‹ La marquise de Candeuil (volume 2)Chapitre 4 sur 15 · C2 LA MARQUISE · texte numérisé non relu

C2 LA MARQUISE

pit l'étranger, c'est del'iuiglais et du meilleur. J'ai l'honneur de vous saluer.

— Permettez, monsieur Francis Brénol...

Brénoque; comment dites-vous cela?

— Brecknock, baronnet.

—-Eh bien, monsieur le baronnet, vous êtes donc décidé à voyager sans vos bagages?

— Je vous l'ai dit.

— Cependant vous en avez ?

- — De quoi !

— Des bagages ?

— Pour qui me prenez-vous ?

— Je n'ai pas assez d'esprit pour vous répondre.

— Voyez mon passeport ?

— Je ne suis pas assez savant pour le lire...

— Voici la signature de notre consul, dit l'Anglais en s'approchant du marin, et voilà vingt-cinq louis pour mon passage. Débarquez-moi dans trois jours, et je vous promets six cents francs en belles pièces. Me parlerez-vous encore de bagages?

— - Mais si nous prenons le calme ou les vewts contraires, au lieu de cinquante heures

de route, je puis vous promener tout un mois sur les côles.

— Et après?

— Et après, il me semble que vous pourrez changer de linge sans vanité.

— Vous m'en donnerez.

— Moi... mille canons, ceci est drôle!

prenez mon canot et descendez à terre, vous avez le temps d'embarquer toutes vos nipes.

— Non...

— Pourquoi ?

— Je pourrais m'oublier, et manquer le départ.

— Mais je vous attendrai .

— J'ai l'honneur de vous souhaiter le bonsoir, dit le passager qui, pirouettant sur les talons, recommença ses enjambées sur le pont.

— La peste t'étouffe, Mylord, marmotta M. Mathias ; puis, se courbant sur son registre, il copia tant bien que mal le nom de l'Anglais, et s'évertua à déchiffrer son signalement. «Agé de vingt-quatre ans; cheveux blonds, yeux bleus, bouche moyenne... » 11 en était là, lors-

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qu'un matelot de quart frappa discrèteniejit à la porte de la salle.

— Entrez, dit le Marseillais, sans quitler son travail.

— Capilaine, il y a un homme qui demande à monter le brick.

— Eh bien, mon garçon, laisse-le monter.

— Mais il faut lui jeter l'échelle, car il est à la nage, et la mer n'est pas commode 5 le vent d'ouest chasse dans la rade.

— Un homme à la nage ! Voilà bien des aventures dans une nuit... Allons, jette-lui tout ce que tu voudras, et pêche-le, pourvu qnece ne soit pas un Anglais... J'ai bien assez de ce baronnet.

Comme le matelot saluait pour se retirer, le baronnet entra dans la dunette, suivi de Mahïah, dont les vêtements étaient dans un affreux désordre : l'eau qui ruisselait de tout son corps inondait le plancher et s'écoulait en rigoles jusque sur le pont. Le nègre avait l'œil hagard, le front soucieux ; ses membres tremblaient de froid, et le trouble de son cœur était parfaitement dissimulé par le malaise

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physique rcsiiltaiit de son étrange et subite appariiion.

— Tu t'es donc décidé, moricaud? dit le capitaine, et te voilà des nôtres.

— Oui.

-- Par quel canot du diable es-tu venu? te voilà trempé comme une anguille.

— Toutes les embarcations étaient parties quand je suis arrivé sur le quai; j'étais pressé, je me suis jeté à la nage ; mes bras sont forts !

— Mais malheureux, la mer est très mauvaise, tu pouvais te noyer.

Le nègre retroussa ses grosses lèvres, et montra l'émail de ses dents par un sourire ironique ; puis il ajouta :

~ Mon heure n'est pas venue ! le démon n'est pas toujours le maître 1

— Cependant, si je ne vous avais pas jeté un cable, vous couliez bas, mon brave, dit l'Anglais avec calme. Mahïah regarda l'étranger avec indifférence et ne répondit pas.

— Si ce bélitre croit au diable, pensa M. Mathias, je crois, moi, que ce baronnet en

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