‹ La marquise de CourcellesChapitre 2 sur 15 · DE COURGE U.^S · texte numérisé non relu

DE COURGE U.^S

chait celle nouvelle et dangereuse machination, La baronne a vainement essayé d'entraîner sa cousine à une maison de campagne, où Louvois sérail arrivé après elles. Mouseigneur est aujourd'hui à Saint-Germain parce que ce plan n'a pu réussir. Tandis que les gens à ma solde restent en observation à Paris, moi j'accompagne la cour ; je profite de toutes les occasions de faire jeter un mol à l'oreille de Louis XIV en faveur de Du Boulay. Enfin, puisque j'en suis venu, moucher abbé, à Voua prendre pour confident, je vous annonce que je compte sur votre duel pour obtenir lu grâce de mon ami.

— Est-ce possible? cria d'Etliat; scrais-je assez heureux pour vous être utile?

tS Lk MARQOISK

— Je ne voulais rien vous avouer d*abord; mais, réflexion faite, il vaut mieux être de connivence. Tous les moyens sont bons, quand il s*agil d'arracher à la Bastille un homme qui finirait par y mourir.

— Oui, corbleu ! dit l'abbé.

— Louvois met obstacle à l'accomplissement de mou vœu le plus cher, il s'agit de recourir à une puissance supérieure à celle de Louvois.

— Quelle puissance? demanda d'Eflîat.

— Celle (le la favorite.

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— Bon ! lorsque nous allons nous battre contre Montespan lui-même...

— Croyez-vous, dit Morcerf, qu'elle tienne à l'existence de son digne époux? Mais nous approchons du carrefour, écoutez-moi sans m'interrompre.

— J'écoute, mon cher vicomte.

— Si vous l'i^morez, je vous l'apprends, ma force à Tépée est telle, qu'il me faut dix secondes au plus pour venir à bout du plus terrible adversaire.

— Diable !

— C'est C(immr je vous i'atlirme. Kn vous

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proposant de vous servir de second, j'avais un plun très-simple ; débarrassé de mon tlOQirpe en un clin d'œil, j'aurais été là, prêt à vous rcnipiacor, dans le cas où le marquis eût été vainqueur, ou à écarter votre épée de sa poitrinOf si je vous eusse vu lui porter quelque botte dangereuse, — car je veux le réduire à nous demander la vie et à recevoir nos conditions. Commencez-vous à comprendre?

*- Vin sajns doute, murmura d'Effiat. Mais quelle influence un pareil être 'peut-il avoir Bur su femme et sur Louis XIV ?

— Une influrnce très-grande , celle du scandale.

— Croyez-vous?

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— J'en suis cerlain. Quelques minutes après voire sortie contre Montespnn, j'ai fait endoctriner le maroufle par sept à huit gentilshommes. — • Si vous tenez, lui a-t-on dit, à ne pas recevoir à chaque minute un affront semblable, prouvez que vous n'êtes pas complice de votre f mme et reprochez-lui publiquement ses torts. » Il hésitait; mais Clérumbaalt, dont vous parliez tout à Theiire, fut plus adroit que les autres et lui dit à voix basse : — « Avec une petite scène chaque jour, vous obtiendrez tout ce qu'il vous plaira d*^obtenir. » — «Parbleu! vous avez raison! » cria le marquis, et il courut insulter dans son carrosse la charmante Athénaïs.

— Ah! parfait! bravo! cria d'Etïiat, qui battit des mains avec enthousiasme.

— Pensez-vous, mon cher abbé, que le roi refuse n'importe quelle grâce, s'il voit au bout le départ de ce hideux chenapan ?

— Non, certes I Recevez mes félicitations, vicomte. Vous avez du génie.

— À présent, convenons de nos faits et gestes, dit Morcerf. Je suis assez sûr de ma main pour ne blesser que légèrement le second du marquis, et je cours ensuite à votre aide. Vous aurez eu soin de rompre dès la première passe, afin de ne pas vous exposer vous-même, puisqu'il est décidé que nous ménagerons nos adversaires, A mon approche, vous portez la main sur voire poitrines et vous poussez un cri...

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— Comme si je venais de recevoir une blessure, fort bien, dit l'abbé.

— Je me précipite, je croise le fer avec Monlespan. Du pramier choc il est désarmé ; je le terrasse, je lui pose mon épée sous la gorge, et... Mais nous voici au lieu du rendezvous, tout à l'heure vous me verrez à l'œuvre.

Ils débouchaient, en ce moment, sur une large pelouse circulaire, à laquelle aboutissaient trois avenues entièrement désertes.

— Que vo'is disais-je? nous sommes les premiers, vicomte.

— Est-ce que le lâche ne viendrait pas? gronda Morcerf entre ses dents.

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Comme il achevait ces mois, deux hommes débusqiièrunr d'un fourré voisin.

— A nous, mesRieurs, à nous! cria d'EffiaU Dépôchons! Kucore un peu, vous nous faisiez aliendrH.

M. \v marquis de Montesi^au les aborda. Il était livide.

On recouiHiis-ait au premier coup d'œil qu'il ïHj (loviiii pas avoir acquis une brillante renommée d(; courage. Cependant, excité par son compaf^non, il réussit à faire assez bonne contenance et se mit en garde.

Les quatre épées se croisèrent.

Morcerf ne s'était pas vanté, tout se passa comme il l'avait prédit.

En moins de temps qu'il n'en faut pour raconter ce duel, un homme tomba saignant sur h pelouse. D'Effiat poussa le cri convenu, et le marquis se trouva brusquement en face du vicomte, qui fit sauter h vingt pas de distance l'arme de sou faibîe adversaire, le coucha sur l'herbe et lui mit un genoux sur la poitrine.

— Jure de m'obéir , cria iVîorqerf , ou tu es mortl

- Je le jure... Qu'exigez- vous? balbutia l'époux d'Atbéuaïs.

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— Ti! VUS al!' r Irouver tii femme.

— J'irai.

— Tu lui promettras de partir , ce soir même, pour la Gascogne, si elle obtient du roi la grâce de François Du Boulay , retenu dans un cachot de la Bastille. A celte condition je te laisse la vie. Te reste-t-ii assez d'honneur pour tenir un serment ?

— Je le tiendrai.

— En ce cas, relève-loi. Je vais t'accompagner an château. Nous enverrons ('u secours aux blessés, puis tu iras sur-le-champ faire signer l'ordre de délivrance. Malheur à loi si

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tu ne me l'apportes pas! Je saurai te retrouver partout, quand même tu réussirais à te cacher au fond des entrailles du globe.

Louis XIY était rentré de la chasse.

Un courrier venait d'apporter de Paris plusieurs ordonnances, que le ministre, assis à gauche du roi, présentait tour-à-tour à sa si-

gnature. Au moment où le monarque allait signer ia dernière, des pas légers se firent entendre ; une robe de salin frôla son fauteuil, et un bras mignon s'appuya sans façon sur son épaule.

— Quoi ! c'est vous, Aihénaïs? murmurat-il.

— Ne quittez pas la plume, sire ; j'ai besoin de votre seing royal au bas de trois ou quatre lignes, que je vous demande humblement la permission de vous dicter, répondit la favorite avec le plus gracieux de ses sourires.

T>->iîTr< 7 vorf^ :.s t ; i". n-M.'liînio, dit T.ou-

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vois, se levant aussitôt pour lui offrir son propre siège.

~ "Voyons, d^quoi s'agil-il? Pariez, Athénaïs, fit le roi, ({ui porta galamment une des mains de lii marquise à ses lèvres.

— Écrivez, sire ; je dicte, répondit-elle.

— Très- volontiers, charmante.

Il prit une feuilli de parchemin sur le bureau.

— Tout ce qui m'entoure doit obcMr, ajouta-t-il; vous seule avez le droit de commander.

Athénnï«î «p p*'n^hf» vers li.ii. avpo les ondn-

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lations voluptueuses d'une chatte qu'on caresse, et dicta ce qui suit :

« Ordre au gouverneur de notre château de « la Bastille de relâcher Immédiatement le « prisonnier François Du Boulay... »

— Qu'est-ce à dire? cria Louis XIV, jetant la plume: vous aussi!... Mais c'est un véritable complot! D'où vient, s'il vous plaît, madiime, que vous portiez intérêt à cet homme?

— Je ne le connais même pas, sire.

— Alors, pouiqiioi vous occupez-vous de sa n)ise en liberté?

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— Ceci est uu moins étrange , hasarda Louvois.

— Eh! qui vous parle, monseigacur , dit Àthénaïs, le regardant par-dessus l'^pn nie.

— Permettez, ma chère, permettez! fit le monarque : i.ouvois a raison. Daignez vous souvenir de nos rend(^z-vous si brusqueinont interrompus, grâce à la folle tentative...

— Oh! pas un mot de plus! s'écria la favorite. Voulez-vous que Montespan p:)rle pour là Gascogne, sire, oui ou non?

— Mais quel rapport...

3/l LA MARQUISE

— Je n'en sais rien, dit-elle avec impaliencn.

— Du moins, expliquez-nous...

— Je n'ai rien à expliquer, si ce n'est que le marquis met celte condition à son départ.

— Votre avis là-dessus, monsieur? dit Louis XIV, regardant le ministre debout derrière son fauteuil.

— Eh! répondit Louvois, c'est toujours la mém<j trame, sire ; j'en reconnais les fils et je trouverai, si bon me semble, la main qui les dirige. Il serait irapolitique, j'ai déjà eu l'honneur de le dire à Votre Majesté, de céder à des instances nrcjaniséos en quelque sorte

rj6*tM^.

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pour VOUS forcer la main. Que demande madame de Montespau , que son époux la délivre de sa présence; eh bien, moi, je me charge de le faire partir.

— Quand cela, monseigneur? demanda l'ancienne fdie de la reine.

— Sur-le-champ.

— Vous ne réussirez pas , je vous le jure.

— Me permettrez-vous au moins d'essayer, madame?

— Allons, dit Louis XIV, soyez raisonnable, ma chère.

— Où trouverai-je MonlespaD , madame?

demanda le minisire.

— Chez moi, répondit Athéuaïs. Je me suis hâiée de le laisser seul et de venir raconter au roi ses exigences.

Louvois prit le chemin de l'appartement de la favorite.

11 n'eut aucune peine à obtenir de Montespan l'aveu détaillé de la scène du carrefour.

— C'est bien cela, pensa le ministre : j'avais parfailemeni deviné l'auteur de cette manœuvre. Où vous ultenù M. de Morcerf? ajoula-t-il à haule voii.

— Ici près, dans raiilichudibre,

— Et vous pensez qu'il attendra jusqu'à votre retour?

— Oui, monseigneur.

— Bravo! dit le ministre. Il aura tout le loisir d'exercer sa patience. Venez.

H entraîna Monlespan , le laissa deux minutes à la porte du roi, donna quelques explications rapides à Louis XIY et à la favorite, puis ressortit avec un parchemin qui n'élait pas celui sur lequel le monarque avait commencé d'écrire.

— Monsieur , dit Louvois au Gabçoa , iiuus

allons monter en carrosse et retourner ensemble à Paris.

— Mais le vicomte me tuera, cadédis!

— Vous êtes fou.

— Non vraiment , il est homme à le faire comme il le promet.

— lin moyen sûr de lui échapper, dit Louvois, est de prendre la route de Gascogne avec une escorte do six mousquetaires, qui vous mettront h l'abri des entreprises de M. de Morcerf et vous protégeront, en outre, contre les voleuTïi de grand chemin, c.ir voici l'ordre au surintendant des linances de vous compter

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les cinquante mille écus prônais, monsieur. Je vous prêterai un de mes équipages, et vous emporterez cette somme avec vous.

— Est-ce possible? dit Montespan , dont l'œi! élincela d'avidité.

— Vous ne mettrez pas en doute, j'imagine, la parole d'un ministre.

— Non, monseigneur.

— Suivez-moi donç^

Louvois fit descendre le marquis par un escalier dérobé. Bientôt ils furent dans la cour d'iiomieur, où les attendait lyie voiture

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attelée de quatre alezuiis vigoureux. Ils y moutèreiit ensemble; le cocher fouetta son inipiitienl iitlelage, et le carrosse partit.

Morcerf, assis (!ans l'antichambre, atténuait toujours.

Le lecteur voudra bien nous permettre de voyager plus rapidement que M. de Louvois et l'époux d'Athénaïs. Nous arrivons à Paris avuut eux ; nous suivons la Seine, depuis le jardin fU s Tuileries jusqu'au quai Sainl-PauJ, et nous ouvrons à deux battants la porte d'une grille gi^^aJtesque, sans que le suisse, assis tranquillement dans un pavillon voisin, vienne se jeter à notre rencoiitre et nous défendre le passage^

D£ COURCELLES. Al

Après avoir traversé une vaste cour, dont les dalles, entre leurs jointures, laissent pointer ça et là des touffes d'herbe, preuve certaine que le vieil hôtel où nous pénétrons est resté longtemps inhabité, nous franchissons un vestibule immense et nous montons l'escalier qui conduit au premier étage.

Là se trouvent de larges portes matelassées, indiquant l'appartement des maîtres.

Néanmoins, comme Rosine, notre ancienne connaissance de l'hôtel de Soissons , vient de sortir par l'une de ces portes et gagne lestement l'étage au-dessus, nous suivrons Rosine, et nous entrerons avec elle dans sa chambre, où l'attend un gros laquais aux jambes torses, au nez rouge, à la face commune, dont le re-

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