‹ La marquise de Candeuil (volume 2)Chapitre 3 sur 15 · L\ MAI'.QUISE · texte numérisé non relu

L\ MAI'.QUISE

vriers, eu bijoux, en costumes, eu tapis, pour vivre, veiller ou dormir, épouvanterait, à juste titre, les plus fous prodigues de notre temps. Les premiers Français qui, en 'l 850, entrèrent à Alger, purent rencontrer encore quelques débris de cette splendide opulence foudroyée par Duquesne et par ïourville (IG82, 85, 87), mitraillée par O'Reilly (^75), bombardée par lord Exmouth (1 8^1 6) et anéantie par le maréchal Bourmont.

Aujourd'hui, Alger a presque entièrement changé l'aspect original qu'elle avait au temps de sa puissance. La captive, en perdant sa liberté, a perdu ses colliers, ses sourires, tous ses bijoux. Penchée, comme toujours, sur les flots qui viennent mourir à ses pieds, elle ne retrouve plus dans ce miroir fidèle à son malheur, les charmes de son passé, ses atours, ses diamants, ses couleurs bariolées, ses richesses frivoles, ses perles, ses fontaines de marbre et ses frais éventails. Non, ses maîtres chrétiens l'ont dépouillée, ils l'ont habillée à la française ; et la pauvre Alger, vaincue, subit, enchaînée sur son coteau, le supplice des su-

peibes, l'humiliation. Elle étale aux yeux du monde sa fâcheuse métamorphose, ses grandes rues larges et décorées d'arcades, ses casernes, ses places, ses palais, sa campagne semée de jardins et de maisons, ses uniformes sévères et ses maussades habits noirs, toutes choses dont elle pleure chaque jour!

Comme ville africaine, pour tout amant du passé, Alger est triste. Comme ville européenne, pour les hommes du présent, pour ceux de l'avenir, c'est une cité charmante, c'est la sirène de la Méditerranée, c'est la Corte'cliica de la France.

Dans les derniers jours du mois d'avril de cette année, comme le soleil, qui avait éclairé une journée magnifique, venait de disparaître dans la pleine mer, vers les côtes d'Espagne, deux portefaix, l'un nègre, l'autre Biskris *, traversèrent la place du Gouvernement, à

* Les Biskris sont des Arabes dont les tribus habitent le Midi de la régence. Ces tribus, ainsi que celles des Mazàbites ou Beni-Mozàb et des Agrouaths , fournissent ce que nous ap'pelons les Arabes des corporations, et composent la classe ouvrière d'Alger.

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Alger, portant sur leurs épaules une longue poutrelle courbée par le poids d'un énorme tonneau qui lui était fixé par des cordes.

Ces deux hommes couraient avec leur fardeau plutôt qu'ils ne marchaient, et le dos voûté, les jambes fléchies, la bouche entr'ouverte, le front ruisselant, ils s'engagèrent dans la rue de la Marine, qui va de la place au port.

Arrivés au débarcadère, les portefaix déposèrent leur charge et poussèrent à la fois un énergique soupir, éloquente expression de leur fatigue.

— Yoilà qui est fini pour aujourd'hui, dit le Biskris à son compagnon de peine ; allons chez le couadji *.

Le nègre secoua la tête nonchalamment et s'assit sur une ancre d'amarre qui était scellée aux dalles du quai.

— Te voilà dans tes idées sombres, reprit le Biskris.

Le nègre, pour toute réponse, se leva, fit quelques pas dans la direction de la rade, s'as- * Cafetier.

DE CANDLUIL.

sit (le nouveau sur le bord du parapet du quai, et, croisant les bras, il regarda la mer avec autant d'immobilité et de patience qu'en peut mettre un cormoran à la pêche du goujon.

Le Biskris jugeant que son camarade avait quelque raison de méditer sur l'immensité de la mer et des cieux, lui tourna le dos, remonta l'escalier de pierre qui conduit du débarcadère à la rue de la Marine, et s'en alla fumer et boire voluptueusement chez le cafetier turc du port.

Le nègre rêveur était un jeune homme de vingt à vingt-deux ans; l'ébène de son visage avait, dans certaines poses, des reflets rougeâlres; il était grand et vigoureusement découplé; sa physionomie était mélancolique et douce. Lorsqu'il se vit à peu près seul, les ouvriers ayant achevé leur besogne de la journée^etles marins soupant à leurs bords ou au cabaret, il soupira plusieurs fois de suite, et penchant son front sur ses mains rudes et laborieuses, il les mouilla de quelques larmes.

Alors vint à passer un homnie en veste blanche et ronde, coiffé d'un chapeau de paille

LA MAUQLISE

et chaussé de souliers gris sur lesquels llottaient les larges jambes d'un pantalon de nankin. Cet homme avait la mine ronde, assez gaillarde, et ombragée de cheveux blonds grisonnants. C'était un Marseillais qui faisait grand nombre de gestes, en parlant, et qui, même ne parlant pas, cas fort rare, gesticulait encore par forme de niaintien.

— Hé!... te voilà, moricaud, s'écria d'assez loin le Provençal... T'es-tu enfin décidé? embarquons-nous ?

Le nègi'e regarda gravement son interlocuteur, branla la tête en signe de refus et retomba dans sa rêverie.

Si le Provençal était discoureur, le portefaix ne l'était guère.

— Mon chargement est achevé, je vois que tu as apporté la dernière barrique que j'attendais : demain, au point du jour, si le vent «7 est bon, je lève l'ancre... Décide-toi?

Le nègre ne bougea pas.

— Je te donnerai une grosse paie, et je te ferai voir la belle France que tu désires tant connaître.

nn c.\M)rrir.. 2d

Le nègre jela un regard perçant sur la ligne dorée de l'horizon marin, et après quelques instants d'extase, il secoua de nouveau la tête.

— Tu n'auras presque rien à faire à bord , jusqu'à ce que tu aies appris les manœuvres de la voile... Est-ce fait? Il seia trop tard demain.

— Non!... murmura le nègre avec effort; et, se levant, il abandonna le Marseillais, qui gagna sa chaloupe en sifflant.

Au sommet du débarcadère, le nègre fut accosté par une femme voilée du haut en bas qui, l'arrêtant par un bras, lui dit :

— Suis-moi!

— Qui es-tu?

— Suis-moi , te dis-je. Tu me connaîtras comme je te connais.

— Marche devant, répliqua le nègre interdit.

Une "rieillo affaire de famille.

La femme qui avait arraché le nègre à ses méditations était, nous l'avons dit, entièrement enveloppée d'un haïk croisé sur le visage et flottant sur les pieds; de telle sorte, qn'on ne voyait de sa mystéiieuse personne qu'un coin de prunelle noire et brillante, et des pointes de babouches en maroquin jaune.

Malgré notre désir (et notre besoin) d'intéresser le lecteur à ce prudent personnage, en insistant sur la légèrelé de son pas, sur la

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distinclion de ses formes et le bon goût de son muet costume ; nous nous trouvons dans la triste nécessité d'avouer, que le tout était plus repoussant qu'attrayant. Le haik était troué, la taille était épaisse, la démarche masculine; et les babouches, menaçant ruine, n'accusaient certes pas un pied de Cendrillon.

Après avoir tenté de reconnaître son singulier compagnon déroute, en jetant h travers les déchirures de son voile, quelques regards pénétrants, le nègre complètement dépisté , haussa les épaules avec une superbe insouciance, et marcha sur les talons de son guide h grandes enjambées, le nez en l'air comme fait un chien fidèle, en bonne intelligence avec son maître.

La femme longea la rue de la Marine, traversa la place du gouvernement, en passant sous les jeunes arbres de sa terrasse, s'engagea dans la rue escarpée de la Casbah*, et, parvenue au faîte de la rude colline qui porte sur son flanc les débris du vieil Alger, elle se jeta

* La Casbah était un château fortifié qu'habitaient les pachas d'Alger, et où ils enfouissaient leur trésor.

ni: CANDiriL. o,y

dans une ruelle perdue, sombre comme une galerie de catacombes, et formée de maisons en bois, dont les auvents vermoulus se rcnconlraient des deux bords.

Arrivé à la porte basse et étroite de la plu? chétive de ces maisons, la femme s'arrêta , posa la main sur le loquet, et se tournant pour la première fois veis le nègre qui la toucha t presque, elle franchit lentement le seuil de sa demeure et s'enferma avec le portefaix.

Les femmes mauressesde toute condition, ayant l'habitude de se voiler lorsqu'elles sortent, le licgre avait patiemment attendu le moment de l'arrivée pour savoir à qui il avait affaire, pensant bien que le voile tomberait dans le tete-à-îéle. Ce ne donc fut pas sans un certain désappointement, qu'il vit l'impénétrable haïk obstinément croisé sur ce visage qui, dès ce moment, commença fort à Tintriguer.

— Assieds-toi là, dit la femme, en monirant du doigt une grosse pierre carrée noircie de fumée, et posée dans les cendres d'un foyer éteint.

Puis croisant les jambes la si?)gulièie mai-

tresse du logis s'affaisa sur elle-même , et se campa dextrement sur une affreuse natte de joncs grossiers.

Le nègre obéit, tout en jetant un morne regard sur la salle enfumée et misérable, où il espérait enfin connaître le dernier ou le premier mot de sa bonne fortune ténébreuse.

Le jour qui éclairait la chambre où se trouvaient nos deux personnages , était pâle et triste; il venait de deux petites fenêtres étroites donnant, à six pieds du sol, sur la cour d'une maison voisine, et semblait jeter à regret ses rayons sur les murailles délabrées d'un si misérable réduit.

— Rassemble tes souvenirs, dit la femme, après une pause de quelques secondes, et tu me reconnaîtras?

— Je n'ai plus de famille, repondit le nègre, et je n'ai jamais eu d'amie, ainsi je ne te coucou nais pas.

— Les enfants sont oublieux !...

' — Tu t'es trompée en t'adressant à moi.

— Ne t'appelles-tu pas Mahiah?...

— Mahiah, oui... qui t'a dit mon nom?

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— Nes-ki pas né dans la tribu des Beiii- Kiza?

— Oui.

— N'es-tu pas le fils du supplicié, et de la malheureuse Zaka?...

— Oui, oui!... qui t'a parlé de moi? interrompit le nègre avec émotion.

— Ta tante, la sœur de ta mère, n'est-elle pas esclave chez les Med'goher?

— Hélas! murmura le portefaix en baissant la tête, ma mère et ma tante sont mortes ! elles ont rejoint le grand esprit, Mahïah n'est plus qu'un chien, sans famille et sans amis !

— Mahïa n'a plus d'oreilles, il oublie le son de voix des siens , ajouta la femme voilée, s'exprimant en langage caffre.

Le jeune nègre dressa la tête, ses yeux brillèrent comme ceux du chat sauvage, et il se leva brusquement, comme par l'effet d'un ressort.

— Qui es-tu ? qui es-tu? s'écria-t-il; la sœur de ma mère est morte, il y a près d'un an..,.

— Ta mère est-clie heureuse dans son tombeau? Sa mort a-l-ellc été vengée?

— Elle a été vengée, murmura le nègre, avec effort et douleur; et une sueur froide couvrit son front d'éhèuV; ses jambes tremblèrent; son regard s'ubaissn.

— Le Djelep a-t-il poussé tous les pervers sons ta vengence ? Salan a t-il été sali-sfait '.

— L'ange de la morl a prisses viclimes! Tous les maudits sf^nt avo^" lui !

— Tous?

— Tous! répéta faiblement Maliïah , el il détourna les yrux, comme pour chercher une issue.

— Tu mens, (ils j.ans cœur, îu mens! répéta la femme en doiiLiant à ce mot une expression de souverain mé[uis. F^e nègre fut saisi d'un vertige, sa vue se troubla, tout son corp tressaillit et chancela.

- — Qui es-tu do!ic, toi? domanda-t-il?

* La cérémonie du Djelep, fd't pratiquée par les r.ùgios de l'Algéiie et. des irihus caffios, a pour but l'évocalion d;i démon. Le Djelep a éiédicit dans tous ses cti:ieiiX détails dans le premier volume do Médine.

DL CAlNbLLlL. O/

— Je suis l'ombre de ta malheureuse mère, je suis le cri de douleur qui s'échappe nuit et jour de sa tombe, je suis la fille de Satan, et je viens te demander compte des serments faits au DJelep: je suis la honte de ta famille, je suis ton opprobre vivant!

— Assez! assez! s'écria le portefaix, et, s'élançant sur la femme, il allait lui arracher son voile, lorsque ce voile vivement écarté , montra le visage décrépit et hideux d'une vieille négresse.

Mahïah, tombant à genoux à cette rencontre, frappa la terre de son front, et murmura d'une voix éteinte par la frayeur :

— Grâce ? grâce ! Pardon ! j'ai menti ! j'ai menti !

— Me reconnais-tu maintenant? suis-je bien la sœur de ta mère ? suis-je bien la fille du roi Gaïka? suis-je bien la pauvre esclave vendue par le juif Samuel? retrouves-tu en moi la vile gardienne des femmes chez les Med'geher*? Me reconnais-tu comme je t'ai

* Cette scène se rapporte, quoique d'une manière indépendante, au chap. vu du premier volume du roman de Médine.

reconnu, indigne et lâche enfant des Boiishuanas ?

— Grâce ! Mahïah n'a pas été lâche ! Mahïah est bon ! voilà son crime !

— Alors je viens t'inlerroger, raconte-moi tout ce que tu as fait?... Mais pourrai-je t'écouter sans mépris?... ne m'as-tu pas déjà menti?

— Je ne savais pas à qui je parlais... je te dirai la vérité, toute la vérité.

• — Parle donc, je t'écoute...

— Me laisseras-tu faire ce triste récit, sans m'expliquer le secret de ta présence, ou plutôt de ton existence, toi que je croyais morte depuis un an bientôt.

— Parle au génie outragé de ta famille ! parle au sang avili de ta race; ce n'est pas à toi d'interroger.

La négresse avait prononcé ces paroles d'une voix sentencieuse ; son visage froid , triste et ravagé par les années, autant que par la misère, semblait perdre peu à peu quelques traits de sa laideur. Le malheur couvrait ce masque repoussant de sa touchante majesté !

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Mahïalî, livré à ses terreurs superstitieuses, écouta respectueusement l'ordre impérieux que l'enfer semblait lui donner; il se releva de son humble posture , et se rasseyant sur la pierre que sa tante lui indiquait, il détourna les yeux du fauve regard de son impitoyable juge et dit :

— <r Lorsque je te rencontrai chez les Med'géher, et que tu m'annonças l'arrivée de ma mère chez les Beni-Kiza, en m'ofdonnant de l'aller trouver, je prends les esprits à témoins que je n'eus de repos et de joie qu'en mettant les pieds dans la gourbi * où la pauvre Zaka, mourante, m'attendait. »

— Bien ! murmura la négresse.

— « Tu ne m'avais pas trompé, en m'annonçant que ma mère avait de nombreuses et de funestes révélations à me faire, car je suis arrivé assez à temps pour les recevoir toutes, pour apprendre l'horrible histoire de ma famille, pour maudire les bourreaux de mon sang, et me mettre sur leurs traces ; pour en-

* Les gourMs sont les cabanes qu habitent les familles kabyles.

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sevelir ma mère chérie, et baigner sa tombe de mes larmes; pour meurtrir mon visage, jeter descris sans nombre, et invoquer le génie des vengeances ! »

— Bien! répéta la négresse.

— « Lorsque la vallée des Beni-Kiza eût retenti sur tous les tons de mes sanglots et de ma douleur, je me penchai sur la tombe de Zaka , et la baisant avec piété, je me levai pour courir à l'œuvre de mes serments !

« Nous étions au temps du Djeiep^ de celte cérémonie infernale qui nous donne la connaissance de l'avenir, en nous incarnant le mauvais ange, et qui nous inspire pour nous donner la ruse et l'audace nécessaire à la recherche de nos ennemis, tout en nous préservant de leurs embûches..., je sacrifiai au Djelep ; et, dès ce moment, je sentis le serpent de la haine se glisser dans mon cœur, et son venin mortel couler dans mes veines. Mahïah n'étai t pi us l'esclave abject d'un maître odieux , c'était un démon armé de patience et de feu!»

Le nègre s'arrêta quelque temps. Ses souvenirs semblaient ranimer en lui une fureur

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assoupie. Le visage de sa tante demeura impassible et immobile.

— « Je me mis en quête de mes ennemis... Les révélations de ma mère m'avaient appris que le fameux marabout l'Arbi *, mon maître avait ordonné il y a plus de douze ans, le supplice de mon père... La mort de l'Arbi fut à l'instant arrêtée par ma juste colère...

— Bien! interrompit la négresse.

— Ce que ma mère n'avait pu me révéler entièrement, Eblis** me le révéla. Et sur quelques indices que Zaka me donna, je ne tardai pas à reconnaître dans le père de l'Arbi, l'bomme fatal qui avait trabi ma mère et avait ruiné son cœur ! Je reconnus ainsi que le juif Samuel, de Mostaganem, était le fils de l'avide marchand qui vous avait toutes les deux vendues, pauvres filles du roi Gaïka!...

— Et tous les trois sont morts ? interrompit encore la négresse.

* L'Arbi , l'un des principaux personnages du roman de Médine.

*' EWis, l'ange déchu, l'ange de l'enfer.

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— Tous trois sont morts, répondit Mahïah en courbant la tête.

— Bien! continue?

— L'Arbi avait une sœur, aussi douce, aussi charitable pour le pauvre Mahïah que son père était cruel et insolent. Cette jeune fille s'appelle Médine

— Elle existe donc encore?

— Mon bras s'est souvent levé pour frapper celte belle créature... et le courage m'a toujours manqué.

— Lâche ! dit la négresse avec dédain : lâche !

— Je ne pouvais sans offenser le ciel, accomplir mon entière vengeance. D'ailleurs, une raison puissante m'imposait la clémence. Après avoir hésité longtemps, j'ai pardonné !

— Quelle est cette raison?

— Tu sais que ma mère, à son retour d'Egypte avait une fille qui faisait son orgueil et sa joie?

— Je le sais.

— Cette fille fut ravie, dès sa plus tendre enfance à la pauvre Zaka ; et, en retrouvant

les ennemis de ma race réunis sous une même tente, j'y rencontrai un ange qui devait la vie à ma propre sœur, à la fille de ma mère... ce rejeton magnifique de notre malheureuse famille, cette beauté enviée du ciel, vivait dans l'amitié charmante et tendre de Médine. Ces deux fleurs de la plaine étaient inséparables ; en brisant l'une sur sa tige, j'aurais fait mourir l'autre , cai' Médine et Aïcha étaient jumelles par le cœur, l'amour et le visage !... Ma main a tremblé devant tant de grâce et de candeur, mon regard s'est adouci devant tant de jeunesse et de fraîcheur ; la pitié m'a fait oublier tous mes malheurs.... J'ai pardonné! j'ai pardonné !

-^ Et où sont-elles, maintenant?

— Elles ont passé la mer , elles sont en France... je pouvais les suivre, car elles m'avaient supplié de ne pas les quitter ; mais je craignais le jour des remords, je savais que le démon offensé pourrait, un jour ou l'autre , me pousser à obéir aux ordres de ma mère mourante... Je suis resté sur la plage oiî elles m'ont envoyé leurs derniers adieux; et

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j'ai bien fait, car, à peine le navire qui les emportait était-il hors de ma vue, que ma vue s'est troublée, que mon cœur s'est gonflé, que mes mains se sont crispées!... Hélas! depuis ce jour de séparation, jusqu'à l'heure où tu m'es appai'uc comme un fantôme, je vois l'ombre de ma mère se dresser devant moi à toute heure, dans mes veilles, dans mon sommeil; aux moments des plus rudes faligues de mon métier, j'entends sans cesse une voix terrible qui me crie : le djclep! le djelep!

— Et que réponds-tu à celle voix?

— Je tremble comme le cheval de guerre tremble à raj>proche du lion!... Quelquefois je fuis à travers les rues, ou dans la plaine, espérant échapper au démon ; le démon plus agile que moi me suit, et me devance à l'endroit où, épuisé, je (ombe implorant une trêve qu'il ne me fait jamais.

La néii'resse sourit affreusement à ces dernières paroles, son regard était flamboyant. Cependant elle feignit une morne indifférence, et continua son interrogatoire.

— Aussitôt après le départ de la maudite et d'Aïchn, qu'as-lu fait?

— Je t'ai cherché pour te rendre compte de ma conduite et implorer tes consolations. On m'a dit chez les Med géher, que tu étais morte, et j'ai pleuré sur toi. Alors, je me suis senti un dégoût suprême pour ma vie misérable; j'aurais voulu rejoindre nos pères, si unedouble pensée d'amour et d'effroi ne m'eût retenu enchaîné à celte existence qui m'est à charge. Oui, mes esprits effrayés me représentaient toujours Médine heureuse, aimante, aimée, riche, libre! tandis que ma mère est morte de douleur et d'abjection ! Oui, je sentais mon ame se foiidre en regrets, quand je songeais à Âïcha, In blanche tourterelle de nos montagnes, que je ne dois plus revoir!...

Héhis! torturé par ces chagrins, je vins à Alger, où pour gagner ma nourriture gros- ^ sière, je me fis portefaix. Au moins, dans les durs labeurs de ce métier, je trouvais chaque jour de doux moments ; car, quand je faisais (les voyages au port, mon regard flot'ait sur la rade, sur la l'-leine mer que j'embiassais sou-

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vent dans toute son étendue. Que de fois n'aijft pas, à la fin de mes journées, croisé les bras devant la brume tombant sur l'eau, et jeté les éclairs de mes yeux jusoue sur les côtes de France qui se montraient à ma folle curiosité. Que de fois, quand la mer écumait et grondait, n'ai-je pas envié le sort du goéland qui rasait les vagues à ma vue, et se perdait d'un coup d'aile dans les profondeurs bruyantes de l'horizon. Dans d'autres moments, je me décidais à partir tout à coup ; et n'ayant pas d'argent pour payer mon voyage, je m'appliquais, pendant plusieurs semaines, à ramasser la somme nécessaire; je travaillais alors àm'écraser; puis quand j'avais en main mon trésor, la pitié, la lâcheté peut-être, se cramponnaient à mon cœur, et je jetais dans la rade, avec épouvante, tout le fruit de mes sueurs!

Mahïah s'arrêta, essuya, du revers de ses mains, les larmes dont ses yeux étaient remplis, et reprit avec plus de calme :

— Hier, j'étais couché sur le quai du débarcadère, j'avais lassé mes épaules et mes

bras au transport du chargement d'un navire qui part pour la France. Dans mes rêveries insensées, je me disais que tous ces ballots, en passant de mes mains aux mains des matelots, étaient privilégiés ; et, comme toujouis, je regardais la mer avec des yeux amoureux , jaloux comme ceux d'un fiancé contemplant sa belle promise. Un homme vint me frapper sur l'épaule; c'était le capitaine du navire en partance. Cet homme voulut m'enrôler pour le service de son bord ; il était pressé, il manquait de marin ; il me proposa un bon salaire...

— Eh bien?

— J'ai bondi de joie, d'abord... puis j'ai refusé et j'ai pleuré !

— Lâche! lâche! répéta la négresse.

— Ce soir encore le capitaine m'a renouvelle ses offres ; ce soir encore je me suis enfui et je t'ai rencontrée ! Maintenant, parle à ton tour, tu vois combien je suis malheureux, tu sais ce que je souffre? Expliquemoi...

— Je savais tout ce que tu as cru m'appren-

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dre, à l'exception de ce qui concerne Aïcha; que le mauvais œil s'écarte de cette chèie enfant, et qu'elle jouisse de tout le bonheur dont ma race est depuis si longtemps privée; je la bénis. Quant à toi, à moins que tu ne répares, à l'instant même, ta criminelle faiblesse, je te maudis au nom de ton père et de ta mère envers qui tu es parjure... Ecoutemoi.

Maïah tressaillit do tout son coips; la négresse se leva, et se drapant avec gravité dans son haïk, elle dit ;

— «Les cavaliers des Med'géher, partis pour l'cxpédilion des Beni-Kiza, et qui, au retour des troupes françaises, avaient pris les devauts, nous annoncèrent la mort des chefs de l'Ouest et le sanglant combatdeBeni-Siiuel. J'ai su par eux et par quelques prisonniers qu'ils ramenaient, le rôle que tu as joué dans cette dernière lutte des Arabes et des chrétiens, également nos ennemis. En me faisant raconter le supplice du juif Samuel, que tu as enseveli vivant dans une muraille, j'étais orgueilleuse et réjouie; car cette vile créature

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est née de l'infâme qui nous a flétries, ta mère el moi ! En apprenant la fin tragique del'Arbi, dont la tête est tombée sous ton couteau, j'ai un instant oublié mes affreux chagiins, et j'ai dansé dans mes fers, comme un joyeux enfant sur l'herbe des savanes; car je devinais quêta trahison envers ton maître, et la vengeance que tu en avais tirée, n'avaient été excitées que par un juste vessentiment et une obéissance aveugle aux dernières volontés de ma sœur Zaka. Dès lors, je m'informai partout du sort de Médine, de cette sœur damnée de l'Arbi; etun jour je la vis dans Mostaganem , belle , radieuse et triomphante, appuyée au bras d'un jeune capitaine, et suivie par toi, comme par un chien. Je me cachai, j'épiai tous tes pas, jusqu'à l'heure du départ de Médine... et je versai des pleurs de honte et de rage ; car tu t'étais déshonoré, parjuré!... A mes yeux, tu n'étais... tu n'es qu un monstre!

« T'ayant renié, je fis répandre le bruit de ma mort, bruit qui s'accrédita, car on trouva mes vêtements sur le bord de la mer , et on

me crut noyée ! Une vieille femme, hideuse et inutile autant que moi, est bientôt oubliée !... Je partis poui*Al§er, voulant te suivre, espérant toujours que le remords t'envahirait. J'ai vécu misérablement dans ce réduit, comme ta mère dans la gourbi infecte où tu as fermé ses yeux... Je t'ai surpris souvent, sur le port, rêveur et égaré... J'ai eu enfin pitié de toi ; je me suis mise sur ton chemirî, pour te pousser oii le démon t'attend, où l'honneur et le repos aussi t'attendent ! Fils de Zaka, pèse mes paroles ; tu peux mourir demain, et tu mourras maudit! »

Mahiah recula d'un pas; la négresse avança sur lui, en se grandissant majestueusement, et elle continua :

— Quand tu reverras le Grand-Esprit, et ce doit être bientôt, tu trouveras ton père le supplicié à sa droite, ta mère outragée à sa gauche, ta lante avilie sera près d'eux, et ils seront en tourés de tous les princes de notre race, et des premiers enfants des Boushuanas , valeureux et pieux ! Comment soutiendras-tu ces regards dédaigneux, humiliés ?

DE CANDEUIL. Ol

Mahïah couvrit ses yeux de ses deux mains et recula. La négresse le suivit, et cette marche rétrograde se continua lentement ; le jeune homme reculant à chaque apostrophe de sa tante, la négresse le suivant d'un pas grave et mesuré.

— Que répondras-tu à ta mère qui te dira : Mes os ont froid dans ma tombe, ils auront froid éternellement , car ton parjure est éternel !

— Grâce! grâce! cria Mahïah toujours reculant.

— Que répondras-tu à ton père, à ta tante , à tes frères, aux jeunes filles de la grande vallée et du Mont-Luisant, qui te crieront: lâche ! lâche ! lâche !

Mahïah était arrivé au bout de la salle ; il était appuyé contre la porte ; en la touchant, et en entendant les derniers mots que sa tante proférait sur un ton lugubre et passionné, il sentit son cœur faiblir et sa tête se briser. Saisissant alors machinalement le loquet, il le souleva; une bouffée d'air tiède et bienfaisant frappa son visage, et il s'élança dans la ruelle.

52 LA MAUQniSE hE CANDlil'IL.

poursuivi par la voix retenlissante de la négresse qui, debout sur le seuil de sa porte, s'écriait comme en démence :

— Lâche ! lâche ! lâche !

li'Enfer.

Nous devons et nous voulons rassurer au plus vite nos lecteurs sur le litre de ce chapitre. Nous aimons, par caractère, les peintures gracieuses et les doux récits, et nous préférons sincèrement les mots mignons de notre langue à ceux qui présentent ou annoncent des images terribles ou des catastrophes. Aussi c'est bien à contrecœur que nous avons écrit ce titre diabolique, ayant, comme chacun s'en doute, une affreuse peur de tout ce qui s'y rapporte.

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Mais il faut être muni d'une certaine conscience pour écrire; et le roman, histoire du cœur, exige, avant tout, une plume observatrice et fidèle.

C'est donc par conscience pure et par devoir que nous intitulerons ce chapitre VEnfer.

La raison, la voici :

Qu'est-ce que l'enfer?

C'est un beau brick du commerce de Provence, un peu large de flancs, haut de voiles, fier de ses deux mâts penchés en arrière, armés de deux canons pacifiques tirant une fois l'an, à la Saint-Nicolas, patron des voyageurs, marchant comme un corsaire, propre comme une demoiselle, frété par M. Gutberr, riche armateur de Marseille , et commandé par M. Mathias, l'honnête et prolixe capitaine dont nous avons fait la connaissance au premier chapitre de cette histoire , car c'est une histoire que nous racontons.

Ce capitaine était un homme rare en son métier. Il en revendait à tous les pilotes des deux mers pour entrer de jour et nuit dans les passes; il se moquait de tous les vents,

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connaissait les deux bouts du monde comme la rade de Toulon, n'aimait rien tant que les bourrasques, et ne se mettait en colère qu'en temps de calme plat. Cette colère , alors, était une véritable tempête.

Tant de brillantes qualités auraient dû faire de notre marin un homme complet; mais, hélas ! la nature nous dépare toujours par quelque vilain endroit du physique ou du moral, et M. Mathias n'était pas une créature parfaite. Son enveloppe assez commune, cachait un caractère capricieux et fantasque, orgueilleux et fanfiironau-delàde l'hyperbole. A son dire, on l'eût pris tout bonnement et à la fois, pour un Duquesne et mi Colomb. Dans sa rare vanité, il méprisait , outre mesure, toute la marine militaire, depuis le biigantin jusqu'au trois-pouts, se chargeant, en cas de guerre, de ruinera lui seul la compagnie des Indes, ni plus ni moins. C'était un effréné vantard que ce Marseillais, brave homme, au demeurant, mais belliqueux à faire trembler, ne rêvant qu'abordage et ne parlant que de canons. Heureusement pour ses amis qui le

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jugeaient sur parole, l'Europe était en paix et le commerce florissant. Aussi , M. Mathias, enrageant de sa paisible vie, aimait-il à s'envirouner d'images imposantes : il appelait son contre-maître Vampire, son cdi\ï?ii Cocyte, son cuisinier Mitraille, son mousse Biscayen, et son brick VEnfer. Le tout pour transporter des balles de laine, ou des tonneaux de garance !

C'est une bizarre famille que l'espèce hu-

maine

Le soir même de l'aventure arrivée au jeune nègre Mahïah , entre neuf et dix heures, le port d'Alger était calme, les feux s'éteignaient peu à peu, les chansons des matelots avaient cessé, et le silence n'était troublé de temps en temps que par quelques avirons poussant des canots retardataires. Le brick Y Enfer devant appareiller au petit jour, et au premier souffle de bonne brise, avait été dégagé, après son complet chargement, du groupe des bâtiments en cargaison, et il roulait sur ses câbles dans les pleines eaux de la rade.

A l'arrière du brick , se trouvait une petite

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dunette peinte en vert tendre et partagée en trois compartiments. Celui du milieu était une salle à manger assez proprette, à droite était la cabine de M. Mathias, à gauche une autre cabine destinée aux passagers qui honoraient VEnferde leur confiance.

Entre neuf et dix heures, la nuit étant noire et le ciel couvert, deux hommes étaient assis dans la salle commune et causaient ; l'un parlant d'une voix ronflante, l'autre questionnant et répondant avec une exquise politesse et une parfaite élégance.

— Ainsi, vous dites, capitaine, que nous pouvons être dans quatre jours à Marseille ?

— Qui vous parle de quatre jours, monsieur; si le vent ne saute pas, je veux qu'on parle de ce voyage, et que tous nos charbonniers à vapeur en prennent le deuil. Je vous verrai dans la Cannebière * quarante heures après avoir levé l'ancre.

Le personnage auquel s'adressait cette forfanterie, y répondit par un délicieux sourire

Rue magnifique dont le peuple marseillais est très fier.

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empreint de mélancolie et de joie. On eût dit qu'une espérance snbite s'était glissée dans son âme avec les paroles du marin ; aussi, jetat-il cette double exclamation :

— Vous croyez ! vous êtes sûr?

— Pardienne ! cela ne m'étonnera pas; le contraire me surprendrait fort. Monsieur , goûtez un peu ce vin d'Espagne , c'est du nectar.

— Il est fort bon.

— Je le crois ! vous ne trouveriez pas son pareil à Malaga, assurément; il faut le prendre sur les lieux.

— N'est-ce donc pas du Malaga ?

— Pardienne! que serait-ce?

— Eh bien, où l'avez-vous pris?

— A Cette donc ! C'est là que se fait tout le bon vin étranger... je vous recommande celuici ; l'an dernier, j'en fis acheter cinq cents bouteilles à M. le marquis de Candeuil...

— Le marquis de Candeuil, dites-vous?

— Oui, Monsieur.

— Vous l'avez connu?

— 'Il est passé en France sur mon brick,

DE CAINDEUIL. 5D

avec madame la marquise qui était sa fiancée... nous avons fait une traversée charmante; mon vin fut trouvé...

— Pardon, pardon, interrompit le futur passager de M. Malhias, pouvez-vous me faire le portrait de cette jeune marquise!

— Oui, certes, et c'est avec plaisir; des visages comme ceux-là sont de bon souvenir. Madame la marquise est brune comme une aile de corbeau , élancée comme une corvette...

— Mais c'est un portrait de négresse que vous me faites là?

— Et quand ce serait ! j'en ai connu de ravissantes...

— La marquise? la marquise, s'il vous plaît?

— Mademoiselle Médiue, et son amie mademoiselle Aïcha...

— J'en sais assez, Monsieur, interrompit vivement l'étranger, au grand étonnement du capitaine, et vous êtes arrivé à Marseille sain et sauf?

— Et donc?

()0 LA MAI'.gLlSt

— J'arrête mou passage, et je couche à votre bord dès ce soir; vingt-cinq louis pour vous, si nous arrivons en France dans trois jours.

— Très bien, dit le capitaine; puis allongeant la main vers un gros registre qui était sur la table, il ajouta :

— Veuillez me laisser votre passeport pour que je vous inscrive... Cette misérable police nous traque comme des forbans quand nous ne sommes pas en règles.

L'étranger tira une pancarte de sa poche, la remit au marin, et s'en alla sur le pont, où il se promena de long en large à grands pas.

— Et vos bagages, cria le capitaine, quand les apportera-t-on?

— Je n'en ai pas.

— Hum ! dit M. Mathias en ouvrant le passeport, voilà une réponse qui n'est pas catholique. Puis réfléchissant à voix haute en roulant ses pouces avec une extrême dextérité, il se communiqua de graves suppositions qui attestaient toute la sagacité de son esprit.

— Cet homme croit peut-être que je ne le

DE CAM Ei:(L. Gl

devine pas. Il faudrait que M. Mathias fût aveugle pour qu'il n'ait pas lu sur ce visage... Et au fait, qui diable ça peut-il être? Les gens de cette mine vont bien de France en Afrique, mais d'Afrique en France! non... après tout, il fout bien que ceux qui viennent à Alger s'en retournent un jour ou l'autre... Basth ! il y a de la politique là-dessous! et quand il y en aurait, qu'est-ce que cela te fait, monsieur Mathias? si sa feuille de police elle est en règle, va de l'avant. Quand ce serait Abd-el-Kader en personne, je ne dois point m'en soucier; il me paie grassement, qu'il soit le bien venu. D'ailleurs il est pressé, et chacun peut l'être. Si c'était une aventure d'amour? Lisons le passeport... Sir Francis Brec... Brecnoo.

— Plaît-il ! demanda le passager qui, s'entendant nommer au moment oii il rasait la dunette, avait avancé la tête dans la salle.

— J'essayais de prononcer votre nom, répondit le capitaine, il est écrit dans une langue extraordinaire...

— Francis Brecknock, baronnet, interrom-

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