‹ La marquise de CandeuilChapitre 15 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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seuls visité , et qui sont complètement ignorés des montagnards. C'est dans l'un de ces repaires que nous conduirons le lecteur, non pour avoir Toccasion de décrire longuement les belles horreurs de la nature , mais pour être fidèle dans notre récit, et prendre sur le fait, comme on dit, les personnages de cette véridique histoire.

En tournant le ravin qu'a creusé le torrent du Bréda , et en s'aventurant dans les étroits sentiers qui courent sur ses flancs , on parvient sur les plateaux étages de l'enlonnoir au fond duquel est bâtie la petite ville d'Allevard. Ces plateaux sont couverts d'une végétation vigoureuse , d'une herbe hardie et peuplés de troupeaux de chèvres. Ces pâturages franchis , le terrain change d'aspect, les vertes pelouses et les fleurs des champs disparaissent; les sentiers s'effacent, se perdent; l'air se condense , les rochers montrent leurs formes bizarres, colossales ; les uns sont droits et taillés en aiguilles , ceux-ci sont suspendus sur les ravins et ne paraissent tenir à leur base que par enchantement, d'autres sont

couronnés d'une fougère rougeâtre que le chamois audacieux va brouter; tous ont pris des poses graves , tristes , singulières. En se trouvant dans ces lieux de désolation, on se croit entouré de géants à faces noires ou rouiliées , aux fronts chauves ou blanchis. Ce peuple de Titans menace la plaine, et semble défier la nue, mais la nue s'ouvre souvent pour châtier leur insolence ; elle les frappe de sa foudre et les couvre de blessures que les siècles contemplent , en s'humiliant devant la puissance du maître qui a tout créé d'un mot.

Pour arriver dans ce désert, il faut s'armer d'une volonté énergique et avoir le pied ferme, sous peine de rouler en lambeaux dans les entrailles de quelque ravin toujours béant sous vos yeux. Quand la neige couvre le sol, les ours affamés viennent , à pas prudents , s'embusquer dans les larges déchirures des rochers , et ils y attendent patiemment qu'un chamois se présente ; quand l'animal gracieux et léger se pose sur la pointe des pics et regarde dans les vallées , l'ours rampe sur ses traces et

lui montre lout à coup son horrible face; le chamois effrayé bondit sur lui-même, ses muscles de fer le lancent dans le vide , et il meurt avant d'avoir touché le fond deTabîme où Tœil sanglant de la bête féroce le suit avec convoitise. Alors Tours prenant un appui aux angles des rocs , aux racines sauvages, descend avec lenteur jusqu'à sa proie qu il dévore. On ne saurait exprimer ce que ce travail coûte de force , de patience, de temps, de ruse et d^audace à Thôte terrible des Alpes; on Ta vu imiter les chasseurs qui le traquent , et creuser dans la neige des gradins qui lui servent d'escaliers ; quand ses griffes ne peuvent entamer la couche glacée des pierres, il se laisse rouler, en dirigeant sa chute sur un obstacle capable de l'arrêter, et c'est alors , par de nombreux ricochets , qu'il arrive à son but.

A trois heures de marche d'AUevard , et à quatre heures environ de la Rochette, en supposant toutefois que le piéton gravisse la montagne , car pour la descendre des deux côtés il faudrait moitié temps, il existe une caverne qui était, il y a peu de jours encore,

ignorée des habitants du pays. Cette caverne a été formée par la chute d'un groupe d'énormes rochers , qui s'est enfoncé dans le sol et l'a couvert de ses débris. Une mousse grise a tapissé les anfracluosités et les fêlures de la pierre. Les éclats du bloc , en se croisant, ont fait voûte, et cette voûte spacieuse, élevée, a été soudée extérieurement par les pluies , la neige et- ces phénomènes surprenants de la nature, qui transforment les éléments, et leur donnent une vie comme aux êtres animés. Cependant, rien n'indique ce repaire. Le dôme extérieur est dissimulé par de nombreux fragments de granit, entassés et mêlés comme s'ils eussent été posés sur une base compacte ; ses parois latérales sont brutes, fermées, massives; les éclats de la montagne, entraînés par les avalanches , viennent tous s'arrêter à cette masse inébranlable, et surchargeant ses flancs et son sommet , en ont fait le groupe le plus colossal des environs.

Le lecteur nous permettra d'user de notre droit , en le conduisant dans la caverne dont nous avons fait la description extérieure ; s'il

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nous demande par quel ouverture nous ferons cette entrée, nous l'engagerons à prendre patience et à ne pas s'inquiéter de détails pareils ; Fimportant est de sortir sain et sauf de ces sortes de lieux ; or, nous te promettons la vie sauve , ami lecteur, et tu ne laisseras dans cette grotte, ni ta gaîlé ni un cheveu.

Le dôme couvre un espace de v-ingt pieds carrés , prolongé par deux galeries étroites. Le sol est rocailleux, pelé, blanchi; des colonnes de stalactites se croisent du haut en bas ; leui' formation date sans doute de l'époque oià la voùle, mal fermée et peu épaisse, laissa filtrer la fonte des neiges. Quelques rayons de lumièie pénètrent , pendant les beaux jours d'été , dans la salie souterraine, par deux ou trois fissures imperceptibles a l'œil ; ces rayons lumineux traversent des couches de vapeur humide , prennent les couleurs de Tarc-en-ciel , couleurs pâles et fausses, car le soleil ne se montre jamais dans la giotte , et les sommets des stalactites sont seuls éclairés d'une lueur douteuse qui

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les fait ressembler à de grands fantômes en* veloppés de linceuils.

Une torche en résine brûle au pied de l'une des colonnes ; sa flamme enfumée refoule la masse des ombres, et achève de donner un aspect funèbre à cet horrible caveau.

Un silence de mort rèune dans la salle , aucun des grands bruits de la montagne n'y pénètre, tant son enveloppe est lourde et serrée. A côté de la torche , on voit sur le sol une couche de fougère sur laquelle est jetée une peau d'ours grossièrement dépouillée; un vieux fusil de braconnier et une mauvaise cartouchière sont suspendus a un crochet naturel de Tune des stalactites; et à l'un des bouts du lit de fougèie, le nègre Mahïnh se tient accroupi , roulé dans son kahan , immobile , les yeux fermés , la tête posée sur les genoux, les mains jointes derrière la tête. Le , Kabile dort; il est environ trois heures de l'après-midi, et nous sommes au lendemain des noces de l'ex-zéphii' Cornette.

La présence de Mahiah dans ces lieux paraît tenir du miracle ; car, en [>arcourant de l'œil

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les recoins de la cavorije , on n'y découvre aucune issue; le sol n'est cieusé nulle paît, et cependant, cet homme qui dort d'un sommeil profond , cette résine qui fait briller les stalactites de la voûte comme des diamants, annoncent que l'antre est un refuge où le Kabile écliap|)e à toutes les recherches , où il vit à l'état sauvage, comme la plupart des enfants de sa nation. Sans nous arrêter davantage à des descriptions et a des observations morales que notre plume pressée abandonne à regret , nous allons reprendre l'action du drame, auquel est mêlé le personnage dont nous avons fait la rencontre inattendue. Le Caffre secoua tout-à-coup ses membres, et, s'éveillant en sursaut, il se leva et regarda la torche à moitié consumée , poussa un soupir étouffé, et s'avança dans la direction du rayon de lumière qui jaillissait de la voûte. Le démon me refuse le sommeil , murmurat il à demi voix , imitant , par ce monologue , ses compatriotes qui réfléchissent tout haut quand ils ont quelques graves préoccupations. — Le temps, si court pour la plupart des

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hommes, semble marcher à reculons pour moi!... Jamais celte journée ne finira! et cependant, tout me dit que la nuit sera fatale, que le sang- coulera!... Le sang innocent!.... innocent ! Aïcha a raison , le crime de la mère ne doit pas retomber sur la fille , quand surtout les vertus de la fille font oublier les crimes de la mère!... Oh! Zaka, quel serment tu as exigé de moi ! Mes souvenirs ne sont peuplés

que de meurtres Quand je rêve, je vois le

visage pâle de Samuel , j'entends ses cris suppliants, je vois ses yeux rougis, je vois ses cheveux dressés, et j'entends ses dents qui se brisent contre les pierres que mes mains ont scellées sur sa bouche. Ah! malheur! malheur! Samuel était juif, Samuel était lâche, Samuel était avare, Samuel était usurier, mais Samuel ne m'avait rien fait; son père avait vendu ma mère , mais il ne m'avait pas vendu , lui ! et je l'ai tué 1 je Tai fait condamner au supplice de la muraille, supplice attroce*... Oh! leDjelep! le Djelep m'a perdu,

* Le juif Sf^muël 'est l'un des principaux personnages de Médine.

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car que répondrai-je au Grand-Esprit, lorsqu'il m'appellera, à mon dernier jour, et qu'il me demandera pourquoi j'ai vengé ma race sur une race innocente?. . J'ai tué l'Arbi , j'ai enfoncé mon couteau jusqu'au manche dans son cœur!... Ce couteau, le voilà... Chaque fois que je le regarde , je crois voir le sang des fils d'Ibrahim fumer sur sa lame, et cependant ce fer doit pénétrer, ce soir peut-être, dans le sein de Médine... Médine, l'ange de ma captivité , la bienfaitrice du pauvre esclave , la douce et blanche maîtresse du nègre abject et avili... Ce couteau frappera Candeuil, ce brave et généreux capitaine dont j'ai admiré le grand cœur et la bonté, et je frapperai sa mère! je me baignerai dans le sang de tous! alors je pourrai me voiler le visage, arracher mon propre cœur avec celte arme, et maudire ma mère à mon tour!., car j'aurai tout accompli ! pauvre Mahïah 1

Le nègre se laissa tomber sur la peau d'ours qui lui servait de (apis, prit une gourde suspendue à sa ceinture , la porta à sa bouche , la

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vida presque entièrement , et promena des yeux hagards aiilour de lui.

Cette liqueur me fait du bien , reprit le Caffre , après un morne silence , elle allume mon cerveau, elle brûle mon sang, elle me donne le courage et l'énergie, c'est Teau du démon ! Mathieu ne m'en a pas apporté assez , je suis à la fin de ma provision , et ce soir je devrais boire plus que jamais !.... En achevant ces mots , d'une voix sourde , Mahïah ferma les yeux , tomba daus une profonde rêverie , et s'abandonna à de riantes pe^isées , car un sourire léger vint errer sur ses lèvres.

Combien la voix d'Aïcha était douce, se dit-il , lorsqu'elle me rapportait les exhortations chrétiennes de Médine.... Si j'étais pur, si je n'étais vendu au déinôn, si le Djelep ne m'avait pas lié à l'arbre de l'Enfer '*^, comme mon serment m'a lié au crime, je voudrais me faire chrétien; dans cette religion si bienfaisante je trouverais peut-être l'oubli de mes tortures. . . Fais le bien pour le mal , dit le Dieu de Médine; fais le mal pour le mal , disent le * Le Zakoum, voir Mediiie.^

prophète et les prêtres du Grand-Esprit ; et je fais le mal pour le bien! et cependant je suis bon! Avant d'avoir juré sur la tombe de ma mère , mes mains n'avaient trempé que dans le sang des combats... . Ah! je suis un monstre. ... Non, je ne tuerai pas Médine, je ne tuerai ni le capitaine ni sa mère; qu'ils vivent tonsl... je mourrai seul , je suis seul maudit !

Disant cela, le Caffre arracha les cordes de sa gourde, et la frappant violemment contre la colonne qui supportait , à sa base , la torche de résine, il lu brisa du premier coup. La liqueur que contenait le vase jaillit sur la flamme qui s'élança , elle-même , en jel s rouges et bleuâtres jusque sur les mains et le kaban deMahïah, et répanditde sinistres éclairs dans la grotte. Le nègre , effrayé de cet incendie , de ce phénomène pour lui tout particulier, fît un bond en arrière , tomba la face contre terre, se releva et jeta des regards effarés sur la résine qui pétillait et menaçitit de s'éteindre. Une odeur d'eau-de-vie brûlée remplissait la caverne, et les ténèbres, un instant chassées,

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avaient envahi de nouveau les coins que n'éclairait pas la torche.

— J'ai blasphémé, ditMahïahen tremblant, j'ai douté du Dieu de Mahoujet et du Grand- Esprit, j'ai trahi ma mère, j'ai odoré le Dieu des chrétiens... J'ai parlé de TEnfer et du zakoum sans respect, et Tenu du démon m'a brûlé , et la colère du Grand-Esprit a brillé...

C'est en vain que je voudrais pardonner , il faut que la vengeance s'accomplisse, il le fout ! Chaque fois que mon cœur cède à l'humanité, chaque fois que mes yeux s'emplissent de pleurs, et que ma main s'ouvre pour abandonner l'arme homicide, je reçois de l'Enfer et du Ciel , et de l'ombre de ma mère , et du génie de ma race quelque subite exhortation qui me rappelle à mon devoir , et me rattache à mon carcanl... Allons, malheureux Mahïah, allons marches à ton but, cours au devant d'Eblis, l'ange pervers et déchu !

Le Caffre ramassa son couteau et le cacha sous son kaban ; puis il se leva , décrocha son fusil , regarda sa torche avec un soin minutieux , et se dirigea vers l'une des galeries de

la caverne , en murmurant tout bas : — Dans quatre heures, je serai libre, les jours de grâce que j'ai donnés à mes ennemis seront écoulés, rien ne me retiendra plus ! S'ils ont fui, tant mieux! je me mettrai à leur poursuite, et le Djelep me conduira! J'aurai obéi à mes sentiments généreux en accordant une trêve... Tout est dit ! tout est dit.

Arrivé au pied de la muraille , Mahïah se baissa et tâtonna le roc avec soin. L'obscurité était complète en cet endroit , et les yeux du nègre brillaient dans l'ombre comme ceux d'un chat-tigre; poussant un bâton engagé dans un creux du rocher, il fît tomber une grosse pierre qui pratiqua une trouée par laquelle se précipitèrent des flots de lumière ; s'affaissant alors sur ses genoux , le Caffre fît roulei* en dedans un morceau de granit plus gros que son corps, et il le posa avec soin contre la muraille interne. Cela fait, Mahïah passa la tête dans k trou , et se glissa hors de la caverne en rampant à plat-ventre; puis tirant à lui son fusil , il escalada plusieurs quartiers de rochers qui barraient le passage

mystérieux , et il alla s'asseoir sur Tune des aspérités qui surmontaient le dôme de son repaire.

De son poste , le nègre découvrit une vaste étendue de terrain. Son regard, après avoir erré sur les cimes des monts et sur les plateaux déserts , plongeait dans les vallées d'Allevard et de La Rochette , fuyait entre les ravines du Bréda , et s'élançait , par une échappée pittoresque, entre les collines verdoyantes de la Savoie et les hauteurs agrestes de la frontière française , sur un coin du magnifique rideau du Graisivaudan , de ce riche prnorama qu'on admire du fort Barreaux , et dont nous avons fait une si incomplète description. C'était, justement, à l'heure oià le soleil écorne son disque au fiont des Alpes dauphinoises , SjCS rayons enflammés doraient encore la surface des eaux ; et les nuages qui voyageaient au couchant, faisaient voler leurs grandes ombres sur les prairies et sur les neiges. La cime du Mont-Blanc était couronnée d'une auréole brumeuse tachée de filets de sang , les autres montagnes reflétaient les

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étincelles de l'astre souverain sur leur Llauclie enveloppe. L'air était embaumé , la nature semblait en fête ; les gigantesques rochers qui entouraient Mahïah paraissaient perdre euxmêmes de leur sauvage sévérité.

Dans ce sourire qu'il laissait tomber sur la terre, le Créateur ne pouvait oublier l'homme, son chef-d'œuvre; la voix des fleurs, des torrents, des vallées en modulant ses accoids, devait, pour obéir à la charité divine, glisser le plus doux de ses chants dans le cœur du roi de la nature pour qui tout fut créé.

Mahïah , assis sur son rocher, les jambes pendantes, les bras croisés, son fusil à sa portée, sentit son cœur se gonfler au souffle de la brise , au calme de la terre et des cieux ; ses yeux se remplirent encore de pleurs brûlants au speclacle de cette immensité où tout était imposant, suave, joyeux , magnifique : l'azur du ciel , les parfums de l'élher , la verdure et l'or des champs.

Quelle âme, assez abandonnée du maîtresuprême, peut persévérer dans le crime et l'impiété , quand les harmonies célestes et te r-

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resties se mêlent pour la charmer? Quelles passions mauvaises peuvent résister aux élans extatiques qu'inspire ce mélodieux concert. Tout homme qui écoute , à cette heure le cœur de la nature , et qui laisse flotter sa vue entre les nuages et l'horizon, qu'il soit pervers ou qu'il soit pur, se sent inondé de poésie ; il entend, parmi les voix des anges qui le captivent, une voix non moins douce, non moins vibrante, non moins harmonieuse, qui s'élève peu à peu de sa conscience, prend part aux accords universels, et les domine pour célébrer la gloire du créateur. Inspirations sublimes ! ie méchant devient vertueux , l'athée croit, le juste se réjouit, tous prient! Aux yeux des uns, le génie du mal, ange maudit h face hideuse et envenimée, fuit épouvanté; l'ange de miséricorde sourit aux autres, et leur montre le trône du Seigneur.

Hélas, ces extases durent peu et sont rares ; les méchants détournent leurs regards de tout spectacle qui n'intéresse pas leurs passions , et ferme l'oreille à toute voix secourable! Lorsque leur providence les met en face de

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ces tableaux sublimes , et leur envoie quelques échosJu grand concert , ils s'enthousiasment ^ mais leur enthousiasme éphémère , semblable au vol de l'aigle, monte aux mies pour s*abattre tout-5-coup sur terre. Là les attendent les pompes de Satan , le vice , la boue , l'oubli des choses sacrées, l'oubli d'eux-mêmes.

Le Kabile égaré dans un rêve pieux , avait senti renaître en lui les nobles sentiments de sa bonne nature ; il s'était promis d'être juste, d'être clément; il avait chassé de son cœur les projets odieux de vengeance auxquels le fanatisme, l'ignorance, Tidolâtrie, la superstition le poussaient comme autant de glaives de feu... Dans ce glorieux instant de victoire de l'âme sur la matière , il avait ouvert son couteau et l'avait dirigé sur son sein ; prêt à frapper, le fils de Zaka qui voulait se sauver du crime par le suicide, avait tourné sa pensée vers Aïcha, et s'était dit que , mourir avant de voir l'ange des sables , comme il l'appelait, serait souffrir un trop cruel martyre; se levant alors brusquement, il avait murmuré ces mots :

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