VIN
.B> •tjrxiiio > :m
ut: -At ^rt .i J ^, >i il ■ 'i- i
/lit^iil o^t t-npl» tliovo. ;
lo xlJI ^ tiic VX: lAiJflO bi«'t:
• tllll
OJI Ji I n .1/» J'L ).» III. llJ<i!t >'f» .><«jî<lt; 1
Ki iv«
.^ ibt.i» 4^4>./*-* .
finuit*^
CARLE VÂNLOO
OOJ/IA/ ai/iAJ
La guerre de la succession d'Autriche durait déjà depuis dix ans. Elle menaçait de ne point finir, lorsque le comte Maurice de Saxe jeta tout à coup sa lourde épée dans la balance et fit pencher pour nous la fortune.
26/l CARLE VANLOO.
Ayant reçu de Louis XV le bâton de niaréchul, il s'empare de Prague el d'Agra, chasse les Impériaux de l'Alsace, les lient en échec dans les Flandres, gagne la baiaille de Fontenoy et se fait ouvrir les portes de Bruxelles, où il se décide à prendre ses quartiers d'hiver.
On loge le maréchal à l'Hôtel-de- Ville.
Bientôt Maurice de Saxe est adoré des Flam.ançls, il donoç Je sig^id ,àe5 f$te§..et des plaisir^,. ,,f, ,;,„,^,,.,,,^ ^p ,r, ..,,^,,
'Uti 'i^Ièt de chambre ëxperi monte s'efïbrce de métamorphôsèt-' lé Mfàt e'iV'Xtlc^ins', 'bèso-
gne difficile, car le héros de Fontenoy touche à la cinquantaine. Des essences précieuses réussissent néanmoins à rendre une fraîcheur artificielle à un teint noirci par le soleil et la poudre, et, sous le brillant costume qui, dans les salons de Versailles, lui a valu tant de coups d'œil assassins et tant de sourires, Maurice de Saxe papillonne autour des blondes Flamandes.
Nouveau sultan, il s'apprête à jeter le mouchoir.
En Flandre, comme en Italie, les femmes avaient coutume, à cette époque, de se choisir un sigisbée, sorte de protecteur chargé de les accompagner au bal et au spectacle.
366 (iARLE VÂNLOO.
L*œil exercé du maréchal distingua bientôt,' parmi les dames invitées à ses fêtes, celle qui méritait le plus ses hommages.
, Il devint le sigisbée de la comtesse Emmeline de Brabant.
/ybt!'
Enuneline avr.it pour époux le frère du bourgmestre , personnage très-vieux , trèsgoutteux, à demi paralytique et membre du conseil de ville.
Maurice de Saxe admirait les grands yeux d'azur, la chevelure soyeuse et la taille élégante de la jeu >e comtesse. Le ton dégagé d'Emmeline, son goût pour les fêtes, son en-
CARLK VÀNLOO. ^7
traînomeut à la danse» tout faisait croire à une conquête facile. D'ailleurs, le maréchal pensait que la belle-sœur du bourgmestre ne devait point raffoler de sou époux septuagénaire.
Bientôt il s'aperçut qu'il avait caressé de trompeuses espérances.
En vain ses magnifiques équipages, que vingt felouques lui avaient amenés par Oslende, sortaient chaque matin de l'Hôtel-de- Ville pour aller prendre les ordres de la comtesse; en vain son vqlet de chambre glissait une multitude de poulets dans les interstices d'un bouquet de fleurs ou sous des nœuds de rubans sortis du magasin de la bonne lai-
268 CARLE VÀNLOO.
seuse, le maréchal en était pour ses fleurs, ses rubans et son éloquence.
Il devint jaloux et, ne s'expliquant le peu de succès de ses galanteries que par la préférence accordée sans doute à un rival plus heureux, il chargea des espions de rôder nuit et jour aux environs de la demeure d'Erameline.
Un soir, à la nuit close, Maurice de Saxe prend un costume de bourgeois pour sortir de THôtel-de- Ville et voir si l'on exécute ses ordres.
Toutes les rues sont désertes ; le voisinage
OARLB VANLOa 269
de la maison d'Emmeline est plus désert encore et plus silencieux que les quartiers d'alentour. Sans doute les espions s'enivrent dans quelque taverne aux dépens du maréchal, afin de ne pas gagner un rhume à la belle étoile.
Maurice lui-même trouve que c'est une médiocre jouissance de battre le pavé par un temps de neige et par une bise glaciale. Il se dispose à rentrer chez lui, quand tout à coup il aperçoit* un homme appuyé contre l'angle de la maison qu'il fait surveiller.
S'approchanl aussitôt , le maréchal peut aisément reconnaître que cet homme n'appartient point à sa police secrète. Il tressaille
270 CARLI VANLOOb
CD voyant l'inconnu tourné vers la fenêtre d'Emmeline.
— Par là corbleu ! vous allez vous battre avec raoil s'écrie-t-il. En garde !
Sans autre préambule, il tire son épée.
L'homme fait volte-face, se drape dans son manteau, toise fièrement celui qui l'apostrophe et répond :
— Si tu es un voleur, tu n'as pas de chance : je viens de donner ma dernière pistole à deux faquins dont la présence nie gênait dans cette
GARll VANLOOa '^71
rue. Crois^moi» TaiDU va chercher fortune ailleurs. ;i
— Insolent !
— Oh! oh !.. Qui donc êtes-vous, pour le prendre sur un pareil ton ?
— Je te le répète, en garde !
Il (rst fâcheux que je n'ciie pas d'autre arme que cet instrument, dit avec ironie l'inconnu, qui se baissa pour ramasser une guitare appuyée contre le mur, sans quoi j'aurais volontiers mesuré ma lame à celle du maréchal de Saxe.
273 ' CARLB VARLOO.
Entendant prononcer son nom, Manrice fut un instant déconcerté.
Dans son transport jaloux, il ne s'était pas aperçu que la fenêtre devant laquelle il avait trouvé son rival en contemplation laissait échapper une faible clarté qui venait de trahir le grand seigneur sous les habits du bourgeois. Il examina plus attentivement le personnage qui parlait avec tant de hardiesse, lui trouva grande mine, et dit avec bienveillance, après avoir remis son épée au fourreau :
— Qui êtes-vous, jeune homme?... Touchez là!... Nous pouvons avoir ensemble une autre explication que celle des armes.
CARl« VANLOO. 273
L'étranger repoussa la main que le maréchal lui tendait.
— Vous cherchez à séduire une femme que j'aime , monseigneur , répondit-il , toujours avec un accent ironique. Sans aucun doute vous remporterez sur moi, car depuis deux ans mes regards seuls ont dit à Emmeline que je Tadore. Elle me connaît à peine, moi, pauvre artiste qui la contemple de loin avec extase; elle ne se doute pas qu'un homme caché sous la colonnade des palais soupire et pleure quand il la voit, resplendissante de pierrei'ies, se mêler au tourbillon des fêtes, écouter les propos vides et les fades compliments de ces mannequins dorés...
37Z( CARLI VAMLOO.
— Vous vous oubliez, monsieur; veillez à vos paroles, interrompit Maurice de Saxe.
— De ces hommes qui n'ont rien là, poursuivit Tinconnu en frappant sa poitrine. Oh ! je vous connais, monseigneur I Je suis peintre ; j'ai travaillé à Rome et à Paris, sous l'œil des maîtres. Il m'est.arrivé plus d'une fois de vous rencontrer à Versailles, à Saint-Germain, à Murly, sous les allées des parcs royaux où vous aimiez à égarer les duchesses, ce qui ne vous empêchait pas de courir les rues avec un déguisement pareil à celui que vous portez ce soir j^our séduire d<'S bovirgiivoises.
— Asseï, mon cher, assez! dit le maréchal.
CARLE VANIOO. 275
haussant les épaules ; il n'est pas un enfant de sept ans en Europe qui n'en sache autant que vous là-dessus. D'ailleurs, le temps et le lieu son fort mal choisis pour continuer cet entretien. Veuillez m'accompagner chez moi, nous causerons plus à l'aise.
Le peintre suivit Maurice de Saxe, qui ne tarda pas à l'introduire dans les splendides appartements de l'Hôtel-rle- Ville.
Monseigneur sonna ses gens, se fit coiffer de nuit, et vint s'asseoir en robe de chambre à quelque distance de son rival. Celui-ci avait souri de pitié en voyant le vainqueur des Impériaux se livrer gravement à de minutieux détails de toilette.
C'était un homme d'une trentaine d'années environ, dont le costume sévère, dégagé des futiles ornements que la mode attachait aux habits de cour, faisait ressortir une taille majestueuse et bien prise. Son visage avait la pâleur mate des peuples méridionaux. La régularité de ses traits et la noblesse de sa tournure n'échappèrent point au maréchal, qui fil une légère grimace, tout en réfléchissant à part lui qu'Emmelinedevaitêtreflaltéed avoir pour adorateur un cavalier si parfait.
— Monseigneur, dit le peintre, je dois vous dire mon nom, puisque vous daignez m'admettre dans votre palais : je Ui'appélle Carie Vanloo.
CÀRLE VANLOO. , 277
— Ah ! fort bien. Je vous connaissais de
réputation, monsieur. Beaucoup de personnes en France font l'éloge de votre talent. Mais il ne s'agit pas de cela pour l'heure. Nous aimons tous les deux une femme charmante.
— Pardon, monsieur le maréchal : de votre côté ce n'est qu'un caprice.
— Croyez- vous?
— Si la comtesse vous cède, elle y gagnera l'honneur de figurer sur la liste de vos nombreuses conquêtes, honneurque je vous laisse apprécier vous-même.
— Ainsi, monsieur, selon vous, elle s'ho-
norera davantage en vous préférant à moi?
— Une femme se déshonore beaucoup moins en partageant un véritable amour, qu'en se jetant aux bras d'un séducteur qui lui laisse le regret d'avoir été trompée.
— "Vos discours sont mordants et votre logique est rude, monsieur, dit Maurice, admirant malgré lui le courageux langage de son interlocuteur. Mais enfin quelle conduite pensez- vous que je doive tenir en cette occasion?
— Faut-il l'indiquer au maréclial de Saxe, qui me provoquait tout à l'heure?
CÀRLE VANLOO. 27t>
— Nous battre ? toutes réflexions faites, ce serait un parti peu sage pour vous comme pour moi : pour vous ,qui êtes plus habile sans doute à manier le pinceau que Tépée : pour moi, dont la mission n'est, pas remplie. Vous savez, monsieur, que les intérêts de la Flandre demandent encore le secours de mon bras. Trouvons un autre genre d'accommodement qu'un duel. D'abord, je serais au désespoir de vous tuer.
Convaincu que le maréchal raillait, Carie Vanloo se leva tout à coup, paie, frémissant, l'œil allumé par la colère.
— Pourlaiit, cria-t-il, me tuer serait le plus
S80 CARLR VANLOO.
court! Si vous persistez à séduire celle que j'aime, tôt ou lard j'obtiendrai la satisfaction que vous me refusez aujourd'hui, monseigneur. Dussent toutes les Flandres subir de nouveau le joug de l'Autriche, je trouverai moyen de sauver Emraeline de la honte d'amuser vos loisirs !
— Ainsi vous m'assassineriez? demanda le maréchal avec beaucoup de sang-froid.
— Je vous assassinerais, monseigneur.
— Diable !
— C'est mon droit, dès que vous refusez de vous batire.
CARLE VÀNtOO. 281
— Allons, allons, jeune homme, n'essayez pas de me pousser à bout I Longtemps avant que vous fussiez né, j'avais fait mes preuves.
— Vous refusez le combat, parce que vous méjugez un adversaire indigne àe vous! s'écria le peintre avec une exaltation croissante. Apprenez que les beaux- arts , auxquels j'ai voué ma vie, donnent aussi les titres de noblesse ; je suis noble, je suis votre égal !
— Le maréchal de Saxe n'aborde jamais de semblables discussions, monsieur.
— Toujours est-il, ajouta Carie, que vous ferez bien de vous tenir à Tabri de ma vengeance.