BERGHEIM
Paris, ce 17 septembre 1853.
A monsieur Corbier, au château de Varanne, par Briancourl sur- Aulne.
Combien je suis touchée, reconnaissante, très-cher monsieur, de la confiance que vous me témoignez ! Je viens de recevoir votre lettre et c’est sous l’empire de l’émotion qu’elle m’a causée que je vous dis : si le vicomte de Laïta n’existait pas, je serais capable de l’inventer, afin de trouver à notre chère Olga un époux qui la comprenne et la rende heureuse. C’est là, en résumé, ma première impression, le cri, en quelque sorte, d’un cœur dans lequel l’affection pour votre charmante nièce tient une grande place. Ce cri, j’ai voulu vous le transmettre, tel quel, immédiat, intact, pur de réflexion, dégagé de l’alliage de la froide raison. Je suis, d’ailleurs, certaine que la raison et la réflexion ne feront que confirmer mon sentiment sur le sujet si grave qui vous préoccupe, qui maintenant nous préoccupe tous les deux. Mais j’ai besoin d’un peu de temps pour m’élever à cette impartialité absolue que vous
exigez (le moi et pour considérer d’uu œil calme l’union que votre sollicitude prépare, prévoit, appelle ou redoute, je ne sais en vérité lequel. Les avis dont vous me parlez, sans m’en désigner l’auteur, me paraissent erronés, tout au moins singulièrement exagérés. D’ailleurs, notre chère enfant est maintenant une personne pleine de jugement, elle s’est débarrassée de son bagage d’idées romanesques et elle ne demandera à son mari qu’une bonne amitié de camarade. Enfin, à prochainement la réponse de la raison. — Aujourd’hui celle du cœur de votre sincère amie.