donner des cendres pour le reste de la journée. Malgré sa colère, elle m'envoya sa chaufferette; je la refusai, en disant que je ne voulais rien recevoir d'elle , puisqu'elle ne donnait que par intérêt. Alors sa rage fut au comble. Entendant ses cris, je vins à elle, défendant à tout le monde de me suivre , et je l'invitai à se taire. Elle s'irrita de plus en plus ; nous étions seules dans une petite chambre, elle me cria de sortir, que sans cela elle me frapperait. Elle était grande et forte , et sa menace pouvait être sérieuse. Il y avait près de moi un seau d'eau et à côté une écuelle ; je lui dis tranquillement : « Ma fille, vous avez une ma- « ladie pour laquelle j'ai entendu dire que l'eau « était un excellent remède. » En même temps je remplis l'écuelle. Elle s'écria que, si je lui jetais de l'eau, je m'en repentirais. Je lui jetai à la figure tout ce que l'écuelle contenait; elle s'y attendait si peu qu'elle ne s'était pas reculée. Elle continua ses hurlements; jii lui ordonnai de nouveau de se

taire, elle n'obéit pas, et elle reçut une seconde aspersion.

« Ce second coup la réduisit au silence. La voyant plus douce, je la pris par la main : « Venez, « lui dis-je, vous déshabiller et vous mettre au « lit. » Elle se laissa conduire comme un enfant.

« Je lui fis prendre une soupe chaude; elle se calma tout à fait, me demanda pardon, offrant de donner son linge à la blanchisseuse ; je le lui permis , sans lui rembourser la dépense comme aux autres, mais j'acceptai sa chaufferette. Depuis lors elle n'eut plus de si violentes colères. Quelque temps après , elle sortit de prison. Je la rencontrai un jour dans la rue, et elle me parla avec reconnaissance du moyen qui avait eu pour elle de si bons effets; mais j'y renonçai pour toujours, convaincue qu'il ne faut pas exposer une créature dont la raison est troublée à commettre quelque grave délit ; seule dans cette petite chambre avec cette femme exaspérée, elle aurait pu me donner quelque mauvais coup.

« Il est une punition, ajoute-t-ellc, que j'emploie le plus rarement possible, mais à laquelle il faut cependant avoir recours. Lorsque deux femmes se sont disputées, et que l'une d'elles veut se venger par des voies de fait des injures qu'elles se sont dites, je lui fais mettre aux pieds une chaîne qui l'empêche de s'approcher de son adversaire ;

le geôlier applique cette punition , à laquelle je préside, en ayant soin de faire entourer la jambe d'étoffes qui l'empêchent de souffrir. Ordinairement la nuit ne se passe pas sans emporter avec elle le désir de la vengeance; j'avoue que, pendant cette nuit, je ne suis pas sans inquiétude, et il m'est arrivé de retourner à la prison le soir même , quoique déjà tout habillée pour aller dans le monde. Ma visite dans ce costume , en leur montrant ce que j'avais abandonné pour me trouver avec elles , produisait quelquefois un très-bon effet sur ces malheureuses. Lorsque je m'étais en vain fatiguée à les convaincre, que j'étais à bout de mes forces, et que tout le monde voyait combien j'étais épuisée , les meilleures disaient à la rebelle : « Tu ne vois pas comme tu la fais souffrir. » Et alors , par honte ou par un bon sentiment , celle-ci se laissait émouvoir et cédait.

« C'est une erreur difficile à éviter de trop bien traiter les mauvaises dans l 'espérance de les adoucir, et j'avoue que j'ai souvent employé les moyens de douceur, surtout envers celles qui m'ont menacée on injuriée; mais j'avais soin d'en parler d'abord aux autres, car je ne voulais pas qu'elles pussent dire qu'il suffisait d'être méchante pour obtenir de moi des soins particuliers. Je leur demandais de me laisser être généreuse pour arrêter ces grands accès de fureur qui pouvaient entraîner de graves

désordres et nuire à tout le monde ; do celte manière , elles échappaient à l'envie , un des péchés que je crains le plus de provoquer.

« Il y a des femmes, principalement les jeunes, qui commettent des fautes pour que je m'occupe d'elles; elles ne veulent pas rester dans la foule. Quand je m'aperçois de cette disposition, je m'en sers , j'excite leur émulation , et si elles font bien , je leur accorde quelque louange ou quelque récompense ; ce moyen réussit ordinairement.

« Par méchanceté ou habitude quelques-unes volent leurs compagnes; je dis méchanceté , car il il y en a qui détruisent ce qu'elles ont dérobé ou le cachent dans le lit d'une autre, pour faire tomber sur celle-là les soupçons, l^n jour il me fut impossible de découvrir la coupable. Mais celles que je soupçonnais en raison de leurs précédents furent déportées à Pallanza; elles avaient mérité cette punition , et je suis sûre que la voleuse était du nombre. Une autre fois j'eus recours à un expédient qui me fit connaître la vérité : aussitôt le vol constaté, j'assemblai les prisonnières, j'essayai de leur faire comprendre la gravité du délit et j'engageai la coupable à m'avouer sa faute; sans cela, ajoutai-je, j'en informerais l'avocat général, qui ferait subir à la voleuse toute la rigueur des lois de la justice. 11 n'y avait donc pour elle aucun autre moyen do salut que d'accepter ma proposition

et de s'en remettre avec confiance aux lois de la charité. Coupable et innocentes se jetèrent à mes pieds, en me suppliant de ne pas présenter la plainte. Je m'agenouillai avec elles ; nous récitâmes une prière, puis je les réunis toutes à une des extrémités de la prison; je me plaçai dans un long corridor qui conduisait à l'autre extrémité, et je fis passer chacune séparément devant moi.

« Au nom de Dieu , leur disais-je, qui voit et sait « tout, qui punit le mensonge et pardonne au « repentir, je vous le demande : est-ce vous qui « avez volé? » La femme interrogée allait rejoindre celles qui l'avaient précédée , elles récitaient ensemble les litanies de la sainte Vierge,

« Au premier tour d'examon , la coupable n'avoua pas, mais je remarquai son trouble, et proposai un nouvelle épreuve. Elle me dit alors en tremblant : « C'est moi. » Je la fis passer plus vite que toute autre, alin que [x^rsonne ne s'aperçût de son aveu, et, l'examen terminé, je déclarai que je connaissais l'auteur du délit. « Ne vous inquiétez pas, ajoutai -je, les oljjcts dérobés seront rendus, ou l'on eu donnera le prix. »

« Souvent les détenues demandent à me parler en secret; j'en profite pour faire la leçon aux voleuses. Le plus grand nombre se- corrige; je les oblige à la rcstilulion et à récilcr (|U(l(iiies prières par pénitence. Elles n'ont jamais la crainte que je

les trahisse, mais elles savent que je n'oublie jamais rien de ce qu'elles m'ont dit en secret; il est connu dans la prison que je pardonne , mais n'oublie pas. J'avoue que cela m'a coûté de grands efforts de mémoire; je m'aide maintenant en écrivant, au haut de la page où j'inscris les bons et les mauvais points du catéchisme, les fautes les plus graves de chacune.

« Un singulier événement est arrivé. Une femme accusée d'infanticide fut amenée en prison : on la laissa longtemps sans l'interroger. Au moment de son interrogatoire , elle se déclara grosse , et les chirurgiens confirmèrent sa déclaration. Elle se portait bien , mangeait beaucoup : je lui faisais donner quelque aliment qu'elle désirait , comme il arrive pendant la grossesse. Tout à coup elle eut un accès de tristesse et resta plusieurs jours sans manger. Je craignis pour sa santé et celle de son enfant; ne sachant que faire, j'eus recours, suivant mon habitude , à la prière ; ensuite je lui dis : « Vous voyez bien que je désire vous faire « du bien : pourquoi le refuser? si vous ne voulez « rien faire pour vous, faites quelque chose pour « moi. »

« Je lui avais donné des vêtements , parce que , estropiée d'un bras , elle ne pouvait que tros-peu travailler et ne gagnait pas de quoi s'iialiillcr. Hn lui montrant les habits qui la couvraient : « Ne

« voulez-vous rien faire pour me faire plaisir? » Elle entra alors en fureur, me jeta entre les bras que je lui tendais ce que je lui avais donné , en s'écriant qu'il était indigne de lui reprocher sa misère, et qu'ayant reçu tout de moi, je devais comprendre qu'elle n'avait rien à me donner. « Pourtant, répondis -je, vous me voyez à vos « pieds , vous conjurant de vous faire le seul bien « que je ne puisse vous faire, et j'en serai recon- « naissante comme si vous l'aviez fait à moi- « même. » x\lors elle fondit en larmes , s'écriant : « Vous à mes pieds ! vous demander, et moi refuser! « je ferai tout ce que vous voudrez. » Je lui donnai aussitôt un peu de soupe, un peu de vin ; mais soit l'effet du jeûne, soit toute autre cause, à peine eutelle mangé qu'elle s'évanouit. Nous la transportâmes sur un lit de l'infirmerie, et comme elle était très-lourde, une infirmière dut monter sur le lit pour l'y placer. Elle reprit ses sens , et voyant sur sa tête cette femme en corsage rouge, couleur des gens de justice, qui lui attachait un petit cordon trop court autour du col , sa conscience troublée lui présenta la plus terrible idée : elle retomba dans son évanouissement, se croyant entre les mains du bourreau ; il me fut impossible de ne pas croire à sa culpabilité. A quelque temps de là, nous fûmes certaines qu'elle n'était pas grosse. Comme elle n'était plus retenue en prison que pour mauvaises

mœurs, elle fut mise en liberté après peu de mois de détention ; elle avait simulé une maladie pendant tout le temps de son emprisonnement pour rester au lit et cacher son mensonge; elle m'avoua sa faute au moment de sortir. »

Vient ensuite dans le manuscrit l'histoire touchante d'une condamnée que la religion a transfigurée et qui fût une de ses plus dévouées auxiliaires. Elle se nommait Angelina Agnel, et avait été condamnée à mort pour vol domestique. « J'obtins du comte de Revel, alors gouverneur général, que la peine fût commuée en prison perpétuelle. Elle mérita par sa bonne conduite toutes les récompenses, et fut nommée infirmière en chef. Cet office, qui donne quelques profits, demande beaucoup de charité; elle n'en manquait jamais, mais ayant grande facilité à éluder les règlements sur les boissons, elle s'enivra un jour, perdit son poste et fut punie. Une bonne conduite qui ne se démentit plus la fit remonter au rang de première surveillante, mais non à l'infirmerie, où elle aurait encore était exposée à la tentation. Elle devint pour moi une précieuse auxiliaire, grâce à la bonté et à la douceur de son caractère. Elle avait en outre un admiraljle sang-froid , aimait l'ordre et en sentait la nécessité. Quoique attentive à me prévenir de tout ce qui la troublait, olie était généralement aimée doses compagnes. Sa conversion était l'œuvre

de la religion, et je la crois sincère; son intelligence était merveilleuse.

« Je fus frappée de la manière dont elle reçut la nouvelle de sa condamnation à mort. Elle l'entendit immobile, pâlit un peu et sourit, .l'avais, sans qu'elle le sût, obtenu sa grâce; j'aurais voulu lui éviter la crainte de la mort, cela ne me fut pas possible pendant quelques instants. Quand je lui annonçai qu'elle ne mourrait pas, elle pleura tranquillement, me fit peu de remercîmcnts , ne laissa échapper aucune plainte ; son affection pour moi se manifesta avec une grande vivacité en d'autres circonstances; mais lorsque je lui dis que je l'avais sauvée du gibet, elle m'écouta avec une sorte d'indifférence.

« J'eus une longue maladie. Revenue à la santé , je dis aux prisonnières que je voulais célébrer mon retour auprès d'elles par un don qui leur fût agréable. La pieuse Agnel, affirmant qu'elle parlait au nom de toutes, me demanda de leur faire cadeau de quatorze tableaux composant le Chemin de la croix. Je m'assurai du consentement général, et j'apportai les tableaux. Elle s'offrit d'elle-même à lire à haute voix les stations deux fois la semaine, le vendredi et le dimanche. Cet exercice de dévotion est entièrement libre , personne n'est obligé d'y assister; mais Agnel les entraîna toutes par son exemple. Elle me demanda la permission d'habiter

une chambre assez obscure au rez-de-chaussée que traversaient les prisonnières qui se rendaient à rhôpital cL les femmes qui étaient en dépôt pour ôtrc reconduites dans leur pays; elle demandait, disait-elle , cette permission afin de pouvoir leur donner, en ce peu de temps , quelque instruction religieuse. C'était un beau sacrifice pour une femme destinée à rester en prison toute sa vie ; il s'agissait de se séparer de ses compagnes, d'abandonner une chambre saine et riante pour un réduit obscur et quelquefois humide ; je ne consentis point à cet acte de dévouement.

(( Un jour, au commencement du printemps, elle vint toute joyeuse me montrer quelques fleurs qu'on lui avait données, et me dit : « Ah! si je pouvais « avoir un vase de fleurs, que je serais heureuse ! » Je lui en fis apporter sur-le-champ une demi-douzaine de ditïérentes couleurs. Elle les reçut en pleurant de joie; sa joie me gagna et augmenta encore la bonne opinion que j'avais d'elle. Il faut avoir une douce conscience pour être sensible à une chose si simple. Ce fait m'inspira l'idée de faire planter des acacias dans le préau de la prison: ils furent accueillis comme des amis. »

M"'" de Barol conclut par ces lignes , qui résument toute la théorie sur laquelle elle appuyait la réforme des prisonnières , et dont l'application a donné de si admirables fruits :

« Plus je cherche à améliorer la situation matérielle des prisonnières, plus je demande le sacrifice de leurs passions et de leurs défauts ; les pauvres femmes semblent n'être soumises qu'à la force ; il faut chercher à changer cette pénitence forcée en une condition acceptée volontairement à l'aide des sentiments religieux. Beaucoup en arrivent là ; elles sont moins malheureuses ici-bas, et peuvent aspirer au bonheur de l'autre vie. Souvent, en raisonnant avec elles, je leur accorde qu'il y a des personnes plus coupables qu'elles et que n'atteint pas la justice humaine; et comme la vie du chrétien doit être une vie d'innocence ou de pénitence , j'en conclus que leur situation est préférable. Dieu est un père bon et tendre, il ne les punira pas deux fois, et en acceptant avec soumission les châtiments de ce monde, elles ont droit à une espérance infinie. C'est ainsi que je leur parle, et rarement je leur représente Dieu comme un juge sévère; il me semble bien dur d'eiïrayer pour l'avenir des créatures déjà si malheureuses dans le présent.

« Plusieurs sont mortes en prison, et toutes avec un saint calme et une confiance inébranlable dans la miséricorde divine. Je n'en ai vu mourir aucune en impie, et si l'irréligion se montre d'abord , elle cède peu à peu aux exhortations et aux bons exemples. J'ai rencontré beaucoup d'ignorance, pas d'incrédulité; plus d'une fois j'ai entendu cette

LA MARQUISE DE BAROL ti9

exclamation : « Grâce à vous , Madame , je suis « contente d'avoir été mise en prison : j'y ai appris « à connaître le bien et le mal , et à trouver une « consolation dans la religion. »

« Je dois souvent les défendre contre le sentiment de leur profonde abjection, qui, s'il n'est pas combattu , les conduit au découragement. « Ce « n'est pas la peine, disent-elles, nous ne ferons « jamais assez de bien pour réparer le mal que « nous avons commis. » Je cherche alors à les réhabiliter, à les relever à leurs propres yeux , en leur parlant de tout ce que Dieu a fait pour elles, de tout ce qu'il a promis , de tout ce qu'elles peuvent espérer. Les soins dont je les entoure , l'affection que je leur témoigne les réconcilient avec elles-mêmes. Que Ihorreur de la faute ne nous fasse pas traiter avec mépris le coupable; tant qu'il lui reste un instant pour se repentir, sa destinée peut devenir si belle ! »

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