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Colberf. L'affront que vous venez de recevoir, c'est à lui que vous le devez. Je regarde comme indigne de moi de m'associer àvos ennemis, et ce que vous trouverez sur cette table en revenant à vous, madame, vous convaincra mieux que toutes mes protestations. Vous pouvez délivrer le duc. Je n'abuserai pas de la pénible situation où vous êtes. La violence de mon amour a pu m'euiporter une fois au delà des boiiies ; mais vous m'eu avez trop cruellement puni pour que je m'expose de nouveau à une rancune, dout les suites me désespèrent. Aux yeux de tous les témoins qui étaient là, vous m'appartenez ; on envie mon bonheur Hélas! vous seule pouvez le dire, ce bonheur n'a jamais été qu'à l'état d'espérance !
« Décidez de mon sorl et décidez du vôtre, madame^
« Voyez s'il est plus sage de gcirder un amaul, dont vous perdez l'avenir en iiiême lefnps que vous coniproinettez votre honneur, ou d'accepter les hommages d'im ministre prêt à vous avouer liautement et à vous faire respecter. »
M. de Louvois signa cette lettre et dit à d'Effiat, qui l'éciairait toujours de l'air le plus humble et le plus respectueux :
— Appelez la femme de chambre, et quand madame la marquise aura repris ses sens, montrez-lui ce que je laisse pour elle.
n. li
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— Vos ordres seront fidèlemeat suivis , monseigneur, répondit l'abbé, palpitant d'espoir, et se promettant bien de donner au premier de ces deux écrits une autre destination que celle prévue par le ministre.
M. de Louvois quitta la chambre. H ne s'était écarté en rien du pian de son conseil intime. ,
A peine fut-il dehors, que d'Efliat prit l'ordre de délivrance, le fouiTa dans sa poche et remonta vivement l'escalier de la mansarde, où attendait le vicomte.
— Le ciel est pour nous ! s'écria t-il. Venez, venez !
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— Qu'ya-t-il? demanda Morcerf.
— Poiill d'explications, elles seraient ici trop dangereuses. Sortons vite. Dem;ui), je vous le jure, les portes de la prison d'État s'ouvriront pour François Du Boulsy.
Us descendirent et quittèrent la maison.
Eu passant près de l'hôtel de Lenoncourt, une chose lesh'appa : toutes les fenêtres étaient éclairées comme pour une fête, et l'on entendait des violons jouer un air de ballet.
Ni le vicomte, ni l'abbé uepureut deviner le mol de cette éniyine. Peu leur importait, du
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reste, qu'on dansât chez la marquise, au mo nient où elle n'élait pas lu pour faire les honneurs de l'assemblée.
AJorcerf venait d'apprendre le tour admirable exécuté par son compagnon.
L'heure était trop avancée pour courir à la Bastille ; mais ils devaient, le lendemain dès le point du jour, aller frapper à la porte du gouverneur.
Comment y avait-il réunion à l'hôlel de Lenoncourt? deux mots suffiront pour l'expli' quer. Madame de Champlais, très désireuse d'ubteniriiu plus vite son labourel de duchesse,
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suivait avec ponclualité toutes les instructions du ministre, et Louvois lui avait recommandé de faire des invitations pour le soir même, à ^'jnsu de la jeune marquise
On savait Courcelles en débauche avec ses anciens amis aux gardes ; il ne devait rentrer que fort tard, ou point du tout.
Langlée reçut de la baronne autant de billets d'invitation qu'il avait envoyé de lettres anonymes.
Au moment du coup de théâtre de la petite maison, le fidèle serviteur distribua ces billels aux personnes chassées par son maître. Il leur laissa pressentir que tout ce qui venait
de se passer n'était pas très-sérieux et que M. de Louvois leur pardonnerait aisément, si elles se rendaient à l'hôtel de Lenoncourt, où bientôt le ministre lui-même irait les rejoindre.
Olympe, avec son génie fatal pour l'intrigue, n avait pas besoin d'une plus longue explication pour tout comprendre.
Suivie de ces dames et de leurs cavaliers, elle envahit le salon où attendait la baronne et, quand M. de Louvois parut, elle lui dit à l'oreille :
— Bien joué, monseigneur! Vous avez un peu manqué de reconnaissance en me laissant
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déposséder de ma charge de surintendante ; mais je vous pardonne, eu égard à l'habileté de vos manœuvres, et je suis prêle comme autrefois à vous venir en aide,
Lorsque Sidonia, secourue par la soubrette, rentra, pâle, égarée, dans cet hôtel maudit où la trahison l'environnait de toutes parts , Olympe, madame de Carignan et la princesse de Monaco s'empressèrent autour d'elle, lui prodiguèrent les excuses et les cajoleries, accusèrent le surintendant des finances du scan- ' dale dont elles avaient failli la rendre victime, portèrent aux nues le dévouement de Louvois, sa délicatesse, son honneur, et finirent par la conjurer presque avec larmes de leur obtenir le pardon du ministre.
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La malheureuse jeune femme se perdait au milieu de ce labyrinthe d'événements incompréhensibles. ^
Elle n'avait pas lu la lettre de Louvois, pressée qu'elle était de fuir cette maison fatale, où venait de se publier sa honte.
Retrouvant chez elle, dans sa propre demeure, ces mêmes personnes dont les moqueries et les éclats de rire retentissaient encore à ses oreilles, le rouge lui monta au front, ses yeux se voilèrent d'un nuage; elle crut que son cerveau allait éclater.
— Chère enfant, du calme!... Voyons, rassurez-vous, murmurait tout bas Olympe. No-
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tre discrétion vous est acquise. Le ministre a eu la conduite la plus noble, la plus généreuse. 11 vous a donné sans contredit une preuve d'amour, comme il est rare que femme en reçoive. Colbert a voulu vous perdre, Louvois vous a sauvée.
Puis les cajoleries recommencèrent.
Vainement Sidonia cherchait Tironie au fond de ces discours, elle ne la trouvait point.
Toutes ces marques d'esiime et de considération, toutes ces flatteries, tous ces hommages purent lui persuader un instant qu'elle avait fait un mauvais rêve.
M. de Louvois, l'œil calme et le soiii-ire imx lèvres, l'iuvila gracieusement pour une entrée de ballet. Il lui parla de tout, excepté de ce qui venait d'avoir lieu.
La fête dura jusqu'à près de minuit.
Quana Sidonia se trouva dans sa chambre à, coucher, délivrée enfin de ce tumulte et de ce monde, ce fut au tour de Rosine de parler du service rendu par le ministre à sa maîtresse.
Affiliée (le longue date aux roueries de l'hôtel de Soissons, celle fille avait le plus dangereux d(^ tous les langages, en ce qu'il
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était euipreint d'un cachet de naïveté, dû à son défaut d'éducation même, et contre lequel on se trouvait sans défiance.
Madame de Courcelles se demanda où était Villeioi, pendant cet odieux manège de leurs ennemis.
Une seule chose pouvait l'instruire du mallioiir qui avait frai)pé son amant : c'était l'ordre de délivrance laissé par le ministre, et dont les termes, combinés avec ceux de la lettre, eussent été pour elle une révélation. Mais Tabbé d'Kfiiat s'était emparé du premier écrit; la marquise, dans son trouble, n'avait pas aperçu le second sur la table : elle
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ne comprenait donc pas l'absence de Ville-
Sidonia se crut abandonnée, trahie.
Le lendemain, elle ordonna, dès neuf heures du matin, d'atteler les chevaux au carrosse. On ne lui objecta rien à cet égard, on la laissa libre.
Elle courut chez le duc.
Il n'était pas rentré de la nuit, aucun de SOS gens ut savait où il pouvait être.
La marquise lui écrivit; mais le jour s'écoula tout oDiier sans réponse.
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On eût dit que le hasard se plaisait à donner aux combinaisons du nûnislre un succès plus prompt et plus assuré.
En adoptant les ruses forgées dans le cerveau d'un laquais passé maître en fourberie, Louvois s'était tenu à lui-même le raisonnement qui va suivre, raisonnement très-court à la fois et très-logique :
— On délivrera le duc, c'est clair pensait-il. Mais une nuit sous les verroux fait naîlre des réflexions. L'amant se refroidira, craindra le scandale, provoquera bientôt ue rupture et je serai là, paré de mon dévouement, drapé dans un manteau de {»ro-
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tcclion généreuse : l'héritage de Villeroi m'appartient.
Monseigneurse résignait philosophiquement à n'arriver qu'en second ordre.
Ne voyant pas son rival paraître, il regarda celle absence comme la réalisation de ce qu'il avait prévu.
Ses espions se mirent en campagne.
Lorsqu'ils vinrent lui apprendre que Villeroi n'était pas encore sorti de la Bastille, une nouvelle aussi inattendue porta la joie du ministre jusqu'au délire. Décidément Sidonia
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lui fuit ui! complet sacrifice, décidément elle accepte son amour I
Il lui envoya aussitôt par deux gentilshommes de la chambre 'un billet gracieux, écrit de la main de madame Henriette ellemême.
On invitait la jeune marquise à une fête à Saint-Cloud.
Le roi s'y trouvait. 11 complimenta sa filleule, lui adressa les discours les plus affectueux et lui aflirma qu'il l'accueillerait avec un plaisir extrême ù toutes les réunions de la cour.
Se voyant comblée d'houneurs, de flatteries et d'adorations, Sidouia sentit i'énîvrement envahir son âme.
La tète lui tourna.
Ce prestige d'une fête royale, ces pompes, ces grandeurs la plongèrent dans une sorle d'extasC; pendant laquelle le ministre put lui parler impunément d'amour et la promener le long des galeries éblouissantes du palais, sous les majestueux ombrages du parc, uu milieu de la foule dorée qui saluait son triomphe.
Puis madame Henriette vint passer* son bras sous celui de la niarquise.
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Elle rcU'cnbh» des proleslalions les plus vives et lui jura l'ainitié la plus tendre.
— Je suis heureuse, dit-elle, en reuliMÎaaut dans un délicieux boudoir tendu de velours orange, que vous soyez enfin devenue raisonnable. Si vous eussiez persisté, ma chère, vous m'auriez eue pour ennemie; car madame de Monaco lient à Villeroi. C'est une liaison de deux ans, à laquelle, il faut vous l'apprendre, le duc lient beaucoup lui-même.
Elle ouvrait, en parlant de la sorte, un nécessaire d'ivoire, incrusté d'or, et eu lirait toute la correspondance de Villeroi avec la princesse. La dernière lettre avait tout au